vendredi 30 mars 2012

LE MONDE DISPARU D'ANDRE HARDY

Merci à Marc Henri Barrabé pour ces photos-trésors d'un monde à jamais disparu ...

















Pour accompagner ces photos un texte de Jean-Pierre Faurie sur
« Le jardin extraordinaire » d’André Hardy

On ne peut qu'être triste en lisant ce texte qui évoque le devenir d'un site aujourd'hui éparpillé ....

" Installés depuis 50 ans à Saint-Quentin-les Chardonnets, André Hardy né à Ménilciboult il y a 85 ans, jardinier sculpteur de bord de route et sa femme Thérèse sont souriants et accueillants.

Situé dans un virage en bordure de l’ancienne N 924, à l’entrée du village au lieu dit La forge « Le jardin extraordinaire » dévoile au passant, à l’automobiliste, sa baleine bleue et plus de 200 sculptures en ciment armé polychrome de tailles diverses. L’aventure du Jardin a commencé en 1971. Avant André Hardy avaient pratiqué la peinture à l’huile et la gouache pour réaliser des tableaux naïf et figuratifs. A 18 ans en 1944 engagé pour trois ans dans l’armée il est allé en Allemagne avec la 1ère armée de De Lattre et ensuite passé 14 mois en Indochine à Hanoï où il a attrapé le pallu et la dysenterie. En 1946 après son retour, il se marie en 1947 avec Thérèse .

Sa première sculpture sera un cerf de 500 kg et ensuite parmi tant d’autres « La chinoise avec le parasol ». Olivier Thiébaut (bonjour aux promeneurs ! sur les chemins de l’art brut. Éditions Alternatives) exposera cette dernière à Caen au jardin de la Luna Rosa. « Nathalie Vallin de FR3 Caen est venue filmer mon travail. Le cerf a tout mis en route. Je me suis dit, il faut que je fasse un musée, un petit. J’ai abandonné la peinture pour ne faire que des sculptures»
L’ancien agriculteur, ouvrier dans une usine de ferronnerie d’Art commence son œuvre. « Au début j’y ai travaillé le soir le samedi et le dimanche , dés que j’avais un moment. Les voisins aimaient bien mon travail et ils m’ont encouragé et comme mon nom est Hardy qui n’a pas peur j’ai continué. Depuis 5, 6 ans je ne fais plus de grandes sculptures. J’ai assez de travail pour m’occuper de celles qui existent. Maintenant je prends ma rente » . Dans le temps, il y a encore une dizaine d’années, il récupérait avec son charriot à la déchetterie. « Les gens venaient aussi se débarrasser chez nous, mais je triais, je choisissais. Sur les colliers de chevaux j’enlevais tout ce qui pouvait pourrir et je refaisais tout en ciment pour que ça dure »

Son jardin est peuplé d’ oiseaux, de reptiles, animaux sauvages et domestiques, de monuments : église, sept moulins, Tour Eiffel et de personnages qui font hommage aux voisins qui passent et rendent service. La cabane du chien, les nichoirs à oiseaux, la boîte aux lettres et les façades sont décorées avec entre autre de nombreux coquillages « ça réveille les murs » Il y a aussi des bâteaux, l’hélicoptère et l’avion. « J’ai enlevé les hélices car c’est plus d’époque. J’ai fait des réacteurs avec des presses purée »

Toutes les grandes sculptures sont creuses. « Je fabriquais une armature avec de la ferraille et du grillage très fin pour que le ciment ne passe pas .Je le mettais avec attention en couches successives. Pour alléger et économiser, dans certaines parties comme le cou, j’ai placé des bidons de plastiques comme ceux de soupline. Je ne travaillais jamais au soleil et je n’ai jamais mis de faïence parce que ça craque ». André Hardy est trés respectueux de la ressemblance. Ayant visité le jardin humoristique de Fernand Châtelain à Fyè il ne s’est pas senti concerné par ce travail car « les animaux n’étaient pas à la proportion, mais c’était impressionnant quand est arrivé sur place »

Les animaux qu’il a créés ont été inspirés par des émissions de télévision, des visites dans les zoos ou en observant les animaux en peluche du « Village enchanté » « Maintenant j’ai les animaux et leur dessin dans la tête. A l’école j’aimais bien le dessin. La Patronne (Thérèse) ne comprend pas que j’ai eu autant de patience pour faire ce que j’ai fait alors que je suis nerveux. Quand je travaillais je n’aimais pas que l’on m’observe. Quand le nationale passait devant chez nous, beaucoup de monde s’arrêtait pour me regarder. Alors je mettais deux piquets et une toile noire pour me protéger »
Toutes les œuvres sont solidement arrimées au sol par des fondations bétonnées de 50 cm. Thérèse lui a lancé « Si j’avais l’argent que t’a dépensé dans le ciment on pourrait en faire des promenades »

L’avenir et le devenir de cet ensemble le préoccupe. « Notre fille ne viendra jamais habiter ici. Le maire nous a dit qu’il rachèterait la maison et que le jardin serait entretenu ! » Ce serait une bonne chose que de lui éviter de de se dégrader comme celui de Fernand Châtelain, aujourd’hui enfin en restauration."



* ANDRE HARDY ET LES GRIGRIS DE SOPHIE

                          ( cliquer sur le lien)


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