dimanche 11 janvier 2015

JEAN KIBOI

 Merci à Christine pour cette belle découverte ...

 "Jean Kiboi est un artiste plasticien en perpétuelle recherche de médiums différents. Aquarelles, encres, acrylique, huile, gouache, fusain, pierre noire, collage de divers trouvailles (pelures d'oignons et autres...) mais aussi la terre, la terre-papier, l'acier, les os, les cordages, le bois flotté et toutes ces sortes de choses que l'on débusque au bord du chemin, si tant est que l'on déambule les yeux ouverts et l'esprit curieux et réceptif au hasards des rencontres fortuites. Ces matières premières sont utilisées séparément mais le plus souvent "tambouillées"-mixées. Le figuratif - le je vois, j'observe, je retranscris à ma façon - étant le but de sa recherche - Jean Kiboi se base sur la solidité du dessin juste, fruit d'une expérience de 25 années de pratique solitaire acharnée mais toujours jouissive."











Jean Kiboi et la caravane s’arrête
un texte de Denys-Louis Colaux

" Voilà un artiste faramineux. Un hors-la-loi. Un hors-la-norme. Une plaie d’Égypte engouffrée dans la cossue galerie bourgeoise. Un pachyderme iconoclaste dans Limoges.  Un Attila à fond de triple galop. Un Sisyphe étrange qui jongle avec son caillou, une comète insolite.  Voilà un sujet peignant et sculptant non identifié. Une brute habile. L’écorcheur écorché. C’est simultanément un paquet de foudre expulsé du ciel et une lave furieusement détersive jaillie du sol. C’est le passage foudroyant d’une électricité sauvage. Voici les virulentes sorcelleries kibuesques.
Moi, à la première œuvre découverte, - une femme mature très en chair, à demi nue, ceinturée au ventre d’une jupe rouge qu’elle relève -, j’adopte le type. J’adopte le type qui a fourré là-dedans de l’humanité, du désastre, du rouge de sang et de coquelicot offusqué, un peu de la raclure de l’espèce, de la caricature, de l’insupportablement vrai, de la compassion et un bon millier de giroflées à cinq feuilles. Cependant que je m’abîmais dans la contemplation de l’œuvre, Brassens chantait, par mon humble entremise, quelque chose à l’oreille du monde : 


Fils de pécore et de minus
Fils de pécore et de minus
Ris pas de la pauvre Vénus
Ris pas de la pauvre Vénus
La pauvre vieille casserole
Parole, parole
La pauvre vieille casserole

Il s'en fallait de peu mon cher
Il s'en fallait de peu mon cher
Que cette putain ne fût ta mère
Que cette putain ne fût ta mère
Cette putain dont tu rigoles
Parole, parole
Cette putain dont tu rigoles.


Il me rend tout chose, d’emblée, Jean Kiboi. Me renvoie, par je ne sais quel chemin, à la mémoire du bon vieux maître François, poète, vagabond, et j’en passe :
Frères humains qui après nous vivez
N'ayez les cœurs contre nous endurcis,
Car, se pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tost de vous
 merciz.
Ah, Jean Kiboi, Kiri, Kipleur, Kiaboi, Jean Kivoi, Kiavoine sévère ! Jean KiKaresse aussi. Il a, revenons au Sétois et à cet académicien qu’il chanta par deux fois, quelque chose des Oiseaux de passage. Paraphrasons : Regardez-le passer, lui, c’est un sauvage, l’air qu’il boit ferait éclater vos poumons… Hein ? Richepin ! Trognon comme tout.
C’est quoi Kiboi ? C’est l’ébriété sous une forme picturale ou sculpturale. Du vin pictural ! Ebriété, extase du vin, ivresse, nausée, dégueulis, c’est tout ça, en majesté et en raide déglutition, en restitution inopinée, des fois. Le truc en version intégrale, sans censure, sans coupure, sans pudique ellipse, sans voile, sans hypocrisie.  C’est de la volonté en joie, en force, un faune en force, Kiboi. Et du tout mauve dépit ! C’est quoi Kiboi ? Des trucs qui décapent la tuyauterie, qui foutent le feu aux viscères, aux boyaux des yeux, aux stores et aux paupières, aux muscles et à la viande des mains !

Kiboi, c’est Dada ranimé, requinqué et croisé avec Pascin et Rustin, Kiboi, c’est Dada à cheval sur la Pataphysique, c’est Marcel Duchamp passé à la moulinette de son urinoir, c’est de l’électrochoc sculptural, du totem anarcho-primitif, des matures de somptueuses épaves qui narguent les houles du ciel, c’est un cri en forme d’obus, c’est de la ruine rafistolée comme métonymie de l’humanité, c’est Rabealis revenu en pleine santé, gorgé de viande et de vin et de lucidité qui danse, Kiboi est un ogre, un lourd colis de cynisme, un humaniste qui rote à la gueule des frangins, un ferrailleur de génie, une sensibilité de violon Guarnerius. C’est un caricaturiste totalement absorbé par la volonté de rendre le vrai, le vrai selon lui, le vrai totalement rakiboisé. C’est une force de la nature, un Apache indompté,  - un Indien  qui élève et lève des totems entre lui et quelque part, le lointain, le ciel, le néant, la volonté inflexible d’exister -, ce Kiboi, c’est une éruption, un fou, un Icare au trampoline. C’est un punk, un muscadin de Neandertal, c’est quelque chose de tellurique qui heurte parfois de plein fouet la locomotive de la tendresse humaine. C’est un pionnier de l’aviation sculpturo-picturale, un as de la chute. C’est un sauvage foutrement cultivé, Kiboi.

Qu’est-ce qu’il dit Kiboi ? Ceci : Je me pseudonomme Kiboi je suis résident permanent de la république et de l'atelier Totem etc. Je me consacre autant que faire se peut à la réalisation de toutes sortes d'images aléatoires mais suivant une trajectoire conforme à mes visions kibuesques diurnes.
Oui, c’est plus clair ainsi. Kiboi est un petit de Jarry. Un enfant de la mère Ubu. Attendez, il y a d’autres choses sur lui . Il y a ceci encore, sur son site personnel  (http://www.jeankiboi.com/ ) :
Jean Kiboi est un artiste plasticien en perpétuelle recherche de médiums différents. Aquarelles, encres, acrylique, huile, gouache, fusain, pierre noire, collage de divers trouvailles (pelures d'oignons et autres...) mais aussi la terre, la terre-papier, l'acier, les os, les cordages, le bois flotté et toutes ces sortes de choses que l'on débusque au bord du chemin, si tant est que l'on déambule les yeux ouverts et l'esprit curieux et réceptif au hasard des rencontres fortuites. Ces matières premières sont utilisées séparément mais le plus souvent "tambouillées"-mixées. Le figuratif - le je vois, j'observe, je retranscris à ma façon - étant le but de sa recherche, Jean Kiboi se base sur la solidité du dessin juste, fruit d'une expérience de 25 années de pratique solitaire acharnée mais toujours jouissive.

 Pour former un Kiboi, - cette créature admirable et ahurissante qui génère des œuvres ahurissantes et admirables -, qu’on ne s’y trompe pas, il faut impérativement  un talent rare, une maîtrise, une technique. Un caractère. Les choses hirsutes, décapantes, terrifiantes et superbes  à quoi ce fou donne naissance sont fruits d’une habileté, d’un savoir-faire, d’une technique, d’une alchimie, d’une virtuosité, d’un long apprentissage. Ce féroce et tendre et désinhibé Kiboi nous est d’un grand secours.  Sa course (ses courses devrais-je écrire car il attaque tous azimuts, sur mille fronts à la fois) en dehors des sentiers battus vaut d’être suivie comme une fulgurante trajectoire vers la liberté, comme une course contre les entraves, une recherche effrénée du vrai viscéral.  La secousse Kiboi est favorable à l’être. Le cheval Kiboi tombe les rênes et les harnachements mentaux, la selle, les œillères et le cavalier  pour ruer dans les étoiles, piaffer dans la boue, brouter dans les interdits, sentir ses flancs et toute sa chair, sa cervelle vivre et frémir, pour sentir ses sabots frapper les dieux au menton. Pour toucher l’homme. Le séisme Kiboi exhale un parfum de vie, de sueur, de volupté et de nausée. Car l’art de Kiboi ne met rien sous l’éteignoir, il n’opère par ce tri moral, cet insidieux tri moral qui dénature dans un obscène dessein d’asepsie. Quand la vie, mes brebis, c’est la contamination. L’art de Kiboi est un fleuve en crue permanente, un flux inconstant qui ne cesse de sortir de son lit, de passer par-dessus les garde-fous et les remblais, c’est un nom de dieu de flux libératoire. Mais la liberté, mes agneaux, c’est la torture, la garantie d’une fièvre sans rémission. C’est un grand Libertin, ce Kiboi, un affirmateur d sa propre liberté à la barbe des censeurs et des dieux de toutes les écuries. Toutes les confessions, attifements, tyrannies et consorts. Un grand libertophile. Une formidable poussée libertaire. Et comme il nous adore, il nous châtie et nous cajole en conséquence.  Nous botte le train avec ses pompes renforcées. Il nous assène dans les rétines de grands et puissants coups de liberté. La liberté, ça semble commencer chez ce troglodyte magnifique, par l’ouverture des portes de sa volière intime : passent alors de beaux oiseaux, des reptiles effarants (du Nil), des phantasmes, de stridentes chauves-souris, des ptérodactyles, la bête indomptable et savante du désir d’être libre.

 Pour former un Kiboi, il faut une argile épaisse, saine, rustique, chaude comme le sang humain et rare comme le talent, une argile d’art, il faut du nerf (de l’électrique, du tendu, du résistant, du nerf élastique), du muscle, il faut une cervelle en ébullition, il faut des rouges violents, de la planche d’épave, de l’aile d’oiseau, des bleus, de l’huile de ténèbres, une soif impossible à étancher, une avidité sans fond, ce trou qui donne sens au tonneau des danaïdes (rien à voir avec Pétaouchnock ou le trou de cul du monde). Il faut aussi, dans les ingrédients, de la crème d'andouille. Parce que Kiboi, par instants, sans se départir de son talent, se fout de nous. Il fait de nous les dindons et les rois d'une farce dont il est le plantureux bouffon. Il nous taquine insolemment, il nous montre comment qu'on n'est pas beaux, les sommets de conneries qu'on gravit, les lourdes tares qu'on se coltine, les sacrés troufions qu'on fait. Là aussi, il culmine. On ne lui en tient pas rigueur. C'est pour notre bien. Pour notre édification. Il oeuvre à notre perfectionnement. C'est un bienfaiteur. Et aussi, les fois que ça lui prend, une lubie, je ne sais pas, il se met crânement, Kiboi, à nous émouvoir. Ho, sans tapin, sans renforts de crincrin !  

 Kiboi franchit la mesure, toujours, la pondération, il s’assoit dessus.  C’est sûr, sa geste peut soulever les estomacs délicats, effaroucher les âmes fragiles, indisposer les auriculaires en proue.  Mais s’il a recours à l’excès, à l’outrance, à la surenchère, c’est pour créer un soulignement, une accentuation du vrai. Pour bien rendre visibles ses bouffissures. Par ailleurs, il sait que le réel flirte avec le caricatural, le déformé, le difforme. Le vrai et le moche ont gardé ensemble les cochons. Kiboi rappelle une chose essentielle : l’art, il faut aussi que ça décorne les bœufs, que ça foute le bordel dans les rangs, que ça complique les pensées, que ça ébranle la bienséance, que ça dépeigne les raies méticuleuses. Mission accomplie.

 Kiboi, d’ailleurs, est  aussi aux côtés  des gueux, des réprouvés, des filles publiques, des mal foutus, des cocus de la vie. Il a pour elles et eux de la compassion et de l’estime, du temps.  Il les fait, comme des seigneurs et des seigneuresses, entrer dans son panthéon. Il leur est hospitalier. Il les désaltère et les ragaillardit à son tonnelet de saint des neiges.

 Kiboi, c’est un type qui semble à tout instant, par tous les moyens d’art dont il dispose, avec tous les matériaux qu’il recueille ou invente, s’arracher à l’inertie, à la résignation, à l’obéissance. Kiboi, c’est l’artiste-tumulte, le réfractaire, l’insoumis. Oui, ça aussi, sans doute, un point de rencontre original, phénoménal, dynamique, efficace entre l’intelligence et l’instinct. "



 





 LE SITE DE JEAN KIBOI

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Et nouvelle info de ce dimanche 18 janvier : 


"J'expose mon travail sous plexiglass et sur radiographie en collaboration avec Dominique artiste-radiographe, au centre culturel de St Raphaël du 23 au 30 janvier, vernissage le 23 à partir de 18h30..."


 



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