samedi 23 mai 2015

LES TOTEMS DE RENE RAOULT A PLEHEDEL


                                        (photo Google)

Un jardin spirituel et apaisant

"Créé par René Raoult en 1984, ce jardin représente une quête spirituelle : un temple totémique à ciel ouvert, constitué de 19 statues géantes en bois à la fonction magique, capter les forces cosmiques.
Plus loin, un sage au sexe géant regarde le Roi couronné qui garde son peuple de bois. Comme dans tout sanctuaire, le miracle est présent : le dernier rayon de soleil vient mourir sur le visage du totem Soleil. Le chœur de l'église est peuplé de 18 petits blocs de granite traités en lignes simplifiées. Ces pierres dressées sont gravées de dessins symbolisant les quatre éléments, la terre, le feu, l'air et l'eau. Plus loin, un champ de pierres percées qui rappellent l'art fabuleux des temps mégalithiques, c'est l'histoire d'une tribu qui adore la pierre percée. Le guérisseur se sert de la pierre pour y prendre de la force. Cette pierre est mystérieuse car par son trou, l'homme peut se glisser dans
 l'autre monde...
René Raoult s'inscrit dans la grande lignée des Singuliers de l'art, dont l'ancêtre universel est le facteur Cheval."












Et pour accompagner mes photos aujourd'hui un texte de CLAUDE ARZ écrit en 2006 :

LE GUÉRISSEUR DES TOTEMS

" La première fois que j'ai rencontré René Raoult, ce fut sur sa terre bretonne en mars 1988 par un matin lumineux. Son adresse m'avait été donnée par un passionné de chamanisme, je devrais dire glissée à l'oreille, comme une confidence merveilleuse et rare. Je m'étais donc retrouvé un matin de mars dans la campagne bretonne du côté de Paimpol, parmi les landes et les genêts en fleurs. René Raoult, un homme de la terre, m'attendait silencieux, l'oeil scrutateur. Une force immense émanait de cet homme râblé aux longs cheveux blancs tombant sur les épaules, comme une boule d'énergie pure qui aurait cherché à sortir de son corps; son regard était de fougères et de ronces, tour à tour doux et épineux. Marié, trois enfants, guérisseur le jour, sculpteur de totems à partir du crépuscule. Suivant en silence un chemin pavé, il me guida dans son Église à ciel ouvert.
Il y avait là, disposés en arc de cercle, dix-neuf totems hiératiques, les visages anguleux, les bouches charnues, les corps torsadés, comme un lointain écho des entrelacs celtiques. Assis sur l'herbe au pied de ses totems, René Raoult me parla avec douceur du ciel et de la terre, de l'enseignement initiatique d'un vieux sabotier, Tonton Jean, et de sa maison spirituelle, son Église. Ni hasard ni artifice dans ce lieu sacré, car l'esprit des anciens dieux s'était fait matière dans les totems nés sous une pluie de pétales célestes.
L’oeuvre plongeait ses racines dans les archives planétaires peuplées d'adorateurs de la Lune et des étoiles, qui dansent, pour l'éternité, autour de hautes statues hiératiques appelant les dieux de l'Amour et de la Force...
L’aventure de René Raoult avait commencé en juillet 1984. Un ami était venu lui annoncer qu'un bel arbre venait d'être abattu dans le bois voisin. Quand il arriva sur les lieux, il reconnut dans l'arbre couché le Christ qui dormait. Il lui souriait. Ce fut un choc. Il le ramena chez lui et sculpta pendant trois jours à la tronçonneuse le fût écorché. Le 14 juillet 1984, il plantait en terre le totem Christ haut de six mètres. Dans l'après-midi de ce même jour, une voix intérieure l'invitait à construire une maison pour ce Christ. « J’étais en quête d'arbres, me dit-il, et j'ai découvert ceux qui allaient devenir les piliers du futur Jardin ». À partir de ce jour, le simple sculpteur René Raoult, porté par une puissante force invisible, devint le bâtisseur inspiré du Jardin de Pierre. Architecture insolite dans la campagne bretonne qui effraiera les voisins inquiets de voir s'élever dans le ciel des Côtes-d'Armor des «têtes d'Indiens».
Tout à la fois pilier du Jardin et arbre du Savoir, chaque statue-totem porte le nom d'une divinité puisée dans la théurgie chrétienne et païenne, et compose ainsi un mystérieux alphabet mystique: le Christ, la Lune, les Sages, les Gardiens, la Mère, l'Univers, le Père, le Soleil, le Diable Vaincu... Le faiseur de totems aurait-il retrouvé la connaissance des arbres, l'ogham, le langage secret des Celtes?
Les visages des totems étaient graves. Certains étaient borgnes. D'autres n'avaient qu'une oreille, souvenir de la surdité de l'artiste. Leurs bouches étaient charnues, goulues. Ils méditaient sur le monde et ses sanglots. Je reconnus dans le travail de René Raoult cette inspiration celtique qui adore les lignes torturées et les entrelacs, le jeu de l'ombre et de la lumière qui passe sur les visages anguleux, façonnant des traits durs, burinés par les embruns et le soleil bretons. Je sentais bien qu’outre leur valeur artistique, ces sculptures avaient une fonction magique, capter les forces cosmiques, dialoguer avec l’infini grand. Le Jardin de Pierre devenait ainsi l’achèvement de la longue quête d'un homme qui a vécu mille souffrances et a voulu confier au bois et au granite les forces primitives qui l'habitent.
C’est la haute silhouette du Christ qui m’accueillit, m’invitant à pénétrer à l'intérieur du temple, chemin initiatique vers la Lumière. Gardien de la dépouille du Diable Vaincu qui se roule à ses pieds, René Raoult m’expliqua qu’il appelait les forces du Soleil levant à venir éclairer la planète. À ses côtés, la Lune, les yeux mi-clos, rêvait. Plus loin un Sage, les mains sur son ventre orné d'un sexe géant, regardait le Roi Couronné qui gardait son peuple de bois. Entre les deux, la Mère, hautaine, bénissait les voyageurs de passage. L'Univers à la bouche pulpeuse saluait le Soleil à l'oeil unique et perçant. René Raoult se rapprocha de moi et me dit le doigt tendu vers le ciel : « Vous savez, le dernier rayon de soleil, du mois de mai à la fin septembre, vient mourir sur le visage du totem Soleil ». Le choeur de l'église était peuplé de dix-huit petits blocs de granite traités en ligne simplifiée: ce sont les Habitants qui priaient, pétrifiés par le spectacle grandiose qu'offraient les totems. Ces pierres dressées étaient gravées de dessins symbolisant les quatre éléments, la terre, le feu, l'air et l'eau. Des silhouettes d'oiseaux et de poissons, lune et soleil couraient sur le granite, autant de signes qui rappellent le langage pictographique des Celtes.
Sous un pommier, les Pèlerins, douze blocs de granite venus ici méditer, sommeillaient au soleil d'Armor. Une tortue de pierre veillait sur eux. « C'est la Tentation biblique », me murmura à l’oreille, le guérisseur. Pendant une journée entière, j'ai écouté cet homme raconter l'histoire de son temple totémique, nommer et décrire les hautes statues comme des aiguilles magiques reliant la terre et les étoiles. Quand je lui ai demandé ce qui l’inspirait, il a répondu sans hésitation et avec beaucoup d’émotion: « C’est le ciel qui m’inspire et le lointain enseignement d'un vieux sabotier, Tonton Jean, qui m'a initié aux mystères de la nature. »
C’est alors qu’on s’est assis au pied d’un bloc de rochers et qu’il s’est mis tranquillement à raconter l’aventure de sa vie : «  Le soir après l'école, j'allais le voir. Je m'asseyais sur un petit tabouret et je le regardais taper sur le bois. Il ne parlait que breton. J'ai retenu une chose qu'il me répétait: « Touche avec tes yeux et vois avec tes mains! » Je crois que c'est lui qui m'a commandé ce Jardin qui est mon église. Vous savez, Je suis un homme de la campagne. Mon père était chiffonnier et j'ai fait tous les métiers: tueur de mouches, boulanger, apprenti boucher, manoeuvre, concierge... J'ai aussi exposé au Salon des Indépendants, mais tout cela est loin. Maintenant j'ai trouvé ma voie: je sculpte l'univers à travers le bois et la pierre. »
Je sentais une fraternité quasi charnelle entre René et ses totems qui plongeaient leur regard dans l'épaisseur des bois environnants. Tournant et retournant entre ses doigts une petite pierre percée, il me dit : «C'est le trou du monde. Les pierres racontent l'histoire des hommes.»
Une phrase d'un Indien sioux, Tatanka Ohitika, me revint en mémoire : «Toute ma vie, je suis resté fidèle aux pierres sacrées». Une étonnante correspondance d'idées et de philosophie naturelle entre ce Celte et l’Indien des hautes terres. À la nuit tombante, autour d'un feu de brindilles, René Raoult m'expliqua alors, ému, son désir de se relier aux forces cosmiques. La brume étouffait ses paroles, estompant les hautes silhouettes des statues. Chaque homme a besoin de trouver sa place, me disait-il, un lieu où il se trouvera bien, un site sacré. Plus tard autour d’une bonne bouteille de cidre fermier René Raoult m’avoua: « Je suis insatisfait du monde dans lequel je vis. Ce qui est sûr, c'est que les totems plantés dans la terre représentent pour moi le désir de m'élever, de me relier aux forces cosmiques »
Pourtant, je n’étais pas au bout de mes surprises avec René Raoult. Trois ans plus tard, de l'autre côté d’une haie d’arbustes, il planta un immense champ de pierres percées qui rappelle l'art fabuleux des temps mégalithiques : c’est un sanctuaire dédié aux forces primitives. La symbolique est très forte car, selon René Raoult, la pierre percée est la gardienne du monde. C’est par elle que nous naissons, que nous faisons l’amour, que nous mourons. Le trou évoque le passage vers un autre monde. C’est surtout un sanctuaire dédié aux forces élémentaires que René Raoult a commencé à bâtir en 1992. Une symbolique très forte aussi. La pierre percée est la gardienne du monde. Elle est mystérieuse car par son trou, l'homme peut se glisser dans l'autre monde. Le trou évoque ainsi un passage secret vers l'autre monde.
Dans la campagne environnante, le sage de Pléhédel a semé d'autres statues. À Kermarquer, ce sont trois totems sculptés dans un acacia abattu par l'ouragan en 1987. Devant le bar «La Justice», c'est le «Triomphe de la Vie», immense cyprès sculpté en compagnie de A. Kito, corps à plusieurs têtes grotesques et malicieuses. Voyage artistique dans un jardin de statues et de pierre, voyage initiatique dans le ventre du Dragon? Avant tout un dépaysement, un ressourcement et certainement une évocation, celle d'une Bretagne sacrée, oubliée que René a lentement exhumé des ténèbres du temps. "



RENÉ RAOULT ET LES GRIGRIS DE SOPHIE

(cliquer sur le lien)

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire