mardi 27 août 2019

HOMMAGE A DANIEL ROBERT A LA COOPERATIVE PHILIPPE AINI A SERVIES EN VAL


Magnifique découverte A LA COOPÉRATIVE PHILIPPE AINI A SERVIES EN VAL, l’œuvre d'un artiste talentueux décédé prématurément : DANIEL ROBERT














Philippe Aïni a eu la gentillesse de me confier un texte très émouvant écrit pour l'exposition
par le frère de Daniel Robert, François Robert,  ce texte est long mais lisez le en entier, il le mérite :

Tu m'excuseras Philippe si je suis un tout petit peu long mais mon frère Daniel étant un parfait inconnu, sauf d'un galeriste parisien alors là, je ne sais vraiment pas comment.... j'aimerais vous le faire découvrir car il le mérite bien après tant de temps passé à hanter les caves et les greniers. Philippe, toi, tout le monde te connaît de Serviès en val à la Thaïlande en passant par Paris et les grandes capitales…. (sourire)

Daniel est resté dans l'ombre pendant 38 ans. Mon père, après son décès, n'a jamais voulu se séparer des tableaux et moi-même, j'ai eu du mal à sauter le pas. Mais c'est, en même temps une deuxième vie qui va peut-être commencer pour lui.
Je remercie Philippe très sincèrement et chaleureusement de m'avoir convaincu et accepté de les exposer à nouveau en le faisant passer de l'ombre à la lumière.

Quelques éléments de sa vie :

Daniel, né le 22 mars 1952, à Nantes, après une scolarité médiocre, est entré aux Beaux-arts de Bourges en 4ème année mais ne pouvait se restreindre à l'apprentissage méthodique et laborieux qui lui était proposé, il préférait trouver sa propre voie par lui-même. Un peu plus tard, mon père le convint de rentrer aux Beaux-arts de Nantes mais même échec (ou chose). 
Ensuite, il a exposé, en groupe, à La Baule en 1976, Niort 1977 et Le Mans en 1978 et 1979. En 1980, la galerie Roger Portugal à Nantes lui consacre une exposition. Reconnu pour l’originalité de son œuvre, le musée des Beaux-arts de Nantes, fait la même année, l’acquisition d’une de ses peintures. Le ministère de la culture fera plus tard l’achat de plusieurs peintures sur papier lors de l’exposition l’Art déraisonnable au musée de la Roche-sur-Yon en mai 1986, laquelle  fut consacrée à mon frère et à l'art brut en général.
Durant les dix dernières années de sa vie, de 1970 à 1980, il effectua plusieurs séjours en psychiatrie, diagnostiqué comme schizophrène mais qu'est-ce que la folie chez un artiste ? Est-ce d'être trop lucide, trop fragile, et quelque part visionnaire ? Où placer le curseur entre l'art de l'imaginaire et la folie ….
A noter qu'il n'a jamais autant peint que les deux dernières années de sa vie comme s'il était dans l'urgence, comme s'il savait que le temps était compté pour lui et qu'il devait tout donner dans ses dernières peintures.
Il a par ailleurs écrit plus d’un millier de poèmes, dont certains furent édités dans des revues.
Il est décédé le 7 Janvier 1981 à l’âge de 28 ans.

Mon frère était croyant et très sensible à la misère et à la cruauté du monde, ce n'était pas que sa maladie qu'il peignait mais aussi la folie des hommes et des êtres.
Je cite un extrait de poème :
« Le peintre a des mains qui saignent
 Et il joue avec les Anges. »

Chez Daniel,l'esprit transcendait tous ses sens pour s'accomplir dans la création quelle qu'elle soit : peinture, écriture, sculpture ou argile quand il en avait l'occasion et même la musique où il avait démonté la partie basse du piano pour en jouer comme d'une harpe tout en déclamant des poèmes. Je me souviens que nous allions écrire ou dessiner avec des algues sur le sable du bord de la Loire, voir ensuite la marée monter et tout effacer... ce qui l'amusait beaucoup (l'art éphémère).
Dans un paysage surréaliste, regardant le coucher du soleil sur l'estuaire, nous écrivions des poèmes sur des pipelines désaffectés dans un désert de sable qui bordait le fleuve avec en fond une centrale thermique, image inoubliable pour moi.

Dans certaines peintures (voir la série des chats), il peignait le monde comme un enfant, avec naïveté, tendresse ou moquerie. Comme il le disait lui-même, « Le monde est méchant pour les enfants et je m'y suis toujours heurté » et pour citer un ami peintre de Daniel « A considérer l’ensemble de sa production, ce que je ne peux guère faire sans être très influencé par le souvenir que j’ai de lui, tout ce que je peux dire : Ce type ricanait avec une tendresse infinie ».

Il avait aussi ce don de percevoir le meilleur et le pire dans l'être humain et de le reproduire dans ses toiles. Il avait ce mélange de Billy Hollyday et de Dostoïevsky.
Chez lui, tout se mêlait : la violence intérieure, la douceur enfantine, l'amour et aussi la nature, la foi, le désir d'être aimé, la douleur ....le sentiment de n'être pas compris.

Impulsif, il l'était dans sa vie mais comme dans sa peinture : un extrait d'un article du journal Ouest-France paru en février 80 :
« Il y a de la violence dans sa peinture, un risque de perdition, l’écho répercuté d’un rire douloureux. Daniel Robert est un pulsionnel, un gestuel pour qui l’acte de peindre se traduit par une expulsion, un crachat de formes et de couleurs qui l’envahissent, la décharge des humeurs d’un corps, ses couleurs acides ou éclatantes, ses longues traînées au tube, ses aplats laborieux pour les fonds, à ce moment, la forme s’échappe et peut s’éclairer de génie. » P.D.

Appartenait-il au mouvement de l'art brut ? Je dirais non dans la mesure où il avait une très bonne connaissance des différents mouvements artistiques, mon père nous ayant « traîné » à travers l'Europe de musées en musées à chaque période de vacances …..Aux dires d'un ami connaisseur, Il appartiendrait plutôt à l'art singulier, mouvement apparu dans les années 70 à mi-chemin entre l'art naïf et l'art brut, dans la mesure où son travail est à la fois inventif, hors norme, original et ….. Singulier.

En conclusion, je citerai mon ami Pierrick avec qui j'ai fait le petit livret  :
Pourquoi peindre? …....
- Pour se confronter sans en avoir jamais fini à ce permanent point de fuite qui réunit
 la spiritualité, soi-même et le néant.
 Réponse de mon frère : « C'est parfois douloureux... »

Pourquoi peindre? …....
- Pour s'étonner, jouir du plaisir de voir les formes s'organiser sur la toile, se laisser surprendre, entre la résistance et l'abandon, par ce que les formes génèrent d'elles-mêmes et apportent à l'œuvre en train de se créer.
 « Mais, je n'ai pas toujours le dernier mot... », disait-il.

Pourquoi peindre? …....
- Pour le temps d'un tableau, ne plus appartenir qu'aux couleurs. Y plonger. S'y noyer, corps et âme. C'est une bonne façon d'apprendre à chuter, entre la nuit, le sublime et la lumière. « Il en reste forcément quelque chose quand on en réchappe » disait Daniel. Pour finir, un poème parmi les nombreux qu'il a écrits :
Vivre dans la rue
Je détruis les micros secrets
Cachés dans mon dortoir

Ils ont fait des ponts
Pour traverser la mer
Tu te couches déserteur
Tu te réveilles soldat

Le violoncelliste a mal au ventre
Une journée entière
A se compter les doigts de la main

Dans ta cage blanche
L'enceinte de l'hôpital
Est comme les murs
De l'océan
Les falaises
Les citadelles de la mer

Hautes
Hautes
Hautes
 
Vous trouverez à l'entrée une petite biographie intitulée « Sur la page » puisqu'il était aussi poète, que j'ai écrite avec mon ami Pierrick Hamelin, qui est aussi écrivain et a bien connu mon frère, ainsi qu'une série de poèmes sur les tables face aux peintures. Merci d'être présent aujourd'hui et Surtout un Grand Merci à Philippe et Carole qui ont permis d'exposer ses œuvres en pleine lumière et ont tout organisé.
Merci aussi à Fred qui est venu par amitié accompagner au piano ce vernissage.




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