lundi 8 février 2021

MICHELINE JACQUES ... MOI J'AIME

 Voilà une découverte poignante faite en novembre 2019  que je dois au Festival Art et Déchirure

Micheline JACQUES, née à Gand (1933). Créatrice d’une œuvre  importante et variée de sculptures textiles (tissu de nylon, teint,  noué, cousu, monté sur support de mousse) et dessins. Nombreuses  expositions personnelles (Bruxelles, Genève, Dijon, Beaune, Rouen,etc..)  Suivant le principe de la « série » qui est une des caractéristiques  de mon travail, cette œuvre est composées de 15 personnages assis,  formant un tout. Évoquant des civilisations anciennes, disparues, ou  imaginaires, l’ensemble joue sur différentes gammes de couleurs,  d’attitudes, de coiffures et de costumes. Les sièges aux allures d’apparat sont des trônes aux dossiers travaillés. Chacun des  personnages se veut imprégné d’un grand pouvoir de méditation :  savoir ou sagesse. C’est pourquoi je les ai nommés « LES SAGES ».  
Suivant la technique que j’ai développée dans l’ensemble de mon  travail artistique, il s’agit de sculptures textiles : voiles et  tissus de nylon teints par moi- même, cousus et fixés sur une  ossature en mousse.

Les sculptures textiles réalisées par Micheline Jacques, ces figures énigmatiques nous interpellent par leur pouvoir méditatif et introspectif, évoquant des civilisations lointaines et disparues.  Elles sont 107, alignées dans le couloir du musée, réunies au complet pour la première fois.

Elles sont là immobiles, chacune dans une attitude singulière, toutes semblables et différentes, en attente.


















 

 Pour accompagner mes photos aujourd'hui un texte de Jeanine Rivais :

 Certains artistes produisent des œuvres tellement originales qu’il est impossible, même pour se donner des certitudes, de les classer ! Ainsi, Micheline Jacques est-elle sculpteur ? Il semble bien que non, malgré les multiples “individus” qu’elle crée et propose dans les plus grandes intimités corporelles. Les mains du sculpteur, en effet, ont généralement envie de se confronter à un matériau dur qu’elles cisèleront ou modèleront ; tandis que cette artiste choisit la mousse dont, comme par défi, elle écrase les contours, donnant aux têtes  de ses personnages une forme ovoïde. D’ailleurs, cette volonté d’ovalisation se retrouve dans la façon dont elle installe ses créatures, allongées et roulées sur elles-mêmes, lovées dans le giron d’une autre, repliées sur leurs genoux relevés, etc. Quel choc, en entrant dans son atelier, d’être soudain environné par tous ces êtres grandeur nature, installés dans les attitudes figées du repos, comme ces hommes exhumés de la lave de Pompéi qui l’ont tellement impressionnée ! 

 Est-ce la vie ou le théâtre ? Si c’est la vie, c’est le moment de l’étape, après la longue fatigue de la journée, moment des menues confidences formulées à mi-voix, avec un sentiment paresseux de bien-être ! Car aucune angoisse ne se dégage de ces groupes, mais au contraire une très forte sensation d’intimité. Et, en admettant qu’elle ne soit pas sculpteur, ce qui n’est pas prouvé, Micheline Jacques est incontestablement une scénographe hors pair. En atteste son grand talent à modeler les attitudes de ses créatures dont il est quasi-impossible, si ce n’est subjectivement en fonction de telle pose particulière, de dire (puisque de ces “rencontres”, les enfants sont absents)  si elles sont féminines ou masculines… Si c’est le théâtre, nul besoin d’un décor : tout est là, dans les costumes gris-rose, gris-bleu, gris-sable... sortes de tuniques coupées dans un tissu d’une unique texture, mais plissé, roulé, chiffonné... au gré de l’extravagante sobriété de la couturière en elle, qui sait également disposer de façon élégante des voiles autour de quelques personnages : ces voiles, arachnéens, confirment cette sorte d’autarcie dans laquelle vivent ces êtres ; et leur laissent, en même temps, par leur transparence, le loisir de “voir” leur entourage et de communiquer avec les autres visages aussi énigmatiques.

Visages ? Non pas, car tous sont couverts de bandelettes comme des momies ; et il faut tout l’art de Micheline Jacques, pour que ces silhouettes ne semblent pas  “mortes” ; que ces yeux clos dans ces absences de visages justement, n’aient l’air que de se replier sur eux-mêmes, comme ne se sentant pas vraiment solitaires, à cause de la convivialité silencieuse de ce moment unique !

  Parfois, se rapprochant des origines de la terre-mère et des mystérieux nomades du désert africain, l’artiste pousse jusqu’à la royauté l’apparence de ses créatures. Elle remplace les bandelettes par des sortes de loups bordés de dentelles sous lesquels s’affirme l’arrondi d’un menton ; tandis que, rapprochant parfois deux personnes en un couple improvisé, leurs doigts fuselés se joignent intensément ; comme si cette recherche esthétique infiniment précieuse poussait à son apogée leur besoin de communion !

  Alors, sculpteur, Micheline Jacques qui rêva un jour qu’elle réalisait une “chambre de sommeil” ? Qui abandonna pour ce faire ses grandes compositions abstraites, constructions éphémères si bien intégrées aux paysages ; ou implantées dans les arbres telles les racines aériennes de quelque essence inconnue. Qui renonça à ses figures-totems faites de torons de tissus, accrochées aux murs, comme prisonnières de ces entrelacs, atteignant parfois de tels paroxysmes que n’émergeaient plus que les mains et les pieds. Pour parvenir finalement à ces personnages conçus en ronde-bosse, mais ne présentant jamais au spectateur que le devant de leur corps ? Metteur en scène de l’instant privilégié et de la complicité silencieuse ? Artiste, infiniment, offrant au visiteur, un moment de pur plaisir dont subsistera la rémanence, longtemps après qu’il se soit,  à regret, détourné  de ce merveilleux univers !


CE TEXTE A ETE ECRIT EN 1998, APRÈS L'EXPOSITION DES ŒUVRES DE MICHELINE JACQUES, AU MUSÉE D'ART NAÏF DE NOYERS-SUR-SEREIN, SOUS LE TITRE "HORS DU TEMPS".

LA BIOGRAPHIE DE MICHELINE JACQUES

LE SITE DU FESTIVAL

LE FESTIVAL ET LES GRIGRIS

LE LIEN VERS JEANINE RIVAIS 


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