Nous avons enfin eu la chance de rencontrer NADINE VERGUES dans son atelier magnifique au milieu de ses créatures réalisées dans ce matériau totalement original : le feutre industriel.
Un atelier comme je les aime, un accueil chaleureux et une visite mémorable.
LONGUE VIE A TON TALENT NADINE !
Anne Devailly en parle :
Des géants au poids plume
Nadine Vergues trompe les apparences. Son art est un faux-semblant permanent où les œuvres ont une matière, un poids, une résistance qui trompent le regard. L’artiste est devenue virtuose dans l’utilisation d’un matériau rarement utilisé : le feutre industriel.
Les têtes sont parfois immenses. D’une teinte grisée, les visages aux
traits volontairement simplifiés ont une apparence granitique qui en
impose.
Dans son immense atelier aveyronnais, installé à
Saint-Etienne-de-Naucoules, sur le Causse, Nadine Vergues soude, peint,
brode. Des techniques variées qui pourraient faire penser au métal, à la
toile ou à des tissus délicats, mais que l’artiste a en fait adaptées à
son matériau de prédilection: le feutre industriel, celui qui sert
d’isolants dans l’industrie automobile. un matériau qui garde le côté
brut et basique de la matière. Ce feutre est en fait réalisé à partir de
récupération de matières plastiques. Il a déjà eu une vie avant,
l’artiste va lui en proposer une après son passage par le feutre
automobile. Parfois même plusieurs : les têtes qui ont servi à réaliser
la sculpture Frontières ont été faites pour d’autres sculptures et
réutilisées ici pour une nouvelle œuvre. Là encore, ce réemploi
s’intègre pleinement dans le sens donné à l’œuvre : il y a toujours de
la place pour un individu, à condition d’avoir un peu de créativité et
de liberté d’esprit.
Nadine Vergues est tombée sur ce matériau un peu par hasard au milieu de
déchets d’usine en 2005, à une époque où les
plasticiens ne s’étaient pas encore trop attardés aux possibilités
offertes par le textile.
« Cette découverte a été un choc, j’ai compris ce jour-là que j’étais
sculpteur. Il me restait à trouver comment utiliser ce matériau
rudimentaire et brut. Pour le mettre en formes, j’ai développé une
technique, détournant des outils du fer comme le fer à souder, et des outils du bois ».
L’artiste maîtrise les techniques lui permettant de surpasser les
faiblesses du matériau de base : les œuvres restent légères, mais sans
la fragilité initiale. Résistantes pour affronter les conditions
extérieures, elles peuvent prendre l’apparence du granit, du métal, mais
aussi du papier.
Cela suffit déjà à tromper son monde, mais l’artiste aime à aller
encore plus loin. Sur certaines œuvres, elle prend donc l’aiguille et
rajoute quelques broderies. « Les gens qui ne savent pas que c’est du
feutre s’interrogent sur les broderies, en cherchant à savoir comment
j’ai pu broder sur de la pierre, sur du fer. Cela les amène à
s’interroger sur ce qu’il voit, sur le jeu des apparences ».
Nadine Vergues, qui voit ses œuvres présentées sur de grandes scènes
artistiques, aimerait les faire interagir avec les arts vivants : créer
des décors de théâtre, de ballet, d’opéra ? Il est certain que sur
scène, la monumentalité de certaines pièces, associée à leur extrême
légèreté pourraient donner des idées à des metteurs en scène.
L’artiste est vive, gaie, trouve beaucoup de plaisirs à ruser avec son
matériau. Mais l’œuvre, elle, est tout emprunte d’une réelle mélancolie
et d’une vision sans concession du monde actuel. Souvent, elle part sur
une série, mais « la série s’arrête souvent au bout de trois ou quatre
pièces », comme si l’essentiel est déjà dit.
Au côté de ce travail de sculpteur, Nadine Vergues poursuit un travail
de dessin. Là encore, un côté « bricolage-bidouillage » assumé, mais
dans une continuité d’esprit : des personnages, encore et toujours, qui
émergent de la matière quand il s’agit du feutre (collé, brûlé, plié,
etc), qui se battent avec elle. Chaque création est une victoire.
NADINE VERGUES ET LES GRIGRIS DE SOPHIE
(cliquer)
SEPTEMBRE 2025

































Merci Sophie pour votre belle visite… bises
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