Beaucoup d'émotion en découvrant dans le petit village d'Arguedas les peintures murales de LA PINTURITAS ...
"Avec mes peintures, j’aurais pu être la plus riche d’Arguedas, mais je n’ai jamais rien demandé à personne."
À la sortie du village d’Arguedas, sur la nationale qui relie Pampelune à
Saragosse, un édifice abandonné se dresse comme un livre ouvert de
couleurs, de figures et de mots – un livre que María Ángeles Fernández
Cuesta (née le 10 janvier 1950 à Tolède) écrit chaque jour depuis plus
de vingt ans. Cette femme singulière, connue sous le nom de La
Pinturitas, a transformé ce bâtiment désaffecté en un environnement
d’art brut en perpétuel devenir, en couvrant ses murs d’une profusion de
peintures bariolées, de mots et de signes qui ne cessent de se
métamorphoser.
Dès 2000, à l’âge de cinquante ans, La Pinturitas
entreprend ce projet avec une spontanéité instinctive, sans formation
artistique académique, mais avec une force créatrice obsédante qui
transforme le mur en un miroir narratif de sa vie et du monde qui
l’entoure. Ses travaux, réalisés à l’eau et à main levée sur la façade
et les parois intérieures d’un ancien restaurant, sont animés par une
surabondance de formes hybrides : visages aux grands yeux fixés, animaux
fantastiques, maisons entremêlées, légendes textuelles et inscriptions
autobiographiques (telles que "soy de Toledo" ou les années de naissance
de ses proches).
Ce travail ne se contente pas de produire des
images : il engage un dialogue constant avec le public. Au fil des
années, ce qui était au départ un monument privé de marginalité sociale
s’est métamorphosé en œuvre ouverte, dont chaque saison offre une
version renouvelée. L’artiste peint, efface, réécrit et réinvente sans
cesse ses motifs, transformant ainsi l’environnement en une archive
vivante et changeante de son expérience et de sa mémoire vécue. Dans
cette pratique, La Pinturitas rejoint la tradition des environnements
singuliers (œuvres créées en dehors des circuits artistiques
institutionnels) mais sa démarche transcende la simple esthétique : elle
devient un geste de réappropriation symbolique du territoire et de soi,
un acte de résistance contre l’exclusion. Ses murs ne sont pas
simplement peints ; ils parlent, revendiquent, racontent.
(cliquer)
NA-8712.33.31513 Arguedas (Navarre, Espagne)
OCTOBRE 2022

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