J'ai longtemps hésité à parler sur mon blog de cette étrange maison. Elle appartient en effet au plus grand serial killer portugais (aujourd'hui incarcéré) Francisco Leitão. C'est la première fois pour moi, bien sûr, qu'un environnement d'Art Brut est associé à l'horreur.
"À São Bartolomeu dos Galegos, dans un paysage rural, se trouve une construction difficile à ignorer : la maison attribuée à Rei Ghob (de son vrai nom Francisco Leitão). Cette étrange accumulation de murs, de pierres et de ciment n’est pas seulement une curiosité d’art brut ; elle est aussi liée à la figure troublante d’un homme devenu, par la suite, un serial killer.
La bâtisse ne suit aucun plan identifiable. Elle s’est développée par ajouts successifs, sans véritable cohérence d’ensemble. Des blocs de pierre locale, des morceaux de béton, des éléments récupérés composent un assemblage compact, parfois maladroit. Les volumes semblent s’être empilés les uns sur les autres au fil du temps, produisant une architecture fermée, presque étouffante.
Les surfaces sont chargées de marques, de formes grossières, de motifs gravés ou modelés dans le ciment. Rien n’est laissé lisse. Cette saturation visuelle crée un sentiment d’enfermement plutôt qu’une invitation à la contemplation. L’espace extérieur lui-même paraît envahi, comme si la construction avait progressivement débordé toute limite raisonnable.
La circulation y est incertaine : passages étroits, angles abrupts, ouvertures imprévues. On avance avec prudence dans ce dédale minéral qui ne cherche ni le confort ni l’harmonie. L’ensemble donne l’impression d’un chantier jamais vraiment terminé, d’une structure qui s’est épaissie par accumulation plus que par conception.
Savoir que cette construction appartient à un serial killer modifie inévitablement la perception du lieu. Les murs massifs, les recoins sombres et l’absence d’ouverture vers l’extérieur prennent une dimension plus lourde. La maison ne se contente plus d’être une œuvre marginale ; elle devient le cadre matériel d’une trajectoire humaine marquée par la violence.
Ainsi, ce qui subsiste à São Bartolomeu dos Galegos n’est pas seulement un exemple d’architecture brute, mais une construction étrange, dense et dérangeante, indissociable de l’histoire criminelle de son auteur."
OCTOBRE 2022


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