dimanche 15 janvier 2017

LAURENT DANCHIN VU PAR AYMERIC ROUILLAC








Laurent Danchin (1946-2017)
Inlassable découvreur de génies visionnaires.
L'écrivain et critique d'art Laurent Danchin, l'un des meilleurs connaisseurs de l'art des marges en Europe et aux États-Unis, est décédé ce mardi 10 janvier 2017, à Paris, à l'âge de 70 ans.
Né à Besançon en 1946 dans une famille marquée par l'engagement social et chrétien dans la Résistance, Laurent Danchin est élève de l'École normale supérieure rue d'Ulm et agrégé de Lettres modernes. Universitaire, il était aussi diplômé en histoire de l’art à Paris X et titulaire d’un DEA d’esthétique de La Sorbonne. Choisissant une carrière d'enseignant dans des lycées réputés difficiles, à Nanterre et à Boulogne Billancourt jusqu'en 2006 mais aussi à Lyon, il découvre, dès le milieu des années 1970, l'environnement d'artistes singuliers, qui le conduisent à la création autodidacte et aux parias de l'art contemporain, dont il devient le talentueux défenseur.
Critique d'art, Laurent Danchin a publié une quinzaine d'ouvrages, notamment sur Jean Dubuffet dont il est devenu conseiller pour la Collection de l'art brut à Lausanne. Correspondant français de la revue anglo-saxonne Raw Vison crée par John Maizels, Laurent Danchin était également membre du conseil de SPACES aux U.S.A., pour la défense des environnements culturels, et de l’E.O.A. en Finlande. Inlassable découvreur de génies visionnaires, qu'il a rencontrés personnellement au fil des années, il a multiplié les amitiés fidèles au long cours. Roger Cardinal, Jean-Paul Favand, le docteur Ferrière, Seymour Rosen ou Caroline Bourbonnais, entre autres, l’ont aidé à devenir une référence incontournable de l'Art Outsider, sans s'enfermer dans les étroites frontières hexagonales des thuriféraires de l'art brut. Peu importait la qualité de l'artiste : fou comme Antonin Artaud, cantonnier comme Marcel Storr ou diplômé des Beaux-Arts comme Chomo, pourvu qu'il soit bon. Son dernier recueil de plus de 100 textes publiés dans une dizaine de pays s'intitulait ainsi « Aux frontières de l'art brut » (Le livre d’art, 2013).
Commissaire d'exposition à travers l'Europe, ses accrochages et catalogues avec Martine Lusardy à la Halle Saint-Pierre ont fait date : que ce soit la rétrospective consacrée à « Chomo » (Paris, 2010), l’exposition sur les « Collections de Folk Art des musées de Chicago » (Paris, 1998) ou celle intitulée « L'art brut et la face cachée de l'art contemporain » (Paris, 1995). Avec son complice Jean-Luc Giraud, il a fondé l'association Mycelium, éditant la collection des « Bonbons », pour faire connaître leurs activités et réalisant l'exposition « Génie savant - génie brut » (Auberive, 2014). Sa chaîne vidéo sur YouTube compte plusieurs dizaines de milliers de vues pour sa longue conférence au Sénat sur la « Critique cultivée de l'art contemporain » (Paris, 2013), dont la clairvoyance lui valut de sévères inimitiés.
Longtemps incompris pour ses choix de vie désintéressés mais cohérents avec sa colonne vertébrale intellectuelle, Laurent Danchin était un homme de communication, à l'esprit rapide et au verbe clair. Ses conférences étaient toujours suivies de longs échanges avec le public. Homme de média, il a nourri de nombreux projets pour faire connaitre ses artistes : notamment à la radio avec « Les chemins de la connaissance » (France Culture, 1986) et à la télévision avec Pierre de Lagarde dans « Chef d’œuvres en péril » (Antenne 2, 1984). Homme d'action, il était également président de l'Association des amis de Chomo pour la sauvegarde du Village d'art préludien dans la forêt de Fontainebleau. Sa dernière exposition, « Faites un rêve avec Chomo », était ainsi consacrée au premier grand artiste qu'il avait découvert (Tours, 2016).
Atteint d'une tumeur au cerveau contre laquelle il s'est battu avec sérénité et panache sans ralentir le rythme de sa pensée, grâce à son épouse Francine, Laurent Danchin cultivait la joie d'être le père de trois filles, Amélie, Clara et Swannie qu'il a associées à ses découvertes et rencontres dès leur plus jeune âge, et récemment grand père. Aimant la vie et les joies simples de l'existence, questionnant sans relâche la notion de transcendance, recherchant la beauté du monde là où elle se trouvait et non pas là où on lui disait de la regarder, Laurent Danchin était un homme marqué par le génie, qu'il avait la rare faculté de découvrir, de nommer, d'aimer et de donner à aimer.
Les artistes, ses amis, ses admirateurs et adversaires perdent avec lui un visionnaire d’exception.
Aymeric Rouillac, à Tours le 11 janvier 2017
Ses obsèques seront célébrées le mardi 17 janvier en l'église Saint-Étienne du Monts à Paris (5e) à 10 heures.

Et quelques photos prises par moi chez Chomo en mai 2014













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