"Sylvia Katuszewski est
une créatrice «habitée» qui vit dans le compagnonnage
des poètes (elle a notamment entretenu une
correspondance avec René Char).
Elle modèle dans la terre une cohorte d’icônes
totémiques, femmes-souffrance ou déesses endolories,
saintes écorchées, poétiques et meurtries, belles de
douleur.
Femmes blessées et superbes, toutes debout,
femmes-enfants, femmes-mères d’une blancheur laiteuse,
tendre et sucrée portant parfois les stigmates de
douleur à travers un regard dégoulinant de noir ou une
scarification ancrée dans la chair
Femmes totémiques, touchantes, effigies de douleur et de
beauté, comme inachevées, tendrement modelées.
Un art du paradoxe, né du choc de la cuisson. L’épreuve
du feu façonne les femmes-enfants de Sylvia Katuszewski,
tout comme la vie !
Icônes adorées, reliques encensées, réceptacle des
prières et de l’adoration des hommes, les sculptures de
Sylvia Katuszewski incarnent néanmoins la souffrance des
femmes, des mères, des enfants perdus ou délaissés, des
maternités avortées.
Un art du contraste où la souplesse du traitement
parvient à suggérer avec force la dureté du propos."




















REPORTAGE-PHOTOS APOLLINE LEPETIT
Et pour accompagner les photos d'Apolline ce long texte de Jeanine RIVAIS (N°
73 TOME 1 DE MARS 2003 DU BULLETIN DE L'ASSOCIATION
LES AMIS DE FRANCOIS OZENDA):
Quitter
de vieilles amies qui, depuis plus de vingt ans, sont nées de votre
cœur et de vos mains, ne se fait pas sans
souffrances ! Se remettre totalement en cause ; abandonner des
sécurités récurrentes, lorsqu’on parvient à la moitié descendante de la
cinquantaine n’est pas non plus facile !
C’est pourtant ce qu’a fait Sylvia Katuszewski lorsqu’elle s’est
aperçue que son savoir-faire risquait d’engloutir sa créativité. Bien
sûr, ce "changement" n’a pas été le fruit d’une froide
décision. Comme lors d’une maladie qui "couve" en vous sans se
déclarer, l’artiste a connu des angoisses dénuées de raisons, des
questionnements ne recevant aucune réponse définitive… Elle s’est
accrochée à ses "Mater Dolorosa", sculptures féminines,
blanches ou polychromes, sorte de saga dans laquelle elle exprimait
depuis tant d’années ses difficultés existentielles et ses
paradoxes liés à de possibles souvenirs d’enfance, à des paradis
terrestres explorés puis oubliés… Mais désormais, le doute persistait,
l’obligeant à s’en éloigner.
Alors, elle a réalisé une multitude d’aquarelles qui, à ce
moment-là, lui ont paru –et sans doute l’étaient-elles- primordiales :
où des petits personnages évoluaient dans des jardins
d’Eden ; où des enfants devenaient fleurs ou oiseaux… un monde
idyllique, en somme, l’éternel hymne à la vie de cette artiste qui,
parlant d’elle-même, dit : "Je suis née de la
cendre…"
Il semble, rétrospectivement, que ces
œuvres légères qui la ramenaient à deux dimensions, aient été autant
d’escales où Sylvia Katuszewski reprenait son souffle, regroupait
ses forces, tel le vent qui soudain s’arrête avant de repartir de plus
belle ! Et c’est bien ce qui s’est produit car un
jour a ressurgi son incoercible envie de plonger ses mains dans la
terre. Cette nouvelle démarche à la fois liée à la précédente et
complètement différente, la laisse encore dubitative, car elle
s’impose sans que l’artiste puisse en saisir tous les tenants et les
aboutissants. Mais d’ores et déjà, pour le visiteur, certains chemins
apparaissent à l’évidence :
D’abord, elle qui donnait à ses œuvres des tonalités éclatantes, a
choisi le raku, cette manière de cuisson de la terre aussi vieille que
l’Homme, comme en un besoin de revenir à des techniques
originelles. Ce choix ne s’est pas opéré au hasard, mais pour la
symbolique qu’il véhicule : naturel et sobriété ; détachement,
intériorisation et simplicité des sentiments. Terres
cuites de façon à obtenir des grès rugueux, gris et noirs avec par
endroits des flamboiements rentrés de rouges sombres ou de bleus
froids ; et des nuances apportées par des glaçures
plombeuses, épaisses et brillantes, creusées d’infimes dépressions.
Les formes, elles aussi, ainsi que leur chronologie, sont hautement symboliques :
Des galets, d’abord, qu’elle a triturés,
chantournés… jusqu’à leur donner l’air d’avoir échappé au Chaos
universel ! Et sur lesquels sont couchés côte à côte de petits
personnages peints, aux bustes conçus en une ligne unique, expressive
sans être réaliste, tandis que le bas des corps est
informel, voire inexistant : les origines de l’Homme, en somme !
Et puis, par un besoin de structurer ces
bouleversement cataclysmiques, l’artiste a commencé à réaliser des
" plaques ", aux contours raboteux certes, mais incontestablement
quadrangulaires : et, dessus, elle a gravé de nouveaux personnages
tronqués par des enchevêtrements de végétations
ou de rocs : l’Homme se levant, émergeant des éléments pour devenir
lui-même…
Et Sylvia Katuszewski, dans cette
promenade au fil des millénaires ? Il semble bien qu’ayant coupé le
cordon
ombilical qui la rattachait à ses précédentes créations, elle ne
soit pas encore capable, comme il est dit ci-dessus, de s’affirmer haut
et fort. Mais qu’elle se cherche ; qui mieux est,
qu’elle cherche SA forme dans
ce nouvel infini déjà si personnel : après les plaques où elle a tenté
de faire surgir ces minuscules Golems, elle a, en
effet, commencé une série de masques aux bords irréguliers évoquant
des cercles, des rectangles, des triangles…
Sachant que depuis toujours et en toutes civilisations, les masques
permettent d’explorer le tréfonds de l’âme humaine et à leur auteur
d’affirmer différemment son identité psychologique et
culturelle, faut-il s’étonner qu’elle ait -de même que l’enfant
derrière son masque "se change" en fantôme ou en sorcier- tenté avec les
siens de faciliter sa mutation, se changer en l’auteure
d’une nouvelle génération d’individus naissant dans des espaces dont
la définition s’affine peu à peu ?
Epais et lourds, ces objets cérémoniels portent des scarifications
ou des reliefs, des motifs décoratifs… ou, à la place des joues, de
petits médaillons aux visages découpés comme des camées, et
à peine rehaussés de fins cheveux d’or jaune, situés à proximité
d’une bouche béante, hurlant son cri primal. Porteurs d’une sorte de
magie mimétique, ces masques ont apparemment permis à la
créatrice -et ce mot prend ici sa force littérale- de réactiver son
mythe fondateur et de créer une sorte de sculpture redevenue
tridimensionnelle où, dans les plissements d’un magma figé pour
l’éternité, émergent de petits individus encore incomplets, aux
traits tout de douceur, aux grands yeux ronds, "beaux" de l’innocence
originelle ; mais déjà soudés les uns aux autres, en une
amorce de "vie" sociale…
Aucun doute n’est possible : Sylvia Katuszewski est parvenue à un
point de non-retour. Sur des voies qu'il lui reste à rendre définitives,
elle chemine déjà, déposant au long de son parcours
des témoignages qui lui permettent de redevenir elle-même, d’être
"elle chez elle", tout en étant autre et ailleurs ! N’est-ce pas là le
rêve de tout artiste ?
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DES TEXTES CHEZ CLAIRE CORCIA
CHEZ JEANINE RIVAIS
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