Les Grigris de Sophie ce sont bien sûr des broches, des colliers et des sacs … mais c’est aussi un blog !

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Mais c’est aussi un blog ! Un blog dans lequel je parle de CEUX et de CE que j’aime …
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vendredi 11 juillet 2025

RUTA JUSIONYTE ENTRE CÉRAMIQUE ET PEINTURE

 

 RUTA JUSIONYTE a tous les talents. Je la suis sur Facebook fascinée par son travail de céramiste ET de peintre ....

 



























 

 

 

 

 Voilà ce que Mikael Faujour en disait en octobre 2019 :

 L’être réconcilié

Il y a quelque chose qui passe pour de la divination chez l’artiste qui, produisant des images, n’a souvent pas la capacité de l’expliquer tout à fait. Quelque chose passe par lui, mais qui n’est pas nécessairement de lui. Le terme de « chamanisme » est inapproprié, mais il y a quelque lointaine parenté chez l’artiste créant des images, lesquelles ne touchent que parce qu’elles sont signifiantes, recourant au symbole qui nous précède et nous relie. Du singulier de l’artiste qui, en quête de sens et d’ordre, pense en images, surgit de l’universel : au lieu de la sécession sociale, ce qu’affirme l’artiste, c’est une solidarité avec l’espèce humaine, un langage commun.

C’est ce qu’écrivit Albert Camus : « L’art n’est pas à mes yeux une réjouissance solitaire. Il est un moyen d’émouvoir le plus grand nombre d’hommes. Il est ainsi placé à mi-chemin de la beauté dont il ne peut se passer et de la communauté à laquelle il ne peut s’arracher. » Car il se produit une double opération : l’artiste s’élucide confusément, s’explore à tout le moins et, partant, explore ce que signifie être homme. « J’ai toujours fait quelque chose qui raconte la vie de autres, mais aussi la mienne », reconnaît, d’ailleurs, Ruta. Et cette « vie des autres », qui est à la fois sienne, affirme le lien fraternel entre les hommes, une confiance et un amour de la vie qui sont en parfaite contravention avec une époque toute empuantie de concurrence, d’égoïsme triste et de pulsion de mort. S’il parle beaucoup de l’altérité – celle que chacun abrite en soi-même, la bestialité, la force brute du désir ; mais aussi celle qui est extérieure à soi : l’autre, l’enfant, mais aussi le temps –, il le fait sur un mode de dépassement des polarités.

C’est que le temps de la guerre, du conflit, de la colère, semble dépassé. Cela est vrai, bien sûr, dans ses sculptures : ses « anges en cavale » arborent un sourire aussi léger et serein que des kouroï de la Grèce archaïque ; ses figures mythiques, appropriées et transformées parlent de (ré)conciliation – le minotaure débarrassé de sa barbarie et de sa cruauté ; saint Georges qui ne tue pas le Dragon, mais le chevauche. Mais son œuvre graphique aussi l’évoque. D’une façon évidemment plus narrative et complexe, plus surréaliste ou fantastique aussi, par ses atmosphères énigmatiques de rêve et de conte, elle explore ce qui nous lie les uns aux autres, notre socialité fondamentale.

La peinture lui permet d’explorer plus avant l’énigme de l’altérité, de scénographier l’expérience fondatrice « des rapports humains dans une époque individualiste où on est obligé pourtant de vivre en société ». Motif récurrent, le repas, moment de socialité par excellence, fait office de théâtre symbolique de la condition humaine, où règnent l’ambiguïté, la tension, le non-dit, le désir, la mesquinerie, où se rencontrent la force placide de l’homme-éléphant, le fou perturbateur – figure du jeu, de l’espièglerie, peut-être de la malice –, l’homme-lièvre – incarnation du désir sexuel –, les mesquineries, la séduction, le désir et même le commérage. En somme, par le truchement de personnages archétypiques, Ruta parle d’amour, dans sa triple dimension – Éros, Philia et Agapé. Le dialogue et la rencontre paisibles entre la femme et l’homme-lièvre, la tendresse des gestes, évoquent un Éros non pas domestiqué comme un danger ou une menace, mais accueilli comme partie intégrante de l’être et de la vie. Sous les diverses formes du lien familial, du banquet paisible, de la protection de l’ours bienveillant, c’est la Philia qui se donne à voir. Quant à l’Agapé, elle tient à la tendresse et l’empathie pour le genre humain qui émanent de son art, profondément humaniste.

Acceptation de la vie, à grand renfort de couleurs éclatantes d’un esprit typiquement nordique, la peinture de Ruta montre, comme sa sculpture, la possible conciliation de l’homme avec sa part animale, le dépassement du dualisme vers l’unification de l’être. Elle évoque une tension vers l’équilibre, l’acceptation de l’autre en soi comme condition d’acceptation de l’autre tout court – comme une aspiration à une Arcadie espérée, où le minotaure, le centaure, les hommes à tête de lièvre, n’ont rien de monstrueux et de menaçant, mais convivent avec les hommes, les femmes et les fillettes et parlent de l’être réconcilié avec lui-même. 


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vendredi 20 juin 2025

LES FASCINANTES SCULPTURES DE RUTA JUSIONYTE

 

RUTA JUSIONYTE a toutes les cordes à son arc : sculptures, peintures, gravures, dessins. 

Je croise son travail depuis des années et je la suis sur Facebook mais ce sont les photos de Françoise Monnin, prises dans l'atelier de l'artiste,  qui me donnent aujourd'hui l'envie de présenter ses sculptures en terre cuite. 

"Ruta Jusionyte, d'origine lituanienne vivant à Paris, est reconnue pour ses œuvres de très grande qualité expressive. Ses sculptures en terre cuite interrogent le rapport entre l'humain et l'animal au travers de la relecture des contes et légendes européens. L'être animal peut protéger ou effrayer comme dans "La Belle et la Bête" ou être le symbole du désir comme dans "Avec le lapin dans la barque". Avec des coulées de ciel, les êtres de Ruta Jusionyte sont à portée de nos tendresses. Ruta, en sublime densité, ose réconcilier du dedans l’homme universel et son animalité."


 












Photos prises par Françoise Monnin
 

« C’est la vie et la liberté qui transpire par tous les pores de ce qu’elle pétrit »

 Qui sont ces personnages charismatiques mi-homme, mi-animal ? Qui sont ces frêles silhouettes humaines au visage sans âge ? En couples ou solitaires, les êtres de Ruta Jusionyte semblent sortir des affres de la mythologie grecque ou d’une fable nordique. Tous appartiennent à une même tribu échappée des pages d’un récit qui auraient traversé le temps.
Lorsque Ruta Jusionyte entreprend la naissance d’une nouvelle pièce sculpturale, elle commence toujours par pétrir la matière, sans aucune esquisse préparatoire, et lui donne la forme de pieds. Vient ensuite le modelage des jambes, des hanches, du buste, des bras, du cou et enfin de la tête, parfois animale, parfois humaine. Du bas vers le haut, de la terre au ciel, l’artiste accouche progressivement de ses mains d’un corps élancé, avant de conclure par le travail des yeux – touche finale à toute création. Ce regard, toujours le même qu’importe le reste, qu’importe le geste, est grand ouvert sur le monde. Il n’est ni médusé, ni pétrifié, mais contemple sereinement un univers imaginaire, peut-être intérieur, comme le suggère la profondeur des iris creusés en cuvette. La bouche fermée renforce cette idée, celle d’une parole qui ne s’extériorise pas pour laisser la pensée triompher.

Anne-Laure Peressin
Critique d’art


 

 Et d'autres visuels glanés sur la page Facebook de l'artiste et sur Google ...

 



















 

Quand Mikaël Faujour en parle :

"Ruta Jusionyte est née en 1978 en Lituanie. Diplômée de l’Ecole Supérieure des Beaux-Arts de Vilnius, Lituanie, elle vit et travaille en France à Paris depuis 20 ans.
Elle expose en France, Belgique, Lituanie, Allemagne, Autriche et en Suisse…

Ses œuvres sculptures et peintures sont dans les collections publiques : Musée d’art contemporain MO, musée d’art Ciurlionis, Musée d’Art Modern MMA, Musée des Anges et Fondation Lewben en Lituanie. Elle obtient le prix de la sculpture figurative George Coulon en 2016, Académie des Beaux-Arts.

« De son art, on a dit qu’il était expressionniste. Corps nus et fêlés, faces dolentes, rictus grimaçants, yeux habités de « pourquoi », les personnages de Ruta Jusionyte, effrayés et hagards parfois, ont cristallisé un temps quelque chose de l’angoisse, de l’accablement, des émotions vives remontées du dedans. Et sans doute s’est-elle enfoncée dans le territoire de son ombre propre, pour en rapporter ces faces de douleur, ces corps creusés, crevassés, balafrés par l’existence.

À considérer son art depuis quelques années, il faut pourtant se rendre à l’évidence : ce temps n’est plus. La page est tournée.

Ruta Jusionyte s’est surmontée elle-même, aussi vrai que la terre qu’elle modèle, surmonte par la cuisson son état initial, se renforce et devient autre chose. Comme si elle-même avait triomphé des feux du tourment qui travaillait au fond d’elle – celui de l’Histoire, celui de l’exil et celui du doute existentiel, des épreuves intimes – son art paraît traduire à présent une maturité sereine. Le sourire de ses personnages dit quelque chose d’une confiance dans la vie : désormais sans colère et sans peur, ils affirment une paix nouvelle, une adhésion au monde.

Moins expressif, moins immédiat, moins émotionnel, l’art de Ruta accède à présent à un langage moins intime qu’universel, symbolique, voire mythologique. Bien sûr, ce répertoire mythologique et symbolique – centaures, louves, créatures ailées – existait déjà ; mais il était surtout expressif, c’est-à-dire qu’il faisait sortir ce qui venait du lointain intérieur et de l’intime – douleur, colère, mélancolie, questionnements, désir etc. De ses sculptures émanent à présent une quiétude, une douceur, une tendresse, de celles qui sont souvent le témoignage des âmes fortes ayant traversé les épreuves et dépassé ressentiment et rancœur pour atteindre au dépouillement moral, à une acceptation du monde et d’autrui : là, Ruta crée autre chose. « Je ne suis plus dans la catharsis, mais dans la création où l’idée de "vie bonne" m’intéresse (...) », disait-elle, en septembre 2019, lorsqu’elle me recevait dans son atelier.

Il ne s’agit sans doute plus de se connaître soi-même et de se raconter soi-même par le truchement du symbole. Son art n’est plus expression d’une intériorité, d’un être-au-monde ; l’artiste a accédé à autre chose, par-delà elle-même. Cela ressemble déjà à la transmission, puisant à même l’inconscient collectif des images archétypales d’un temps immémorial – peut-être même un temps purement imaginé – où se meuvent des symboles, et non plus des êtres.  »

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