"Chaque baraque est une âme qui renferme une histoire, des secrets, des peines et des regrets et peut-être quelques doux souvenirs. Chaque baraque est l’ébauche d’un portrait."
" J’aime ce matériau pour sa générosité : sa matière et ce qu’il m’offre quand il est dénudé, lacéré, froissé, percé… et puis il y a de la dérision dans ce carton !"
"J’aime les amoncellements de vieux éléments, les greniers, les brocantes, voire les poubelles."
"Comme les cinéastes, j’aimerais inventer des histoires, mais je me contente de créer les décors et les personnages. Je laisse au spectateur le soin de retracer une narration."
"Je ne peins pas des maisons abandonnées ; je tente de montrer ce qu’il reste d’une vie lorsqu’elle s’est retirée des lieux."
"Ce qui m’intéresse, ce n’est pas la ruine en elle-même, mais ce moment fragile où un lieu oscille entre disparition et mémoire."
Entrer dans l’univers de Migas Chelsky, c’est pénétrer un territoire incertain, quelque part entre la peinture, la sculpture et l’archéologie intime. Ses œuvres ne se regardent pas seulement : elles se traversent du regard comme on explore un paysage abandonné. Des maisons apparaissent, solitaires, cabossées, souvent fermées au monde. Des façades de fortune, des fenêtres muettes, des toitures fatiguées. Rien ne semble bouger et pourtant tout raconte.
Ces architectures fragiles constituent le motif central de son travail. Mais il ne s’agit pas de paysages urbains au sens traditionnel. Chez Migas Chelsky, la maison est un personnage. Elle possède une présence, presque une biographie. Chaque façade agit comme un visage marqué par le temps : fissures, planches rapportées, volets tordus. Les murs parlent. Les silences aussi.
Le matériau lui-même participe de cette narration. Le carton ondulé, récupéré dans les marges du quotidien, devient l’élément fondamental de l’œuvre. Lacéré, superposé, froissé, il se transforme en relief, en peau architecturale. Dans ces surfaces travaillées, la peinture ne recouvre pas la matière : elle dialogue avec elle. Les stries du carton évoquent les nervures du bois, la tôle cabossée, la fatigue des constructions précaires. L’objet pauvre devient structure, mémoire, paysage.
Il y a dans cette pratique quelque chose de l’assemblage, héritage évident des grandes traditions du collage et de l’art brut. Mais l’artiste ne cherche pas la citation historique. Il travaille plutôt dans une logique de récupération sensible : fragments d’images, objets trouvés, matériaux abandonnés. Chaque élément porte déjà une histoire. L’œuvre consiste à les faire dialoguer.
Les maisons de Migas Chelsky semblent souvent désertées. Pourtant elles ne sont pas vides. Elles contiennent des traces invisibles : souvenirs, départs, vies interrompues. Ce sont des architectures de mémoire. On y devine les habitants qui ne sont plus là, les gestes quotidiens effacés, les histoires suspendues derrière les portes closes.
Cette dimension narrative n’est jamais explicitée. L’artiste ne raconte pas ; il suggère. Il installe un décor et laisse le spectateur inventer les récits. Chaque œuvre devient ainsi un fragment de cinéma immobile, une scène après l’événement ou juste avant qu’il ne se produise.
L’univers de Migas Chelsky oscille constamment entre réalité sociale et fiction poétique. Les maisons pourraient appartenir à des quartiers périphériques, à des territoires oubliés, à ces lieux que l’urbanisme et l’histoire ont laissés en marge. Mais elles appartiennent aussi à un imaginaire plus profond : celui des refuges, des abris précaires, des architectures de fortune que l’on construit pour continuer d’habiter le monde.
C’est peut-être là que réside la force de son travail. Dans cette capacité à transformer un matériau pauvre et un motif humble en espace de projection intime. Devant ces façades cabossées, chacun reconnaît quelque chose : une mémoire d’enfance, une maison disparue, un paysage traversé autrefois.
Ainsi les œuvres de Migas Chelsky ne sont ni des ruines ni des maquettes. Ce sont des lieux mentaux. Des architectures intérieures où se déposent le temps, l’usure et la poésie discrète des choses survivantes.
Et dans le silence de ces maisons, quelque chose persiste : la trace obstinée de la vie.
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