Une amitié facebookienne s'est faite rencontre dans la vraie vie. PREMYSL MARTINEC a eu la gentillesse de venir me voir à Plouhinec ....
À la lisière du surréalisme et de l’art brut, le peintre et dessinateur tchèque Přemysl Martinec développe depuis plus de quarante ans une œuvre singulière, dense et profondément intérieure. Né en 1957, il vit et travaille à Prague, où il s’est imposé comme une figure à part dans le paysage artistique tchèque.
Martinec ne vient pas du sérail académique traditionnel des beaux-arts. Formé en langue tchèque et en éducation artistique, il exerce parallèlement le métier d’aide-soignant en milieu hospitalier — une expérience humaine forte qui imprègne son univers visuel. Cette proximité avec les corps, la fragilité, la transformation et parfois la souffrance se retrouve dans ses dessins peuplés de figures hybrides, de créatures organiques et de formes en perpétuelle métamorphose.
L’artiste se revendique du surréalisme tchèque, héritier d’une tradition qui, depuis les années 1930, n’a cessé de cultiver l’exploration de l’inconscient, du rêve et de l’irrationnel. Dans le sillage de figures historiques comme Toyen, le surréalisme en République tchèque a conservé une vitalité particulière, y compris durant les périodes de censure politique. Martinec s’inscrit dans cette continuité, mais son œuvre dialogue aussi avec l’esthétique de l’art brut, par sa spontanéité, son foisonnement graphique et son apparente indifférence aux hiérarchies culturelles.
Ses carnets de dessins constituent le cœur de sa pratique. À l’encre, au crayon ou à la peinture, il y développe un univers proliférant : entrelacs de lignes, silhouettes anthropomorphes fragmentées, organismes imaginaires, paysages mentaux saturés de détails. Les formes semblent naître les unes des autres, dans un mouvement d’expansion organique qui évoque à la fois le monde microscopique et des mythologies personnelles. Rien n’y est totalement stable ; tout semble en mutation.
Contrairement à un surréalisme fondé sur l’image-choc ou la mise en scène spectaculaire, Martinec privilégie l’accumulation et l’immersion. Le regard du spectateur se perd dans la densité du trait, découvre des figures cachées, recombine les fragments d’un récit qui ne se livre jamais entièrement. L’œuvre ne cherche pas à illustrer un rêve précis, mais à recréer le flux même de la pensée, avec ses bifurcations et ses obsessions.
Exposé en République tchèque comme à l’étranger, notamment dans des contextes dédiés à l’art brut et à l’outsider art, Přemysl Martinec occupe aujourd’hui une position singulière : celle d’un artiste qui relie la tradition surréaliste tchèque à une pratique intime, presque compulsive du dessin. À l’heure où l’art contemporain privilégie souvent le concept ou la monumentalité, il rappelle la puissance du geste solitaire, du carnet comme laboratoire de l’inconscient, et du trait comme exploration inlassable du monde intérieur.
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