Les Grigris de Sophie ce sont bien sûr des broches, des colliers et des sacs … mais c’est aussi un blog !

Les Grigris de Sophie ce sont bien sûr des broches, des colliers et des sacs …

Mais c’est aussi un blog ! Un blog dans lequel je parle de CEUX et de CE que j’aime …
HHHHHHHHHHHHHHHHHHHH
Vous trouverez ici des artistes, des lieux insolites, des recettes, des films, des expositions, des musiques, des spectacles, des photographies d’amis ….
Tout ce qui rend la vie meilleure, tout ce qui rend ma vie meilleure !

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mardi 16 octobre 2012

UNE BROCHE "MARIE MOREL" POUR ANAIS

 
 
 

Un grand merci à Anaïs pour son très beau texte sur Marie Morel
( bientôt sur les Grigris !)



(cliquer sur le lien )  

lundi 15 octobre 2012

L'ENCHANTEUR DE RENE BARJAVEL







Suggestion de Guenièvre à Arthur ...

" Un matin, elle lui suggéra de faire ériger, pour célébrer ses victoires, un monument digne de lui et de son aventure , et qui en perpétuerait le souvenir jusqu'au jugement dernier. Arthur, qui avait une haute idée de sa fonction et de ses devoirs, mais une grande humilité pour lui même , repoussa cette idée mais Guenièvre insista . Il devait le faire, dit-elle, pour la gloire du royaume, des chevaliers et du peuple de Logres .
Et tandis qu'ils mangeaient leur déjeuner, elle lui soumit l'idée qui lui en était venue :
- Il faudrait qu'il ait la forme d'une couronne, qui rappellerait la vôtre et celles de tous les rois que vous avez soumis .
Arthur hésitait . De toute façon cela ne pressait pas . Il déciderait après avoir pris l'avis de Merlin .
A peine avait-il pensé le nom de l'Enchanteur que celui-ci fut près de lui, vêtu comme un paysan irlandais, coiffé d'un gros bonnet de laine multicolore trempé de pluie, son visage ébouriffé d'une barbe rousse dans laquelle éclatait la blancheur de son rire .
Arthur fut si heureux de revoir son ami dont il avait été longtemps privé , qu'il renversa les tables en se dressant pour l'embrasser, répandant au sol les fruits, les pâtés, les miels et les confitures, le cidre et le lait .
Merlin remit tout en place d'un geste .
- La reine a raison, dit-il à Arthur . Tu dois ériger ce monument . Sa place l'attend , au milieu de la plaine de Salisbury, et ne peut pas l'attendre plus longtemps, sous peine de malheur .
" En ce lieu précis devront être dressées douze pierres levées , si lourdes et si hautes que les hommes ne pourront jamais les ôter d'où elles auront été mises .
Elles seront disposées en cercle , et unies deux par deux par six autres pierres , plates, posées sur leurs sommets. A l'intérieur et à l'extérieur du cercle des grandes pierres levées seront disposés deux autres cercles, de pierres plus petites, des pierres bleues qu'on trouve en Irlande . Enfin un cercle plus grand enfermera les trois autres . Il sera fait de trente pierres plates posées sur leurs sommets . Les trente pierres levées représenteront les trente rois que tu as vaincus , et les trente pierres couchées indiqueront qu'ils sont devenus tes vassaux . Les pierres bleues sont tes chevaliers . Quant aux douze grandes pierres levées du centre, leur signification ne peut pas encore être révélée . L'ensemble des quatre cercles composera ta quadruple couronne : des Bretagnes, des Pays Francs, de Romanie et d'Alémanie. Le monument sera si haut et si large qu'on le verra de tous les horizons . Et il demeurera jusqu'au Jugement Dernier .
- Tu m'as habitué à l'impossible, dit Arthur , mais comment trouver, tailler, transporter et dresser des pierres qui doivent être si grandes et si lourdes que les hommes ne pourront pas les bouger ?
- Je me charge de leur transport et de leur mise en place, dit Merlin souriant . Et tu n'auras pas besoin de les faire tailler, car le monument, tel que la reine l'a vu dans sa pensée et que je l'ai décrit, existe déjà ....
Arthur regarda avec étonnement Merlin qui continua :
- Il avait été dressé dans la plaine de la Bretagne d'Irlande par le peuple de géants qui y vivaient il y a deux mille ans, les Thuata Dé Danann. Les trente pierres levées représentaient les trente îles lointaines où les géants vivaient avant de vivre en Bretagne . Et les trente pierres couchées représentaient les trente grands vaisseaux qui les ont transportés quand ils quittèrent les îles pour trouver des terres plus larges . Quant aux hautes pierres de l'intérieur , le moment n'est pas encore venu d'en dire la signification .
" Le monument était placé en un des lieux principaux d'où sortent les forces profondes de la terre , et il les recueillait et les donnait aux Thuata Dé Danann quand ils venaient les lui demander, ce qui les rendait invincibles . Mais ces Portes des forces changent parfois de place. Cela arriva au pays des Thuata, et c'est alors que les Bretons surgirent et les battirent . Les Thata se retirèrent sous la terre où ils vivent toujours , les Bretons vivant au dessus . Leur monument s'est enfoncé avec eux . La reine actuelle des Thuata, qu'on nomme la Belle Géante , te le donnera volontiers si tu vas le lui demander, car il n'est plus utile à son peuple . La porte est maintenant dans la plaine de Salisbury  et personne ne recueille les forces, qui se répandent et se gaspillent et peuvent devenir malfaisantes .... La Belle Géante, en échange de ce qu'elle te donnera, exigera de toi un service que tu seras heureux de lui rendre . Elle est mon amie . Je t'accompagnerai près d'elle . "




                              



( Stonehenge -été 2012)


dimanche 14 octobre 2012

MON EPITAPHE PAR LMG

Un message est arrivé cette semaine :

" Chère Sophie,
Suite à mon appel à contributions pour mon projet Épitaphes, il y a quelques mois, vous me postiez votre mort imaginaire...
Comme convenu, au terme de ce projet, le dessin n°60 vous sera offert.
En attendant votre dessin est consultable à cette adresse:
  • lmg-nevroplasticienne.com
  • onglet "Dessins"
  • Épitaphes (vous pouvez ensuite cliquer sur la miniature afin d'agrandir le dessin)
N'hésitez surtout pas à parler encore de ce projet à vos amis, collègues, proches, car il me manque des courriers postaux pour ensuite atteindre les ... 365 dessins!
J'ai vraiment besoin de votre aide pour réussir ce projet ambitieux !
En espérant que votre dessin vous plaira,
Bien amicalement,
LMG"

Et moi ce dessin je l'aime totalement, il est devenu un réconfort et son pouvoir cathartique est étonnant ... 





Pour en savoir plus ... 

Sur le site de LMG on peut lire :

"Depuis juin 2011 LMG diffuse un appel à contribution. Cette sollicitation invite amis, famille, collègues et inconnus, à imaginer et raconter par écrit leur propre mort. Dans un premier temps, entre le conte nécrologique et le récit testamentaire, les participants livrent par courrier postal le récit imaginaire de leur ultime départ. Après un premier travail de lecture, d’analyse et d’interprétation des textes reçus, LMG numérote, classe et référence les courriers avant de commencer le travail graphique à proprement parler: chaque réponse plastique est une interprétation graphique d’une confidence textuelle. Dans un second temps, pour chaque réponse reçue, LMG réalise un dessin au graphite et à la mine de plomb qui, sera ensuite offert à celles et ceux ayant participé. Ainsi, en faisant de la mort l’axe nodal de sa démarche, en sollicitant les autres à en parler, LMG tente d’en briser le tabou, si puissant dans nos sociétés occidentales actuelles."

Consultez les dessins de LMG sur son site
 (cliquer sur le lien)

samedi 13 octobre 2012

EMANCIPATIONS AU MUSEE SINGER POLIGNAC

J'avais, le 10 septembre, annoncé cette exposition   (cliquer sur le lien) qui se touve dans le petit musée du Centre Hospitalier  Sainte Anne, le musée Singer Polignac à Paris .
Je peux aujourd'hui vous présenter le lieu et quelques oeuvres .
La salle est bien belle ( murs de pierre et salle voûtée) et il y a des merveilles !

Coup de coeur pour les totems de Gustave Cahoreau (disposés sur des socles  du Musée Rodin ce qui est un magnifique clin d'oeil- petite information donnée par Michel Leroux  !), les André Labelle, les dessins de  Jean-Pierre Nadeau, de Michel Nedjar, de Gelli Giodano et de Raymundo Camillo un artiste brésilien déjà présenté chez Christian Berst et qui réalise des billets de petit format (20X10) au feutre et au stylo bille dans les tons de bleu et de mauve .



(Les totems de Gustave Cahoreau- collection particulière Art Obscur)

     
                                             (André Labelle - photo Michel Leroux)

                                          (Yvonne Robert -photo Michel Leroux)


(Les deux oeuvres présentées ici ne sont pas, je pense, assez représentatives du travail
d' Yvonne Robert et j'espère avoir l'occasion de mettre en ligne sur Les Grigris de
nouveaux tableaux et dessins ! )



( Michel Nedjar -prêt de l'artiste)

(Alfredo Passaqui)


(Raymundo Camillo- collection particulière)



Et pour accompagner mes photos aujourd'hui un texte de Michel Leroux (d'octobre 2012)
sur Yvonne Robert, une artiste qu'il aime tout particulièrement ...



Couleurs éclatantes, couleurs éclatées …
Que s’est-il passé dans la tête d’Yvonne Robert en ce jour incertain de 1974 ? Le ciel du marais vendéen était-il trop bas ? Etait-il trop gris ? Voilà qu’elle décide d’aller acheter des couleurs et du papier aux Nouvelles Galeries de Luçon. Quand le vendeur lui demanda : « C’est pour un enfant de quel âge ? », Yvonne lui répondit : « Pour un enfant de dix ans environ ». Elle venait de dépasser la cinquantaine … « Je ne voulais pas dire que c’était pour moi. J’avais peur qu’on se moque … » Aussitôt rentrée chez elle, Yvonne se mit à peindre, en cachette de son mari et de ses enfants « Quand j’avais cinq minutes, je peignais en vitesse et quand quelqu’un arrivait je rangeais tout. Les premiers temps de ma peinture où il fallait que je me cache ont sûrement été les plus beaux de ma vie … A cette époque, j’aurais peint jour et nuit, c’était comme une vraie maladie » Aujourd’hui, soit près de quarante ans plus tard, cette nécessité de peindre ne l’a pas quittée.
Ses premiers travaux, à l’aquarelle, sont de facture naïve. Yvonne se représente au milieu de prairies fleuries, gardant ses vaches tout en tricotant des chaussettes. Puis, prenant de l’assurance et se moquant du qu’en dira-t-on, Yvonne Robert achète une première toile et des tubes de peinture à l’huile. C’est le début d’une formidable aventure et d’une bouleversante production ! Sur des centaines de toiles, Yvonne va mettre des couleurs à son enfance, une enfance malmenée entre un père alcoolique et une mère dépressive. Elle va mettre des couleurs à son adolescence, une adolescence violentée, violée … Yvonne met de la couleur à ses malheurs, à ses souvenirs, à ses espoirs aussi ! « Je suis née trop sensible » Devant une toile d’Yvonne Robert, le spectateur est emporté par ce feu d’artifice de bleu, de jaune, de vert, d’orange. Artifice ! Car souvent, dans un petit coin de la toile ou bien en son centre, une saynète remet le spectateur face à la difficile réalité de la vie. Chez elle, ne cherchez pas son atelier ! Deux chaises à la fenêtre d’une petite chambre : une sur laquelle elle pose sa toile, et l’autre pour s’asseoir. J’ai eu la chance de voir Yvonne à l’ouvrage, à l’œuvre : Elle est ailleurs …
La nature, les animaux et plus particulièrement les oiseaux, sont très présents dans son œuvre : des hirondelles qui s’en vont, des cigognes qui reviennent. Au cours de ses longues promenades solitaires à vélo, Yvonne s’est inventée une famille en écoutant piailler les oiseaux du marais !
Depuis une dizaine d’années, les créations d’Yvonne Robert sont plus apaisées : « La peinture m’a sauvé la vie » A la peinture à l’huile, elle privilégie maintenant la gouache. Cette technique lui permet de développer de façon plus spontanée de très nombreuses saynètes se rapportant à la vie rurale du marais. Entre un concours de belote et « Questions pour un champion », Yvonne éprouve toujours le besoin de peindre « J’essaye de vieillir le plus lentement possible … Je regarde tout ce qui est heureux … Le temps ne me dure pas »
Michel Leroux (Octobre 2012)

L’œuvre d’Yvonne Robert est présente dans de nombreuses collections privées, ainsi que dans plusieurs collections publiques dont :
- La collection de l’Art Brut à Lausanne.
- La collection de la Création Franche à Bègles.
La collection L’Aracine à Villeneuve d’Ascq (Lille).

 Jusqu'au 27 novembre

1 rue Cabanis
75014 PARIS

Cette exposition est organisée par Anne-Marie Dubois,
sur des propositions et sélections d’Antoine Gentil
et de Jean-Christophe-Philippi .... 



vendredi 12 octobre 2012

LES CERFS DE JOSEPH KURHAJEC

" Né en 1938 aux Etats-Unis d’une famille originaire de Tchécoslovaquie, Joseph Kurhajec a grandi en harmonie avec la nature (son père était éleveur de visons) et son enfance amérindienne est une source particulièrement riche qui alimente sa création.
Joseph Kurhajec qui vit une grande partie de l’année à Paris s'exprime depuis plus de 40 ans dans différents domaines tels que la sculpture, le modelage, le dessin, le collage, la peinture... Cet artiste intuitif, sauvage et généreux, symbolise fréquemment son ressenti en réalisant de puissantes créations, primitives, chamaniques, inquiétantes, d’une très grande force.
La terre cuite côtoie la fibre, la fourrure, l’os, et la plume. La pierre, la corde et la peau de reptile s’associent pour donner naissance à des créatures fétiches. Le monde animal très présent dans son œuvre est généralement porteur du drame de la folie destructrice humaine."

Jean-Michel Chesné



(exposition Mauriac)
 
(Joseph vu par Apolline)














Cet été à Saint Sever du Moustier j'ai eu la joie de rencontrer Joseph Kurhajec, nous avions rencontré ses oeuvres tout au long de notre périple,  à Mauriac tout d'abord puis à Bélaye .
Il m' a montré un ouvrage présentant ses sculptures de cerfs et dit qu'il aimait tout particulièrement ce texte d'Edward Bryant écrit sur lui en 1990.
Mon amie Isabelle a pris la peine de le traduire pour Les Grigris  et le voici aujourd'hui en français .


La sculpture récente de Joseph Kurhajec par Edward Bryant


" Kurhajec est un sculpteur sauvage et généreux, créateur de sculptures redoutables et affirmatives qui mordent à pleines dents dans notre complaisance fin de siècle. Cri dans le désert des années 90, Kurhajec embrasse la vie avec une soif primitive d’un monde plus simple, fondé sur le rêve impossible du retour aux valeurs de base. C’est avec entrain qu’il tient son rôle de vagabond expressionniste, travaillant intuitivement pour donner forme à ces forces obscures, primitives et mystérieuses à l’intérieur du mythe, de la légende, du soi, du rêve et de la croyance. Indépendant par rapport au consensus stylistique, il crée avec une franchise individualiste et brute d’une grande vigueur. A la lisière de l’évangélisme artistique, son travail récent nous incite à reconsidérer ces prémisses impensables pour survivre après le déluge, la pluie de feu, quand l’art sera au service de l’émotionnel, de l’irrationnel, du magique. Des fétiches, des masques, des guerriers en armes, des têtes bâillonnées, et la folie expressive des matériaux nous préviennent d’une ère post-mortem plutôt que postmoderne.

Ces travaux dirigés vers l’émotion, imposant agressivement une prémisse non esthétique à la fois dans le concept et la réalisation, prennent leurs sources dans diverses expériences intenses de l’artiste, dans sa vie comme dans son art. On a peut-être trop interprété le fait que Kurhajec soit né dans une ferme de visons du Wisconsin, où étant enfant il fut en contact constant avec le cycle de la vie fataliste, du chaton affectueux au manteau de fourrure chic. En 1960, alors qu’il étudiait avec le sculpteur sur métal Leo Steppat à l’université du Wisconsin, il fut très impressionné par une exposition de fétiches du Congo, à l’Institut d’Art de Chicago. « A partir de ce moment, je suis passé de l’assemblage par soudure aux fétiches. Je ressentis un fort désir de mettre cette qualité vitale de spiritualité dans mon travail, qui a pris depuis une nature fortement religieuse. Comme les fétiches africains, mes œuvres prennent vie ici et maintenant, d’une manière inexplicable et paradoxale, comme si une part primitive de l’esprit soutenait de nouvelles mémoires ancestrales capables de menacer notre faiblesse complaisante. J’ai fait mienne une recherche de la vérité, de l’esprit, ce mystère spirituel, la magie de l’art, la présence sacrée. »

En 1961, après avoir obtenu son mastère d’art au Studio d’Art de l’Université du Wisconsin, Kurhajec passa deux mois à Mérida, dans le Yucatan (Mexique), pour étudier la culture maya et sa puissante imagerie visuelle. De retour à Racine dans le Wisconsin, il ouvrit sa propre galerie, « la Nouvelle Génération », où il exposa ses premières sculptures fétiches, des figures humaines enveloppées et liées qu’il appela « art momifié ». A cette époque, il eut connaissance de l’avant-garde d’artistes polémiques de Chicago, surnommés ironiquement « la liste des monstres » pour leurs images expressionnistes pressantes, dont Léon Golub, Nancy Spero, Cosmo Campolli, H.C. Westermann, Richard Hunt... Il s’intéressa aussi à l’imagerie caustique créée à partir de rebut industriel par le sculpteur newyorkais Richard Stankiewicz.

En 1963, Kurhajec s’installa à New York. Ses sculptures devinrent plus intensément subjectives, plus grandes, plus complexes, plus dures. Elles avaient fréquemment pour thème une forme organique enveloppée de fourrure et/ou de cuir, et liée de cordes ou de lanières de cuir serrées. Un tube de plastique ou un autre raccord la reliait à un solide géométrique de métal, suggérant une relation érotique interdépendante. De hautes sculptures remarquables, de forme phallique et tordues d’énergie ont une retenue étonnamment cérémonielle.

En 1963, la galerie Allan Stone à New York exposa un ensemble de ces fétiches et en 1965 elle les présenta dans une exposition individuelle. Le Musée Whitney d’Art Américain exposa la sculpture de Kurhajec dans son Exposition Annuelle de 1964 et dans « Jeune Amérique » en 1965. J’ai eu le plaisir, en tant que conservateur associé du Musée Whitney à cette époque, de choisir les œuvres de Kurhajec pour ces expositions. A la fin des années 60, Kurhajec traduisit également ses idées créatives dans les deux dimensions du collage et de l’impression en relief, utilisant une matrice de fourrures, peaux de reptiles, cheveux, tissus, plastique et autres matériaux évocateurs.


Dans les années 70, Kurhajec commença à travailler à Rome l’été, soudant de massifs guerriers recouverts de cottes de mailles de bronze et de plaques d’acier. D’autres travaux combinaient fourrure, liens et cornes d’animaux. L’un des plus frappants de ceux-ci est « Le combat », un conflit de gladiateurs impressionnant, sûrement entre des aspects amèrement opposés de la psyché humaine. En 1976, Kurhajec créa ses œuvres les plus grandes et les plus abstraites à ce jour, des sculptures géométriques monumentales juxtaposant de massives plaques d’acier noires et d’énormes blocs de marbre de Carrare montrant encore les rainures parallèles de leur extraction. Elles furent exposées sur la place Rondanini à Rome.

Au milieu des années 70, Joseph Kurhajec, sa femme, l’artiste Primarosa Cesarini-Sforza, et leurs deux fils vivaient à Rome l’hiver et se retiraient l’été dans un petit village dans le nord de l’Etat de New York, où ils convertirent l’ancien hôtel de ville en studios et en lieux d‘habitation. Dans cet environnement rural paisible, son travail connut des changements qui furent le pivot pour son travail politique ultérieur. S’intéressant au fer forgé, il rassembla des pièces de vieux matériel agricole et en martela des formes de métal, certaines incorporant des pierres, qui suggéraient des instruments de torture qu’il avait vus dans des musées européens. En 1978, il sculpta une tête de pierre schématique liée par un câble d’acier attaché à une plaque de métal déchiquetée dominant verticalement, les deux étant montés sur une base d’ardoise. Intitulé « Prisonnier », elle fut la semence de ses séries suivantes, nées de l’outrage causé par le kidnapping terroriste, la captivité et l’assassinat de l’ancien premier ministre italien Aldo Moro.

Entre 1978 et 1980, cet aiguillon amena l’expressionnisme introspectif de Kurhajec sous une lumière politique aiguë. Dans une lettre du 5 septembre 1980, il écrivit : « J’ai terminé cinq nouvelles sculptures de marbre. Le travail a pris une nouvelle direction – pour moi une direction si puissante et si juste que l’engagement m’effraie. Ces sculptures sont un constat de notre époque – l’inquiétude politique, le tumulte dans l’esprit des hommes, la lutte pour l’existence ». Ceci se référait à une série de têtes, chacune d’environ 4 pieds de haut, représentant des prisonniers politiques torturés.

Se rapprochant des portraits étrusques et romains, elles nous rappellent les survivances de notre héritage Classique, si important pour la définition de nos concepts de loi et de liberté civiles. Otages de geôliers invisibles, elles sont immobilisées, bâillonnées de fer, les yeux exorbités et les cous luttant contre l’étranglement par des colliers de fer – le non-respect des droits de l’homme personnifié. Les bases de certaines, telles des pierres tombales sont inscrites d’épitaphes. Je me Dresse pour l’Indépendance, Je me Dresse pour la Liberté. « Ce sont les prophètes de notre temps et pourtant ils sont absurdes » écrivit-il. « Comment nos prophètes peuvent-ils être bâillonnés ? ». Une des têtes cependant est celle d’un cochon fasciste casqué (littéralement), en uniforme militaire - la bouche tordue par un bâillon attaché à un collier de chien – victime de la violence de sa propre idéologie."

Le texte en anglais



*** Ce texte est important pour Joseph mais il est ancien ...
Depuis Joseph a exposé de par le monde,a  crée des oeuvres nombreuses .
Aujourd'hui commence à Brooklyn une nouvelle exposition





LE SITE DE LA GALERIE

Bientôt sur Les Grigris grâce à mon envoyée spéciale à New York des photos de cette exposition !



**** Et une autre exposition au Mexique cette fois dans la Galerie LA ESKALERA jusqu'au 7 novembre ...


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jeudi 11 octobre 2012

"MARTIAL DIT L'HOMME BUS" DE MICHEL ETTER

Michel Leroux m'a fait découvrir un film magnifique de Michel Etter .
Un film émouvant, filmé avec amour,  sur un homme étonnant, dérangeant ...
Ce film dure 18 mn mais il mérite toute votre attention ...






En 1985 dans Le Monde  Anita Rind avait écrit :

"Bouleversant jeune homme que présente Michel Etter... Martial n'est pas le héros fictif d'un conte moral, mais un être réel dont on partage l'imaginaire parce qu'il le vit, le concrétise chaque jour, en un étrange rituel... Histoire d'une folie calquant la réalité, qui évite le piège du voyeurisme, et renvoie à l'image de notre propre société."

Tour à tour cinéaste, monteur, cameraman, scénariste, Michel Etter pratique tous les métiers de la gamme cinématographique.
Filmographie :
1983 Martial dit l'homme-bus (documentaire) - 1984 Brêve rencontre (documentaire) - 1987 L'homme à poils (fiction) - 1988 Gare aux gorilles (documentaire TV) - Vocation propreté (documentaire TV) - 1989 Les grimpeurs de la tour (documentaire TV) - 1992 Le quart-d'heure de gloire (fiction) - 1996 Au début elle aboyait avec plaisir (fiction) - 2006 Objectif: réussir ? (documentaire) - 2007 Fragile comme le désert (documentaire).




mercredi 10 octobre 2012

BANDITI DELL' ARTE A LA HALLE SAINT PIERRE



"BANDITI DELL’ARTE, dans toute sa force poétique, est la première exposition majeure consacrée à la création hors norme italienne.
L’exposition BANDITI DELL’ARTE à la Halle Saint Pierre est un pas de plus vers une reconnaissance institutionnelle et critique des pratiques artistiques jusqu’ici pensées comme marginales, l’occasion de découvrir ces formes d’art oubliées par les institutions."


Ces " bandits" vus comme des "misérables", des "scélérats", des "vauriens" par leur entourage et qui ont su créer des merveilles .
Ce titre redonnant ses lettres de noblesse et du panache à ces artistes de l'ombre, à ces "hors la loi", à ces " bannis de l'art", à ces "épris de liberté" qui créent non pas pour braver les interdits ou dans un  désir de rebellion mais par besoin, pour rendre leur vie possible dans une évidente et totale nécessité .

Ce titre qui met l'eau à la bouche apporte son lot de découvertes émoustillantes et bouleversantes car nous sommes face à "des œuvres créées dans la souffrance et le secret" comme le fait remarquer Gustavo  Giacosa, commissaire de l'exposition   .

Les plus connus bien sûr restent Carlo Zinelli et Giovanni Podesta mais "le nouveau monde" de Francesco Toris vaut à lui seul le déplacement !

Comme d'habitude à la Halle Saint Pierre deux scénographies différentes, la pénombre intimiste de rez de chaussée   (" La première salle de l’exposition propose ainsi des œuvres (peinture, collage, sculpture, etc.) réalisées en Italie à la fin du XIXe siècle et au début du XXe par des quidams ayant vécu une pauvreté extrême, une destinée familiale dramatique, une rupture affective. Pour la plupart internés au moins une fois, ils produisent, notamment en réaction à l’isolement, «des œuvres qui marquent la frontière entre art et vie, dans une idée de résistance aux traitements infligés, avec des armes qu’on peut qualifier de poétiques», explique Gustavo Giacosa.") et le lumineux premier étage où apparaissent les broderies de Melina Riccio et les personnages de bois de Luigi Buffo qui occupent à lui seul tout un mur .

J'ai beaucoup aimé aussi les photos de très grand format présentant les sites de Fiorenzo Pilia , d'Angelo Stagnaro et de Filippo Bentivegna , les masques d'Alessandro Masia . Quant à Luigi Lineri tout un couloir lui est consacré " son oeuvre au croisement de l'histoire et du mythe est selon lui sa plus belle oeuvre poétique" .




Gustavo Giacosa,  a écrit un très beau texte sur ces bandits de l'art :

“On nomme bandits les rebelles qui fuient. On les a mis au ban de la société et la marge est leur seule issue. Sans terre ni maître, leur devise : tous pour un, un pour tous. Héros, champions, vengeurs, combattant pour leur idée personnelle de la justice, bien aimés et poursuivis. Sur la poussière de leurs errances, ils ont écrit leur histoire et dessiné leur légende.
Ce ne sont pas les bandits applaudis par les touristes anglais à la fin du XIX° siècle, enfermés dans les prisons du Château Saint-Ange, mais des contemporains en fuite pour échapper à un destin d’enfermement et d’oubli que j’ai rencontrés. Hommes seulement armés de pinceaux bien affûtés qui défient les lois et les territoires de l’Etat Majuscule de l’Art. Leurs exactions saccagent les concepts, déchirent les définitions, violentent et tuent les catégorisations.
J’ai rencontré ces bandits de l’art. Ce ne fut pas facile de les approcher. Ni de les convaincre de quitter leurs refuges, de déjouer les résistances et, pour les disparus, le zèle de leurs maîtres. Avec certains, j’ai vécu dans la « marge », bu leurs breuvages, appris leurs chants et les ai transmis. Être avec ces bandits exceptionnellement réunis lors d’un déplacement à l’étranger a formé une caravane bigarrée de nomades exilés.
Bienvenue, mesdames et messieurs, ici commence le Grand Tour au pays des bandits…de l’art ! »
 



                                             
                                                    ( Melina RICCIO, Étoffes brodées)



                                          ( Luigi Buffo)

                                             (Luigi Lineri -photo google )


                         ( Giavanni Podesta)

" les meubles peints de scènes  religieuses et les cannes chargées de figures de plâtre polychromes de Giovanni Battista Podesta sont aussi déconcertantes"



                                                (photo Halle SaintPierre)
                                             (Marco Raugei - photo halle Saint Pierre)

  (Francisco Toris- photo Halle Saint Pierre )

 
"Francesco Toris est carabinier, dans les années 1890, en Italie .Il a une fiancée, dont il apprend qu'elle est enceinte. L'émotion est si violente que sa santé mentale en est affectée et qu'on l'interne en 1899 à l'hôpital psychiatrique de Collegno, à Turin. Là, pendant six ans, il consacre son temps à construire une sculpture qu'il appelle Le Nouveau Monde .Il n'emploie qu'un matériau, l'os animal.

Fabriquant lui-même ses outils - poinçons, burins, ciseaux -, il découpe les os en tiges fines comme des fils, en plaquettes percées ou striées, plus rarement en têtes. Il les assemble sans colle ni métal, les glissant les unes dans les autres, pièces d'un montage sans cesse recommencé et compliqué : il croît par prolifération et offre à la vue un entremêlement d'obliques et de courbes, parsemé de pointes, traversé par des os plus épais qui font office de charpente. Selon ce même procédé lent et subtil, il assemble une sorte de panier d'os pour contenir ses outils.
Le Nouveau Monde mesure près d'un mètre de haut et l'on tourne autour en essayant d'en percevoir la structure. Il est au centre de l'exposition Banditi dell'arte, que la Halle Saint-Pierre consacre aux arts asilaires et populaires en Italie depuis qu'ils y sont étudiés et conservés - la fin du XIXe siècle" a écrit Philippe Dagen dans son article du Monde " L'Italie à la folie" .





(Fausto BADARI- photo Halle Saint Pierre)




    (Carlo ZINELLI -photo Halle Saint Pierre )



                                      (Filippo Bentivegna)



                              (Luigi Lineri photo Halle Saint Pierre)

                                         


                                                 (Fiorenzo Pilia)



*** LE SITE DE LA HALLE SAINT PIERRE

*** D'autres photos ...

*** L'article de Stéphanie Estournet dans Libération

*** L'article de Philippe Dagen dans Le Monde " L'Italie à la folie"

(cliquer sur les liens)


BANDITI DELL’ARTE
jusqu'au 6 janvier 2013










Halle Saint Pierre
 
2, rue Ronsard – 75018 Paris
 
 
M° : Anvers, Abbesses
Tél. : 33 (0) 1 42 58 72 89
ouvert en semaine de 10h à 18h
samedi de 10h à 19h – dimanche de 11h à 18h

*** Et ce mail reçu aujourd'hui 16 octobre !

Hors des sentiers battus avec les Banditi dell’Arte
Conférences, débats, lectures, musique, films
Un weekend d’immersion dans l’univers rebelle et inventif des auteurs d’art brut italien
En compagnie de philosophes, historiens de l’art, anthropologues et artistes : une occasion de prolonger les questionnements pluriels mis en œuvre par l’exposition
samedi 27 et dimanche 28 octobre 2012
Halle Saint Pierre
Entrée libre
Réservation conseillée : 01 42 58 72 89
 
CONSULTER LE PROGRAMME
(cliquer sur le lien)
 

mardi 9 octobre 2012

CHRISTIAN JACCARD " AGREGATIONS" A MEYMAC

Cet été,  nous nous sommes arrêtées, Apolline et moi, comme tous les ans au Centre d'Art Contemporain de Meymac  et nous avons découvert le travail de CHRISTIAN JACCARD .
 
 









" La démarche de Christian Jaccard se fonde sur une philosophie proche de l’ésotérisme.
 A la pratique de la combustion, il associe un « matériel » d’ordre rituel, primitif. La création par et dans le feu devient le passage obligé d’une transmutation de la matière dont le résultat est imprévisible et engendre une représentation plus ou moins abstraite. Il travaille avec la couleur et le feu.

« Le feu est purificateur, puis élément de survie engendrant toujours une trace. (...) Le feu est lumière solaire engendrant la couleur. » Christian Jaccard


                                           (photo musée)


L’exposition est une mise en perspective de son œuvre des années 70 à aujourd’hui.
Un tableau éphémère réalisé in-situ « au droit des murs de l’escalier » en est l’épine dorsale.

Plus que quelques jours pour découvrir cette exposition, elle se termine le 14 octobre
et se visite de 14h à 18h !




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