Quelle émotion ce jour là sur l'île de Sant Antioco de découvrir cet environnement complétement par hasard en sortant du Musée ethnographique.
Au cœur de Sant’Antioco, dans la Via Caralis, un environnement sculpté discret mais remarquable se déploie au sein d’une propriété privée. Rien, sinon l’attention du regardeur, ne signale la présence de cet ensemble, dont la découverte relève du hasard. Sur une boîte aux lettres apparaît le nom "Mulas Sinna" , seule indication susceptible de rattacher ces créations à une identité, sans qu’aucune confirmation documentaire ne permette à ce jour d’en préciser l’auteur.
L’ensemble se compose d’une accumulation de sculptures en pierre, probablement issues de matériaux locaux tels que le calcaire ou le tuf, directement intégrées à l’architecture de l’habitation. Façade, murets, abords immédiats : chaque espace disponible semble progressivement investi. L’organisation ne répond pas à une logique académique ou planifiée, mais plutôt à une dynamique additive, évolutive, où chaque élément vient s’ajouter aux précédents dans un processus de création étalé dans le temps.
Les formes sculptées révèlent un vocabulaire à la fois simple et puissant. Des visages stylisés, frontaux, aux traits réduits à l’essentiel, côtoient des figures animales (notamment des lions) ainsi que des créatures hybrides évoquant des sphinx. À ces figures s’ajoutent des éléments architecturaux réinterprétés, tels que des chapiteaux ou des fragments décoratifs, qui semblent détourner des références classiques pour les intégrer dans un langage personnel. L’ensemble produit une impression de cohérence, malgré l’hétérogénéité apparente des motifs.
Cet environnement s’inscrit pleinement dans le champ de l’art brut. La simplification des formes, la répétition de certains motifs et l’absence de perspective ou de hiérarchie académique traduisent une pratique autodidacte, libérée des codes institutionnels. On peut toutefois y percevoir, en filigrane, l’influence diffuse du contexte culturel local. La Sardaigne, riche d’un héritage archéologique dense, notamment lié aux cultures nuragiques, semble ici fournir un réservoir d’images réinterprétées de manière intuitive. Ces résonances ne relèvent pas d’une citation savante, mais plutôt d’une appropriation sensible, transformée par l’imaginaire du créateur.
L’absence totale de documentation, qu’elle soit institutionnelle ou médiatique confère à cet ensemble un caractère particulièrement précieux. Il s’agit très probablement d’un environnement non inventorié, échappant aux circuits de reconnaissance habituels. Comme beaucoup de créations de ce type, il demeure fragile, dépendant entièrement de la pérennité du lieu et de la volonté de ses occupants.
Attribuable, avec prudence, à un membre de la famille Mulas Sinna, cet environnement témoigne d’une pratique artistique intime, inscrite dans le quotidien et développée en marge de toute intention de diffusion.
VIA CARALIS
19 MULAS SINNA
SANT ANTIOCO
SARDAIGNE
Je suis bien sûr preneuse de tous renseignements supplémentaires ...
OCTOBRE 2025
Pour Michel, Henk, Jo, Raija, Auélien et tous mes amis d'Art Brut et pour Apolline aussi !




Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire