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dimanche 20 septembre 2026

ERRO : REMIX AU REYKJAVIK ART MUSEUM ... ET AU MANS

 

Au Reykjavík Art Museum, l’exposition Erró: Remix plonge dans l’univers foisonnant d’un artiste islandais qui, depuis plus de soixante ans, collectionne, découpe, assemble et détourne les images du monde. Une œuvre spectaculaire, saturée de références, où la culture populaire rencontre l’histoire de l’art, la science-fiction et la politique.

Le procédé pourrait sembler familier aujourd’hui, à l’époque du collage numérique et des images générées à l’infini. Pourtant, Erró l’a développé bien avant Internet. Ses premiers collages apparaissent à la fin des années 1950 et, à Paris, entre 1959 et 1960, il commence à transposer ces compositions sur toile. Quelques années plus tard, son séjour à New York et son immersion dans la culture de masse vont contribuer à transformer le collage en véritable méthode artistique.







 

Les murs se remplissent d’images, les couleurs s’entrechoquent, les personnages de bandes dessinées côtoient des figures historiques, des machines futuristes, des héros de science-fiction ou des fragments d’œuvres célèbres. Rien ne semble véritablement calme dans cet univers. Tout circule, tout se superpose, tout se répond.

 







 

Ce qui frappe d’abord chez Erró, c’est le plaisir visuel. Ses tableaux sont généreux, presque agressifs par leur profusion. Ils attirent le regard avant même que l’on ait le temps d’en comprendre les références. Mais derrière cette apparente jubilation se cache une réflexion beaucoup plus critique sur le pouvoir des images.

 














Au Hafnarhús de Reykjavík, " Erró: Remix " révèle une œuvre foisonnante, ironique et profondément contemporaine. Depuis plus de soixante ans, l’artiste islandais prélève les images de son époque pour les découper, les assembler et les transformer en un immense théâtre visuel.

Il faut quelques secondes pour comprendre que, chez Erró, le calme n’est pas une option. Dans les salles du Hafnarhús, à Reykjavík, les images se bousculent. Elles viennent de partout : bandes dessinées, publicités, journaux, histoire de l’art, science-fiction, politique, cinéma, culture populaire. Des personnages surgissent, des machines s’emboîtent, des corps se répètent, des visages apparaissent puis disparaissent derrière d’autres images. Le regard est immédiatement happé par cette profusion.

L’exposition " Erró: Remix "propose une plongée dans cet univers visuel hors norme. Elle rassemble des œuvres qui témoignent de la diversité de la carrière de l’artiste : peintures, collages, estampes, multiples, vidéos et autres expérimentations. Le musée y associe également une sélection de la série Scapes, qui vient élargir encore le paysage mental de l’artiste.

Mais le mot " Remix " n’est pas seulement un titre d’exposition. Il pourrait presque servir de définition à toute l’œuvre d’Erró.

Né en Islande en 1932, Erró s’est très tôt intéressé à la puissance des images. Plutôt que de chercher à produire des représentations entièrement nouvelles, il préfère travailler avec celles qui existent déjà. Il découpe, prélève, juxtapose. Une image publicitaire peut ainsi rencontrer un personnage de bande dessinée ; une figure politique se retrouver au milieu d’un univers de science-fiction ; une référence à l’histoire de l’art être confrontée à une avalanche de signes issus de la culture populaire.

Le résultat est souvent drôle, parfois déroutant, et presque toujours excessif. Mais derrière cette apparente jubilation se cache une véritable réflexion sur notre rapport aux images. Erró semble nous dire que nous vivons dans un monde où nous ne cessons plus de regarder, de consommer et de reproduire des images. Son œuvre consiste alors à prendre cette matière première visuelle et à la retourner contre elle-même.

Chez Erró, l’accumulation n’est jamais simplement décorative. Elle est une méthode. Le spectateur est placé devant des compositions tellement chargées qu'il lui devient difficile de tout identifier. On reconnaît quelque chose, puis une autre référence attire l’œil. Une lecture en remplace une autre. Le tableau devient une sorte de montage permanent. Cette sensation d'excès rejoint précisément l’un des thèmes mis en avant par le musée : la surabondance d’informations qui caractérise la société contemporaine. Erró ne représente pas seulement cette saturation ; il la fait éprouver physiquement au spectateur. Il y a là une étonnante modernité. Car ce qui pouvait apparaître comme une provocation visuelle il y a plusieurs décennies semble aujourd’hui presque prophétique. Nous vivons entourés d’écrans, de notifications, de photographies, de vidéos, de publicités et de références qui se superposent sans interruption. Avant les réseaux sociaux et les flux numériques, Erró avait déjà compris que l’image était devenue une matière première infinie.

On pourrait être tenté de voir dans ses œuvres un simple plaisir de collectionneur, une gigantesque encyclopédie de la culture populaire. Ce serait oublier la dimension critique de son travail.

Le musée souligne notamment la place occupée par la critique de la société de consommation et les questions politiques dans son œuvre. Chez Erró, le spectaculaire sert souvent de piège. On entre dans ses tableaux par le plaisir des couleurs, la reconnaissance d’un personnage, l’humour d’une association inattendue. Puis quelque chose résiste. Une violence apparaît. Une figure politique surgit. Une accumulation devient oppressante. Une image familière prend un sens nouveau. L’artiste ne donne pas nécessairement une réponse. Il provoque plutôt une collision. Et dans cette collision, le spectateur doit faire son propre chemin.

Cette œuvre est aussi celle d’un grand voyageur. Erró a vécu une grande partie de sa vie à Paris et a parcouru de nombreux territoires. Son regard s’est nourri de cultures, d’images et d’époques différentes. Le monde entier semble ainsi devenir une réserve dans laquelle l’artiste peut puiser. Cette dimension explique peut-être pourquoi son œuvre paraît si difficile à enfermer dans une seule catégorie. Le musée de Reykjavík le présente comme l’un des artistes islandais ayant acquis une véritable reconnaissance internationale et rappelle la diversité des médiums qu’il a explorés.

Erró est souvent associé au Pop Art et à la figuration narrative européenne. Mais son travail déborde largement ces étiquettes. Il peut passer du collage à la peinture, de la gravure à la vidéo, de l’assemblage à l’installation. Son véritable matériau n’est peut-être finalement ni la peinture ni le papier. C’est l’image elle-même.

La présence de cette exposition à Reykjavík n’a rien d’anecdotique. Le Reykjavík Art Museum possède une collection particulièrement importante consacrée à Erró. En 1989, l’artiste a fait don à la ville d’environ 2 000 pièces, comprenant des œuvres mais aussi des documents et des archives. La collection s’est depuis enrichie et compte aujourd’hui environ 4 000 œuvres. Le Hafnarhús est ainsi devenu un lieu privilégié pour découvrir son travail.

Installé dans un ancien bâtiment portuaire, le musée accueille aujourd’hui des expositions d’art contemporain et conserve une présentation permanente d’œuvres d’Erró. Cette architecture industrielle convient particulièrement à l’artiste. Il y a quelque chose de presque urbain dans ses tableaux : une circulation incessante, des signes qui se croisent, des fragments de cultures différentes qui se rencontrent. C’est sans doute ce qui rend l’exposition particulièrement intéressante aujourd’hui.

Le mot " remix " appartient désormais à notre vocabulaire quotidien. On remixe une chanson, une photographie, une vidéo. On prélève, on transforme, on combine. Erró pratiquait déjà cette logique bien avant l’ère numérique. Il avait compris qu’une image ne possède pas un sens définitif. Placée dans un nouveau contexte, elle peut devenir autre chose. C’est là toute la force de son travail : il ne crée pas seulement des images, il crée des relations entre les images. Et ces relations sont parfois absurdes, parfois comiques, parfois inquiétantes.

Au terme de la visite, il est difficile de se souvenir d’une seule image. On garde plutôt une impression : celle d’avoir traversé un immense flux visuel. C’est peut-être la réussite la plus profonde de " Erró: Remix ". L’exposition ne demande pas seulement au visiteur de regarder des œuvres ; elle l’oblige à prendre conscience de sa propre manière de regarder. Nous reconnaissons les images parce que nous les avons déjà vues. Nous sommes amusés par leur détournement parce que nous connaissons leur contexte. Nous sommes parfois déstabilisés parce qu’Erró les fait dialoguer de façon inattendue.

Plus qu’un artiste de la citation, Erró apparaît alors comme un artiste de la mémoire collective.

Il peint avec les images que nous avons en tête. Et c’est peut-être pour cela que, malgré ses références à une culture visuelle née au XXe siècle, son travail nous paraît aujourd’hui si actuel. À l’époque des flux continus d’images, des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle, nous vivons exactement dans le monde qu’Erró n’a cessé d’observer : un monde saturé d’images, où tout peut être découpé, déplacé, copié et recomposé.

ERRO EST UN ARTISTE ÉTOURDISSANT ! 


LE SITE DU MUSÉE 

(cliquer)


Erró: Remix, Reykjavík Art Museum – Hafnarhús, Tryggvagata 17, 101 Reykjavík.
 

 
 JUSQU'AU 31 DÉCEMBRE 2026 
 
 
(JUIN 2026 pour ma visite) 
 
 
 
... ET EN CE MOMENT AU MANS  
 
 

Erró au Mans 

Au Mans, le Centre d’art FIAA consacre une exposition à Erró, l’un des grands pionniers de la Figuration narrative et une figure majeure de l’art contemporain islandais. Jusqu’au 1er novembre 2026, 21 toiles, 11 collages originaux, des digigraphies et des aquagravures permettent de découvrir un artiste qui, depuis les années 1960, fait de l’image son matériau privilégié.

Chez Erró, rien ne se perd : tout se découpe, se juxtapose et se transforme. Bandes dessinées, publicités, presse, images de propagande ou références à l’histoire de l’art sont réunies dans des compositions foisonnantes, où la culture populaire rencontre les grands maîtres de la peinture. L’artiste abolit ainsi les frontières entre les images « nobles » et les images ordinaires.

Cette exposition mancelle offre surtout l’occasion de mesurer la remarquable continuité d’une démarche commencée il y a plus de soixante ans. Satirique, critique, mais toujours teintée d’humour, l’œuvre d’Erró ressemble à un immense miroir de notre civilisation visuelle.

À l’heure où nous sommes submergés par les images numériques, les réseaux sociaux et les flux d’informations, son travail prend une résonance particulière. Erró avait compris bien avant l’ère d’Internet que notre époque serait celle de l’image démultipliée. Au Mans, son univers saturé, coloré et parfois vertigineux nous invite à regarder autrement ce que nous croyons pourtant connaître.

 

Erró à Reykjavík et au Mans : deux regards sur un même artiste

Voir Erró à Reykjavík puis au Mans permet de mesurer la richesse d’une œuvre qui ne cesse de se réinventer. Au Hafnarhús de Reykjavík, dans la ville natale de l’artiste, " Erró: Remix " donne à voir l’ampleur d’une démarche construite sur plusieurs décennies. L’exposition insiste sur le principe même du " remix " : prélever des images, les détourner, les confronter et créer de nouvelles associations. C’est Erró collectionneur d’images, observateur de la société et chroniqueur ironique de son temps.

Au Mans, le regard est plus resserré. La sélection présentée au Centre d’art FIAA permet d’entrer plus directement dans l’univers graphique et pictural de l’artiste, à travers des œuvres récentes et différentes techniques. Le visiteur retrouve les couleurs éclatantes, l’accumulation, l’humour et les collisions d’images qui constituent sa signature.

Les deux expositions se répondent pourtant parfaitement. À Reykjavík, on découvre la profondeur historique et l’étendue du territoire artistique d’Erró ; au Mans, on mesure combien cette langue visuelle demeure vivante. Entre les deux, plus de soixante ans de création, mais une même obsession : que faire de toutes les images que le monde produit ?

Erró a trouvé sa réponse très tôt : les collecter, les découper, les déplacer et les faire dialoguer. Ce qui pouvait apparaître hier comme une provocation ou un jeu avec la culture populaire résonne aujourd’hui avec une étonnante actualité. À l’heure des écrans et de la circulation incessante des images, nous sommes tous devenus, à notre manière, des habitants du monde visuel qu’Erró explore depuis si longtemps.

De Reykjavík au Mans, son œuvre rappelle ainsi que regarder n’est jamais un acte neutre : c’est aussi choisir, rapprocher, interpréter et parfois remettre en question les images qui nous entourent.


L'exposition se trouve au Centre d'art FIAA, 1 rue Gambetta, 72100 Le Mans, dans le lieu de La Visitation. 

 

JUSQU'AU 1ER NOVEMBRE 2026 


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