Il y a un an disparaissait PIERRE SHASMOUKINE ....
J'avais visité GORODKA et rencontré Pierre en 2010 ICI
Voici aujourd'hui sur les Grigris l'hommage rendu par Nicole Esterolle en novembre 2022.
PIERRE SHASMOUKINE, ARTISTE VISIONNAIRE DU
« DÉVELOPPEMENT DURABLE », NOUS A QUITTÉ… GORODKA, SON VILLAGE DANS LA
FORÊT, DOIT LUI SURVIVRE Par Nicole Esterolle (billet d’humeur)
Encore
une triste nouvelle, après celle du suicide de Claudius de Cap Blanc,
créateur de l’Affabuloscope en Ariège, voici donc celle du décès , le 2
septembre 2022, de Pierre Shasmoukine, créateur de cet autre lieu
fabuleusement « inspiré » de Gorodka en Périgord.
Tous
les deux ont été les victimes d’un même mépris, voire d’une sorte
d’une sourde vindicte venant des autorités culturelles des alentours et
de ces DRAC toujours pleines d’affectueuse générosité pour les faux
subversifs de l’art, mais féroces envers ces vrais inspirés, « marginaux
de l’extrême », magnifiques poètes, vrais analyseurs sociétaux, qui
engagent leur propre vie pour une exploration existentielle de fond.
Pierre
Shasmoukine s’était installé en 1970, sur une parcelle de forêt qu’
il avait héritée, près de Sarlat en Dordogne, non viabilisée, sans eau
et sans électricité… Il avait 27 ans. Il abandonnait un parcours
d’artiste reconnu exposant à Paris, Versailles, Lyon, Angoulême et
Milan… Aucun moyen financier … Pour tous biens, une brouette, une
hachette, 2 chèvres, 3 cochons et 5 canards… Personne pour l’aider. Il
installait un petit campement de fortune et vivait seul dans une vieille
caravane. Défrichage et nivelage à la pioche. Abattage d’arbres à la
hache. Il éleva cochons et volailles, produisait et vendait ses
conserves. En même temps, il s’attaquait au travail forestier (échange
des cochons contre des arbres) et commençait alors à construire ses
premières cabanes, maladroites ébauches de ses futures
« Anarchitectures ».

Commençait
alors l’aventure de ce précurseur, écologiste visionnaire avec la
découverte d’une agriculture « différente », la création d’un Institut
rural d’information qui débouchera sur l’ouverture d’une des premières
boutiques de gestion, l’édition du tome 4 du fameux Catalogue des ressources… Gorodka
devient un vrai village de sculptures habitables. Dans ses
« anarchitectures » viendront en résidence et exposeront 250 artistes
parmi lesquels Philippe Genty, la Mano Negra, Carolyn Carlson, etc.
L’I.R.I
( Institut Rural d’Information ) bénéficiera du soutien institutionnel
et emploiera jusqu’à 13 salariés. L’I.R.I mettra en place une des
premières Boutiques de Gestion, et sera « reconnu » par des centaines
d’adhérents et de professionnels : collaboration avec 3000 consultants
dans divers domaines. A cette époque, les médias se sont vivement
intéressés à cette expérience pionnière, innovante et unique. Il
travaillera en relation avec des consultants français et étrangers sur
tous les sujets créatifs et innovants du monde Rural. Il publiera la
Revue Za, le livre « Construire en bois », le 4ème, Catalogue des Ressources « Énergie Habitat », etc …
Il empoignait ainsi tous les sujets du développement durable avec trente ans d’avance…
Mais
hélas, en 1981, changement d’ambiance dans Culture française avec
l’arrivée du progressisme décentralisateur culturel languien. La Région
et les décideurs locaux, qui n’ont jamais compris la portée de tout ce travail
et n’ont eu pour l’IRI qu’indifférence ou hostilité, peuvent se
désintéresser de Gorodka. Les subventions seront supprimées et l’IRI,
endetté fermera ses portes en 1984. Pierre Shasmoukine restera seul pour faire face aux dettes et aux tracas administratifs…
Très
récemment il envisageait de mettre le feu à Gorodka et de disparaître
lui-même avec son œuvre… Et il existe un enregistrement poignant de
Pierre Shasmoukine en plein désarroi face au mépris des instances
officielles.: « Pourquoi, pourquoi ne m’ont-ils pas aidé ? »
Sa
sœur et des amis entreprennent courageusement aujourd’hui de faire
survivre Gorodka, de préserver ce lieu chargé depuis 50 ans des
valeurs qui acquièrent maintenant une importance centrale pour la
survie de l’art et de l’humanité.
Il
faut soutenir Gorodka. Il faut aller visiter ce lieu céleste, d’un
idéalisme de rêve, mais si plein de sens, de positivité, de prospectivité, d’intelligence, de poésie, de nécessité et de
compréhension des réalités de notre temps présent..
LE LIEN VERS NICOLE ESTEROLLE
GORODKA ET LES GRIGRIS DE SOPHIE
LE SITE DE PIERRE SHASMOUKINE
(cliquer sur les liens)
La Canéda
24200 Sarlat la Canéda
05 53 31 02 00
(Sur le GPS j'ai tapé place Marguerite Duras, c'est une petite place pas très loin du site et une aide supplémentaire)