Les Grigris de Sophie ce sont bien sûr des broches, des colliers et des sacs … mais c’est aussi un blog !

Les Grigris de Sophie ce sont bien sûr des broches, des colliers et des sacs …

Mais c’est aussi un blog ! Un blog dans lequel je parle de CEUX et de CE que j’aime …
HHHHHHHHHHHHHHHHHHHH
Vous trouverez ici des artistes, des lieux insolites, des recettes, des films, des expositions, des musiques, des spectacles, des photographies d’amis ….
Tout ce qui rend la vie meilleure, tout ce qui rend ma vie meilleure !

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jeudi 27 février 2025

ROBERT COUDRAY : UN POÈTE EN MARCHE ...

 

Il y a presque un an Robert Coudray a entrepris un long voyage, une belle quête, un long cheminement  ...

Ceux qui suivent mon blog savent que la visite de son lieu enchanteur avait ravi mon cœur et que j'avais eu beaucoup d'émotion en regardant son film "J'demande pas la lune, juste quelques étoiles".

En 2010 j'avais écrit sur mon blog :  

 Le parcours de ROBERT COUDRAY est atypique, déroutant et sympathique :
" Né en terre bretonne en 1954. Diplômé des hautes études buissonnières de bricoleur poète. Sponsorisé par la fée des décharges. Il fut tailleur de pierre, prof de techno,
bâtisseur de maisons, crêpier, carnavalier, paysan, apiculteur, cidrier, cinéaste, poète ferrailleur ... rêveur, mari, père, solitaire, amant, pèlerin, militant, contemplatif . Cinéaste de formation, tailleur de pierre par tradition, récupérateur par fascination, sculpteur par passion, éveilleur par mission....mais aussi jardinier d'hélices , emberlificoteur d'engrenages, manègeur de rêves, bricoleur de lune, pédaleur de vent, peinturlureur d'enfance, fouineur de décharges, biduleur d'automates, avionneur des nuages, tournebouleur de moulins, devineur d'équilibre, ébouriffeur d'étoiles, embobineur d'images ".

 

"Robert,  que vous connaissez en tant que Poète ferrailleur, marche vers Assise.
Les mots qu'il laisse au fil de ses pas sont une pluie de sagesse, pour éveiller ceux qui le connaissent ou le découvrent.
Lizio, ville d'art et de créations abrite le merveilleux et pèreveilleux village construit des propres mains de Robert.
Si vous passez par ici, entre Ploërmel, Malestroit et Josselin, visitez l'univers de Robert.
A la lecture de ses mots, vous comprendrez l'essentiel qui l'anime."

 

 


Vezelay-Assise

L’histoire commence en 1966. Déprimé des premiers jours de pensionnat, je découvre la vie d’un traîne-savates qui parlait aux corneilles et bâtit de pierres glanées une chapelle. Pour le p’tit bonhomme familier des landiers et des cabanes de fougères, il devient une légende : François, d’Assise (Italie).

Avril 2024


Plus vieillard qu’un vieux cloué et encourbé sur une canne, il s’agrippe et traîne ses os, fiévreux aux pentes du Morvan.
4 premiers jours à scruter l’embellie .
7 kgs sur le dos, les yeux encore fiévreux se décharge d’héroïsme, renommée, volontarisme, performance et de sécurité. Quitter 50 années de sommets à atteindre, d’entreprises à réussir, de responsabilité, pain à gagner, nécessaire à accumuler, sagesse à accomplir…
Pas grand chose fait du bien !
Je m’assois près d’une source et je ne dis rien que son murmure.




 
2 semaines que s’égrainent mes pas vers l’Italie. Pentes plus douces et corps alerte.
Pérégriner sur du long terme dans un esprit d’allégement vers l’Assise intérieure, c’est le pour quoi de ce chemin.
Retrouver l’enceinte de l’âme qui mendie souvent son existence dans mes
courses et passions quotidiennes.
Marcher ainsi, c’est de déconforter et se mettre en vulnérabilité heureuse d’où je ne peux descendre plus bas.
Passer de chez les « Ténardiers» aux hôtes de grand cœur d’une générosité sans calcul. Une soirée de fou rire ou de confidences, concert de violoncelle et flûte improvisé, moines en silence , psalmodies de Taizé , tant de clins d’ieux inattendus.

Sauvé in extremis d’un orage à me saucer les os par un 4x4 surgi sur le sentier , je suis déposé 1 km plus bas devant le gîte d’étape d’un petit village de fond de Bourgogne.
L’homme-hôte m’observe curieusement. J’attends… me scrute… revient
de ses songes : Robert ?
Moi qui fuit le cognito me voilà rattrapé. Projectionniste il a projeté le documentaire « l’enchanteur en chantier » d’Anne et Glenn, le jour de mon anniversaire 2023.

Prendre avec bonheur tous ces moments succulents autant que j’apprécie les 10 bouchées de pain sec d’un midi.





Troisième semaine.
J’aurais pu maudire, la pluie neigeuse, le froid perçant, les versants trop pentus, de m’égarer dans les bois, en perdre la boussole, revenir sur mes pas.
Je prends tout sans râler et comme sans importance. Être là me nourrit.
La pluie qui mouille, c’est bon ! se réchauffer d’un revers de soleil, c’est bon ! et un bout de saucisson c’est bon… l’hôte qui me refuse et celui qui m’ouvre sa porte, c’est bon !
Ce soir là, pas d’hébergement possible, tout est plein ou pas de réponse. Je pars pourtant serein. Quand tout a été tenter, s’en remettre à l’intelligence de la Vie ! À part quelques instants furtifs d’inquiétude, je reste tout le jour tranquille et confiant. Le soir arrive, il est prévu très froid, toujours rien, le village en vue, je cherche un tas de paille, une cabane… et presse alors le Ciel que je ne meure pas congelé… à cet instant le téléphone vibre… un message :
- Avez-vous trouvé où loger ?
Quelle extraordinaire soirée, comme 12 fois déjà.
J’ai souvent l’impression d’être déposé au bon endroit pour rencontrer qui je dois rencontrer.
Ce jour là, je traîne, je m’égare, il se fait tard, je suis fatigué. De drôles d’enchaînements, des tempos, des retards font que je croise à la seconde près les parents de nos anciens voisins dans une zone industrielle.
Ma caboche cartésienne cesse de vouloir comprendre.
Alors me voilà à déguerpir de la ville conduit à ma destination de la nuit comme un p’tit prince.
Le lendemain je repars avec le sublime vécu… mais le sublime devient des petits pas et encore des petits pas et du silence.
Marcher ainsi est quelque part « inutile ». Une certaine précarité devant l’inconnu me met en état d’accueil et de perception que je peux retrouver dans la créativité m’invitant à me lâcher à plus large que moi.
Autre soir. Il est tard. Roger m’attend dans la rue les bras grands ouverts - on s’inquiétait pour toi. Je suis à table avec des blessés de la vie qui se reconstruisent autour de Louise, Louise amour… Louise qui donne et reçoit tout dans une confiance radicale . Ça remet les pendules à l’heure sur les valeurs de partage.
 
 
 
 
 

 
Semaine 4 Chemin d’Assise.
Temps morveux. Pluie  d’arrosoir. C’est prévu. J’en boirai tout ce jour. Pourra-t’elle m’empêcher d’être heureux ? Pieds nus dans mes chaussures trouées, je choisis d’en chanter. Le pire ne peut rien contre le serein de l’âme. Je sais de quoi je parle !
Mais bon dieu ! C’est vrai que la pluie mouille, C’est vrai que je suis transi ! Pourtant je continue, frêle bateau chargé de vent malin, chevillé à une quille sereine.
Quand mes mots deviennent murmure de source, mon silence pépiement d’oiseaux, quand mon regard devient montagne, quand mon corps devient des pas, quand le temps devient l’instant… je vis !
Cette joie légère d’un matin, je la chéris, en espérant ne pas la tromper quand la solitude, la fatigue ou la monotonie me tiendront compagnie, voulant me la voler.
3 kms de descente. Je me suis égaré, manque de vigilance. 3 kms de remontée. Je n’ai pas à manger ce soir. L’épicerie est fermée le lundi. Et voilà qu’une voiture se gare. Une dame sort de sa voiture. « Je suis l’épicière, je peux vous ouvrir ! » Alors je me suis fait un roi d’une bière et d’une boîte de conserve bas de gamme .
Le chemin : une vie en raccourci avec ses fêtes et ses défaites. Garder le cap de la joie intime, pain quotidien d’un quêteur d’essentiel , et quand le pain devient rassis par trop de vicissitudes, l’imbiber de Source.
 
 
 
 
 

 
 
Semaine 5
Chemin Vezelay-Assise
Les Alpes fières et altières et moi, pas si fier et boiteux de devoir les traverser.
Je me pousse hardiment dans ses pattes et je croise en sueur son sommet mais un autre sommet m’attend.
Celui-là, je le monte en deux heures à quart de pas d’tortue, à courageuse patience et je voudrais bien le fuir.
Raide comme la fierté la montagne, et parfois plus pentue qu’un toit.
Je la mâchonne et la digère et vais bientôt la vomir. Chaque vingt pas je m’arrête. J’en appelle au saint patron des bagnards que je ne sois enseveli dans ce dédale infranchissable, à la puissance divine d’araser la montagne. Foutaise !
La sagesse divine n’est qu’un chemin de pauvre qui doit tenir patience. La grandeur divine est d’accepter mon impuissance.
Il est annoncé 3 jours de pluie et des dénivelés imposants. J’ai envie de retourner chez moi et pourtant je vais continuer, non par bravoure mais parce que j’ai commencé.
Le lendemain, attendant que la pluie cesse, je prends un café dans le bar-boulangerie de ce village.
Qui je vois entrer ? : Jean-Côme, un bon ami de Vendôme, qui voyage en van. Encore une bizarrerie, un hasard impossible !
Après cette nouvelle rencontre fortuite, qui met à mal la lois des statistiques, je repars sur les rides des montagnes plus hautes que ma vigueur.
Le soir à bord de l’épuisement, je suis perdu et troublé. Faut-il encore labourer le courage, la ténacité, la constance ou se replier et explorer l’humilité du renoncement , la douceur de l’évitement ?
Entêté de première classe, j’ai appris à ne plus être Don Quichotte luttant pour son inaccessible étoile, mais mon gentil démon revient : tu peux le faire, tu veux le faire, tu dois le faire !
En fait je ne sais plus que faire et pour la nuit je renonce à savoir .
Mais voilà qu’arrive deux pèlerins de Vannes bien informés des aléas du chemin : Il est impossible de passer par le col. Plus d’1 mètre de neige est tombé.
Me voilà soulagé !
Moi qui suis né aux forceps , prisonnier de bas ventre, j’ai vite l’angoisse des cols fermés .
J’aurais pu m’engouffrer dans une impasse mais me voilà en bus pour l’Italie. Il pleut, il pleut mais je suis au sec.
Ne plus pouvoir est une route qui convie à la douceur ! En n’imposant plus les défis, je deviens mendiant d’autre possible inconnu. La vie peut alors offrir son abondance.
 
 
 
 

 
Semaine 6
Marche
Vezelay - Assise
Je traverse des paysages sublimes. Passé les Alpes me voilà dans les Apenins. Ça monte encore beaucoup et ça descend d’autant.
Pourquoi tu t’infliges des choses pareilles à ton âge ? , me questionne une bonne amie.
L’excès de naïveté me sauve encore sans-doute de stratégies trop sécuritaires. Peut-être qu’un quasi septa devrait astiquer son camping-car, aiguiser ses pantoufles, assiéger le canapé et retraiter des enthousiasmes.
Pour quoi ?
Pour débrayer un moment de ma jouissante créativité et être en phase avec la fluidité d’enfance, l’instant facile, difficile, monotone, routinier, solitaire, extatique, contemplatif, léger, joyeux, inutile… s’aventurer, quitter le connu, ne rien s’infliger mais répondre à ce qui est proposé et s’en faire un présent.
S’il y a quelque chose de particulier à gagner sur un long parcours solitaire de chemin, c’est qu’il est plus difficile d’esquiver émotions et sensations que dans la vie quotidienne. Quoique ! le mental est malin et l’IPhone n’est pas loin. Ça vaut retraites et thérapies.
Je me retrouve parfois plusieurs jours en ne causant qu’à moi. Et si je débarque en quelque ville, je veux vite m’échapper du vacarme têtu, et de l’activisme surmené.
Après les premières semaines éprouvantes malgré moi, alors que je suis résolu à continuer en douceur … un cerisier me fait de l’œil. Ah, si les cerises étaient mûres, rouges et juteuses ! je me ferais merle ou voleur, mais elles sont vertes et dures, je me ferai passant…
M’arrête au bar. Café du p’tit matin. Le proprio ben’aise s’avance, sourit, ouvre sa grande main , d’où s’échappe une bonne poignée de cerises, rouges et juteuses et délicieuses .
Pas belle la douceur ?
Le lendemain en faisant quelques courses me voilà happé par une bouteille de vin. Envie d’vin rouge et de fromage. Mais… je rabroue aussitôt mon rêve de vin, sous prétexte que ça pèse 1 kg.
Voilà que le soir en mon logis, le proprio italien viticulteur vient m’offrir une bouteille de son cru. Molto Grazie et me voilà content !
Dans ma solitude pèlerine, une assiettée de pâtes, calée devant la montagne au crépuscule je chante guilleret le vin… me disant que le lendemain il me faudrait raccourcir l’étape bien trop exigeante.
La bouteille je l’enivre avec délice au trois-quarts. Et le reste c’est pour de charmants Suisses qui s’installent près de moi. Le lendemain la voiture des charmants Suisses m’avance de 10 kms.
Le chemin ainsi que toute vie se trace en marchant , j’y suis parfois limace bavant tous ses déboires… ou prince heureux, héritier d’un royaume au cœur de moi-même, accueillant avec grâce aussi bien les joies que les vicissitudes.
 
 
 
 
 
 
 
 
 


Vezelay-assise
Semaine 7
Il arrive jovial avec sa côte rouge, m’accueille, me donne à manger et on commence à parler au coin de la table… Domenico, c’est un curé d’évangile. S’occupe des migrants, des pauvres, écrit les histoires de ses rencontres, sourit de l’institution, libre du dogme et du froufrou, fait de son étincelle d’âme du levain de Bonté dans les bourbiers du monde. Car il ne s’agit plus d’autre essentiel en ces temps de rupture que d’apporter la Beauté de quelque manière que ce soit.
La grande mission de l’homme, s’il veut survivre à la cacophonie destructrice, est de trouver en son jardin embroussaillé sa Source vive. C’est là qu’il change le monde.
Peu importe le chemin, pourvu qu’il ne nous enferme en de doux ronronnements ou dans des fondamentalismes sectaires.
Qu’importe la manière ! Mais en rejetant la maladroite manière on en a oublié ce que nous étions sensés chercher pour apaiser notre soif. Mais sait-on encore ce qu’est la soif, tellement on nous goinfre de performances, d’acquisitions, de savoir faire, d’infos, de technique, de courses effrénées …
Plus besoin de trouver notre royaume de prince(sse), la source de notre pétillance,
le silence réjouissant, le socle de l’enthousiasme !
Pfff ! Certains diront : De quoi tu parles ? On ne comprend rien !
À chaque rencontre d’église, j’y rentre. J’y cherche le silence.
Beaucoup de ces temples voués à la quête d’un Graal, ne chantent plus la Présence. Certains me dévoient et me repoussent par trop de bavardages décoratifs barbouillés d’idolâtrie, de bondieuseries, dévoteries poussées au baroque-sisme. Mais certaines sont des murmures qui m’enclument au socle du silence, m’arriment à la Beauté, apaisent le galop des pensées par leur Force tranquille. Il n’y a qu’à s’y adosser pour pénétrer le Peu, résonance du divin comme peut le faire la nature, la musique , la rencontre ou et le bel art.
A la longue de pas lourds, fangieux ou poussiéreux, on ne s’envole plus… on pèse.
Et ce poids à la richesse du vivant…
Et cette vie a la pauvreté de l’instant…
Et l’instant a la saveur de ne plus chercher…
Et ne plus chercher, il est là le trésor !
 
 
Prenez soin de la Vie !
 
 
 
L'univers du Poète ferrailleur
La Ville stéphant 56 460 - LIZIO
Tél . 02 97 74 97 94

 
 
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ROBERT COUDRAY ET LES GRIGRIS DE SOPHIE 

 
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