Les Grigris de Sophie ce sont bien sûr des broches, des colliers et des sacs … mais c’est aussi un blog !

Les Grigris de Sophie ce sont bien sûr des broches, des colliers et des sacs …

Mais c’est aussi un blog ! Un blog dans lequel je parle de CEUX et de CE que j’aime …
HHHHHHHHHHHHHHHHHHHH
Vous trouverez ici des artistes, des lieux insolites, des recettes, des films, des expositions, des musiques, des spectacles, des photographies d’amis ….
Tout ce qui rend la vie meilleure, tout ce qui rend ma vie meilleure !

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mercredi 8 février 2012

LA CATHEDRALE DE JEAN LINARD VUE PAR RAYMOND LOEWENTHAL

RAYMOND LOEWENTHAL, photographe des lieux singuliers, m'offre aujourd'hui
pour Les Grigris dix magnifiques photos de la Cathédrale de Jean Linard ...













( ces photos ne sont pas libres de droits )


mardi 7 février 2012

L'ÉPICERIE DE LIGNEROLLES N'EST PLUS .....


L'ÉPICERIE DE LIGNEROLLES N'EST PLUS ...

Il y a quelques années j'ai lu un  article sur PIERRE MARZORATI  et j'ai rêvé de sa gigantesque caverne d'Ali Baba ...
Hélas depuis 2008, elle est présentée aux Muséales de Tourouvre. La nouvelle mise en scène, contemporaine et ludique, vous invite à un voyage autour des commerces et de la publicité du 19e siècle à nos jours. Des petits commerces d’autrefois (épicerie, bar...) ou des grands magasins comme le Bon Marché sont évoqués tandis que les publicités pour des marques familières nous rappellent avec nostalgie des temps révolus...

" L’exposition n’est pas une transposition du musée de Lignerolles dans un nouveau lieu : elle propose une autre approche de la collection, illustrée et didactique. Mais que les nostalgiques du musée de Lignerolles soient rassurés : de très nombreux objets seront exposés, et ils retrouveront l’ambiance du petit commerce d’autrefois"

 ...    et bien moi j'ai été très déçue par cette visite,très peu émue.  On est dans une présentation d'objets anciens, dans un lieu sans âme et sans magie  et non dans la folie luxuriante d'un accumulateur !



















" Boîtes de café, lessive, vieilles pubs: Pierre Marzorati a transformé sa maison en musée.
A priori, Pierre Marzorati est un homme plutôt affable. Pourtant l'énoncé de certains mots a le don de le faire sortir de ses gonds. Ainsi, celui de collectionneur. «Je ne suis pas un collectionneur, je suis un accumulateur, s'échauffe-t-il soudain. Un collectionneur, c'est un passionné. Or la passion est une forme de jouissance. Un passionné, c'est donc quelqu'un qui a des problèmes de libido.» A ces mots, son épouse oppose une moue dubitative. Depuis trente ans que Pierre Marzorati accumule les objets «se rapportant à l'épicerie et au commerce de proximité», Annick a vu se réduire dangereusement l'espace vital familial. Les premières années, l'accumulation tenait dans le vestibule et la salle de séjour de la maison, puis elle a servi de décoration dans la supérette que tenait alors le couple, puis elle a occupé les trois pièces de l'arrière-boutique, puis elle a emménagé dans l'actuelle demeure des Marzorati sise dans l'ancien relais de poste de Lignerolles (Orne). En 1986, Pierre Marzorati a décidé d'ouvrir les pièces concernées au public. Le Musée de l'épicerie d'autrefois (qui couvre peu ou prou la première moitié du siècle) était né (1). Ancien salarié de la grande distribution, Pierre Marzorati dit vouloir ainsi «demander pardon» aux petits commerces, à la mort lente desquels il estime avoir contribué.
Les années suivantes, le nouveau conservateur s'est livré de plus belle à sa passion, pardon, à sa manie de l'accumulation. Les objets ont continué à grignoter sournoisement les lieux réservés à la vie de famille. «Là c'était la cuisine, ici on mangeait, là on regardait la télé», dit Samuel, le petit ami de la cadette des filles Marzorati, en montrant différentes salles du musée. Aujourd'hui, les 20.000 objets ont colonisé tout le rez-de-chaussée, et les Marzorati se sont repliés au premier. Aux dernières nouvelles, le musée occupe 300 m2 dont une ancienne grange située de l'autre côté de la cour.
Trente ans de chine intensive. «Le tout premier objet de ma collection, c'est celui-là, je l'ai trouvé sur une décharge publique, dit Pierre Marzorati en désignant une plaque publicitaire en tôle peinte de la fin du XIXe siècle sur laquelle on distingue encore, malgré la rouille, un gendarme en train de se mirer dans sa botte cirée avec le Cirage Végétal. Il y a trente ans, ce genre de truc passait directement à la poubelle.» Outre les dépôts d'ordures, les Marzorati ont écumé, en trente ans de chine intensive, les brocantes, les foires, les salles des ventes municipales ou d'Emmaüs, bref, tous les lieux susceptibles de receler des trésors" bon marché, la famille ne roulant pas sur l'or. «Un jour, j'ai vu dans "Le Parisien" qu'un type cherchait à se débarrasser de publicités anciennes, ajoute le fondateur du musée. Il en avait vingt cartons remplis à ras bord dans sa cave. Il vendait ça une bouchée de pain. Si j'avais su, j'aurais acheté le lot, mais j'ai pas réalisé, j'en ai pris que quelques unes.»
A force, Pierre Marzorati a accumulé un incroyable bric-à-brac, un gigantesque pêle-mêle, un divin capharnaüm, en clair, un régal pour le visiteur. Les collections de journaux voisinent avec les articles d'épicerie en tous genres: boîtes métalliques de biscuits, de thé, de café, paquets de lessive, savons, pains de sucre, kapok, tortillons de papier glu tue-mouches, articles de mercerie (boîtes à épingles, oeufs à repriser, boutons, bride «supérieure»"), publicités diverses et variées, calendriers, glacoïdes (cartons glacés), tôles émaillées, bustes en plâtre, carafes, albums dans lesquels les écoliers collaient des vignettes, buvards, etc. «Quand les gens entrent, ils sont écrasés, dit Pierre Marzorati avec un rien de satisfaction. Après, ils me disent: "si on avait su, on aurait pas jeté telle ou telle chose". Ou "on va revenir vous apporter tel ou tel objet. Si on m'avait apporté tout ce qu'on m'a promis, Beaubourg serait trop petit. En réalité, je dois recevoir un cadeau tous les deux mois. Une fois, une dame m'a donné le landau dans lequel elle était née"»
Comme toute collection qui se respecte, celle de Pierre Marzorati comporte son lot d'ovnis (objets variés non identifiés). Ainsi, cette machine équipée de deux rouleaux horizontaux qui pourrait être un laminoir de boulanger ou une essoreuse de blanchisserie industrielle. Ainsi, ce manche de bois dont une extrémité est hérissée de picots. «Parfois, je me trompe sur la fonction d'un objet, et ce sont les visiteurs qui me corrigent, raconte le fondateur du musée. Il y a quelques années, par exemple, j'avais placé une boule en verre bleu parmi des flacons de parfum. Et puis un jour, un monsieur m'a dit qu'il s'agissait de l'un des premiers modèles d'extincteurs. Les boules étaient remplies d'eau, puis jetées dans le feu où elles se cassaient"»
Si la boule en question est très jolie, sa présence dans un musée consacré à l'épicerie pose question. De même que celle d'un siège de dentiste, d'un sèche-cheveux de coiffeur, de planches à laver abandonnées par les militaires Américains après la guerre de 14-18, d'une incroyable collection de tableaux pieux, de matériel agricole comme cet étonnant ramasse-pommes" Dévoré par sa soif d'accumuler, Pierre Marzorati a perdu de vue depuis longtemps l'objet initial de sa collection. Ou plutôt il lui donne une définition de plus en plus extensive" Les visiteurs s'en fichent, qui reconnaissent avec bonheur des objets connus. «Martin, regarde la petite épicerie, j'avais la même quand j'étais petite. Oh! la petite hotte, oh! le petit fourneau, oh! les petits ustensiles. Qu'est-ce que c'était mignon», dit une maman à un gamin âgé d'une dizaine d'années. «Oh, regarde, de la peinture Fixalo, je crois que j'en ai encore, dit une vieille dame à son époux. «Ah, les manèges de tampons, j'ai connu ça, et ça c'était pour poser les stylos à encre sans tacher les sous-mains», dit un quinquagénaire à sa femme. Chaque année, 5.000 visiteurs poussent la porte du musée. «50% sont des gens de Paris qui ont des résidences secondaires par ici. Je les vois revenir avec des amis différents», dit Pierre Marzorati. Malgré ce succès que bien des musées lui envieraient, le conservateur tire la langue. Lui qui espérait vivre de cette activité, - à cinquante ans on est loin de la retraite -, a du mal à joindre les deux bouts. La cuisine sacrifiée en salle d'exposition. Faute de subvention, tout l'argent collecté passe dans les frais de fonctionnement. De fait, ni la commune, pourtant intéressée au premier chef, ni le département, ni la région, ni l'Etat, ne lui versent le moindre sou. «Je cherche un pont», dit elliptiquement le maire. En clair, le premier magistrat de ce village de 140 âmes cherche le moyen, ou plutôt le prétexte, qui lui permettrait de subventionner cette activité. Il est vrai que les villageois ne voient pas d'un très bon oeil cet afflux de visiteurs qui dérangent leur quiétude."
Les Muséales de Tourouvre

15 rue Mondrel
61190 Tourouvre

http://www.musealesdetourouvre.com/fr/accueil.html



*** La vie réserve de magnifiques surprises ... En fait c'est en mai 2010 que j'ai visité ce Musée et c'est avec un immense retard que je mets mon article en ligne . J'en ai profité pour faire de nouvelles recherches et ..... j'ai une formidable nouvelle à vous annoncer !

L'ÉPICERIE DE LIGNEROLLES EXISTE DE NOUVEAU sous le nom de L'INZOLITE Pierre Marzorati a réouvert en juillet 2011 dix salles d'expositions.

De la presse du début du siècle aux cabinets de curiosités d'hier, d'aujourd'hui et pourquoi pas de demain, une nouvelle scénographie originale vous attend à Lignerolles !


Bientôt sur LES GRIGRIS DE SOPHIE des photos et une vidéo enthousiasmante  !

lundi 6 février 2012

MARCEL STORR JUSQU'AU 31 MARS AU CARRE BAUDOIN A PARIS



J'ai vu des photos, lu le dossier de presse, vu bien  sûr tout ce que les journaux ( du Monde à Télérama !) avaient écrit sur l'exposition " MARCEL STORR, BÂTISSEUR VISIONNAIRE ", et pourtant  je ne pensais pas éprouver une telle joie, une telle émotion  samedi !

Les visiteurs sont incroyablement nombreux,des adultes bien sûr mais aussi beaucoup de couples avec des enfants, voilà pourquoi aujourd'hui je ne mettrai pas en ligne les tableaux dans leur totalité mais des détails, de fabuleux et émouvants détails .

Comme autrefois avec les aventures de Charlie (ceux qui ont aujourd'hui de grands enfants se rappellent sans aucun doute les heures passionnantes à chercher ce petit personnage )

Où est Charlie ?

" Hé, fans de Charlie, êtes-vous prêts à relever de nouveaux défis ? Charlie vous entraîne dans de folles aventures! Traversez la jungle marécageuse, explorez les couloirs du temps, aidez des marins à combattre des monstres... Que d'émotions La Charlie mania va encore faire des victimes! Soyez vigilants, lecteurs intrépides, et gardez vos sens en éveil écoutez une joute musicale, sentez des fleurs enivrantes, goûtez des gâteaux appétissants, caresser des centaines de chiens... Et surtout, faites bon usage de votre cinquième sens : la vue! Ouvrez l'oeil pour trouver Charlie, Ouaf, Félicie, Pouah, Blanchebarbe et une foule d'autres personnages et objets cachés dans toutes les pages. C'est incroyable! Plus de trente millions de lecteurs ont trouvé Charlie dans plus de trente pays différents. Et vous, l'avez-vous déjà repéré ?"


 Entrer dans l'univers de MARCEL STORR c'est entrer dans un monde foisonnant de détails invisibles au premier coup d'oeil... puisqu'au premier coup d'oeil jaillissent  des cathédrales, des basiliques, des mégapoles !

Partons à la recherche des voitures, des bateaux, des girafes et des éléphants, des cavaliers, des personnages minuscules mais si expressifs, il y a un Dieu tutélaire caché dans un buisson et tout un incroyable statuaire, des bancs et des lampadaires ... bref des petits trésors horizontaux ajoutés à la délirante verticalité !























Et un mystère reste entier, MARCEL STORR,  à côté de sa signature a ajouté l'année de création et un chiffre dont on ignore tout ... N'hésitez pas à émettre des hypothèses et à partir dans les idées les plus folles  !


 *** Autour de  MARCEL STORR existent des ouvrages ....

* Il y a le texte de Laurent Danchin , écrivain, conférencier ,critique d’art et commissaire de l’exposition

 " Les basiliques et cités paranoïaques de Marcel Storr (1911-1976)" dont j'ai parlé sur ce blog.

 * En octobre 2010, Françoise Cloarec, avec le récit " Marcel Storr, architecte de l’ailleurs"   (Phébus), nous faisait pénétrer dans l’univers onirique du peintre autodidacte, Marcel Storr, fils de l’Assistance publique et cantonnier à la ville de Paris.
Françoise Cloarec est psychanalyste et peintre, diplômée des Beaux-Arts de Paris. Elle a consacré une thèse de psychologie clinique au peintre autodidacte Séraphine de Senlis avant de lui dédier un essai, Séraphine, sorti chez Phébus en 2008.


 L’exposition au pavillon Carré de Baudouin, réunissant pour la première fois du 15 décembre 2011 au 31  mars 2012 l’intégralité de l’oeuvre de cet artiste totalement hors-norme, est l’occasion pour les éditions Phébus de proposer un catalogue exhaustif de cette oeuvre magistrale ( hélas momentanément épuisé )comportant aussi des textes de Liliane et de Bertrand  kempf.







Laurent Danchin a eu la gentillesse de me confier le texte qu'il a écrit pour ce catalogue.  
Surtout ne passez pas votre chemin, ce texte, un peu long peut être pour un blog ,évoque avec une rare finesse la vie , l'oeuvre et les mystères  de Marcel Storr   :

Le génie à l’état brut



" Découvrir une œuvre exceptionnelle, tout entière et d’un seul coup, trente-cinq ans après la mort de son auteur, est en soi un événement. L’univers clandestin de Marcel Storr, cantonnier du Bois de Boulogne, n’a en effet jamais  été montré encore dans sa totalité, et si l’on excepte une présentation très partielle à la Halle Saint Pierre il y a dix ans, puis une apparition éphémère, en 2005, à la mairie du 9ème arrondissement, avec ensuite quelques dessins figurant dans diverses manifestations à Bratislava et en Allemagne, ou encore à Sète, au Musée International d’Art Modeste, il n’a jamais fait l’objet d’une exposition exhaustive, comme celle dont le pavillon Carré de Baudouin aura eu le privilège pour la première fois.

Dans le petit monde de la création autodidacte, dont un réseau d’amateurs assure depuis longtemps la promotion, peu d’auteurs ont, comme Marcel Storr, maintenu leur activité artistique à l’abri de tout regard pratiquement jusqu’à la fin de leur existence, et sans la curiosité fortuite de Liliane Kempf il y a quarante ans, les cathédrales fantastiques et villes futuristes du balayeur auraient sans doute, dans le meilleur des cas, fini leur carrière sur e-bay ou dans les vieux cartons d’une échoppe de brocanteur. Le cas n’est pourtant pas unique d’œuvres extraordinaires découvertes in extremis, soit à la veille du décès de leur auteur, soit à titre posthume quelque temps après. On pense ici à la révélation spectaculaire de deux ‘outsiders’ américains : Henry Darger (1892-1973), le reclus de Chicago, père imaginaire des Vivian Girls dont la narration immense et les illustrations géantes qui l’accompagnent n’ont été exhumées du désordre de son appartement qu’au moment où il venait de déménager pour une maison de retraite. Ou alors, moins connu en France, Achilles G. Rizzoli (1886-1981), dessinateur industriel californien dont les fantaisies architecturales, d’un symbolisme très sophistiqué, ne furent découvertes par la galeriste Bonnie Grossman que neuf ans après sa mort, en 1990, à San Francisco. Car c’est bien en cette prestigieuse compagnie, et nulle autre, qu’il faut envisager l’univers stupéfiant de l’inconnu du Bois de Boulogne.

Sur l’auteur de ces œuvres étonnantes, né et mort à Paris, on ne sait pas grand-chose, mis à part le témoignage tardif de ses découvreurs, et ce qu’a pu trouver sa biographe, Françoise Cloarec, au cours de recherches plus récentes. De ce qu’il pensait, surtout, on ne sait rien, ce qui redouble encore le mystère de la découverte, et livre à notre pure fantaisie les clefs de l’interprétation. Enfant abandonné, sans doute de père inconnu et portant le nom d’un autre, Storr, né en 1911, a commencé sa vie de misère tout en bas de l’échelle sociale, et il ne s’était guère élevé d’un cran quand il mourut, cancéreux, à l’hôpital Tenon, en 1976. De constitution rachitique, « difficile à élever », souvent admis au sanatorium ou hospitalisé, il était pupille de l’Assistance Publique et, comme Adolf Wölfli, le grand génie de l’art brut, passa une enfance terrible placé dans des fermes, où il devint sourd, affirmait-il plus tard, pour avoir été souvent battu. Pratiquement illettré – il savait tout juste signer son nom, que l’on trouve même souvent deux fois sur ses dessins ! –, il exerça par la suite divers petits métiers, plongeur dans un lycée, débardeur aux Halles ou employé d’une société de nettoyage (il aurait même été un temps mineur de fond), avant de trouver, en 1964 seulement, un emploi plus stable auprès de la Ville de Paris comme « cantonnier d’empierrement saisonnier ». Traduire : balayeur au Bois de Boulogne, affecté près du « Polo de Bagatelle », expression mystérieuse que, nous dit Liliane Kempf, dans sa culture purement orale il interprétait comme le nom d’un voisin protecteur !

Aujourd’hui, grâce à Françoise Cloarec, qui a pu avoir accès à son dossier médical, on sait que Storr, vers la fin de sa vie, ébranlé entre autres par le décès de sa femme et l’obligation de déménager à Saint-Denis, dans un lieu sinistre et insalubre, fut hospitalisé d’urgence à Sainte-Anne puis à Ville-Evrard, après un accès de délire qui avait dû affoler les voisins. C’était en septembre 1974, après quoi il fut suivi en post-cure, presque jusqu’à la fin, ce qui nous donne sur lui quelques renseignements supplémentaires. Souvent moqué par ses collègues, Storr vouait alors à l’humanité une haine définitive et, convaincu de la malveillance de son entourage, vivait dans la hantise d’être volé. Mais cette tendance à la paranoïa, ce côté borderline venaient de plus loin. Bertrand et Liliane Kempf qui, à l’époque où il vint solennellement leur confier ses dessins pour qu’ils les mettent en lieu sûr, l’ont vu souvent arriver chez eux, un papier administratif à la main, décrivent un homme taciturne, aigri, de surcroît difficile à comprendre quand il grommelait quelque chose. Déclarant détester les paysans, mais aussi les Juifs et les communistes, c’était un homme de la ville qui n’aimait ni les enfants ni les animaux. Allergique aux concierges, il avait épousé pourtant une gardienne d’école – une femme haute en couleurs que les élèves appelaient Belphégor –, et il tenta désespérément de se remarier par petites annonces après sa disparition.

En fait, Storr, comme bien des créateurs, était un hypersensible abritant sa fragilité sous une carapace rébarbative, et c’est cet homme seul, ce misanthrope, triplement isolé par sa surdité et son illettrisme mais aussi par le don qu’il portait en lui, qui devait, tout au long de son existence misérable, construire en cachette un monde parallèle, évasion vers les hauteurs représentant à la fois son oxygène quotidien et sa revanche secrète contre l’humiliation permanente. En tout, ne subsistent aujourd’hui qu’une soixantaine de dessins de Marcel Storr, ce qui est en somme assez peu. Les autres ont-ils été perdus, donnés ou détruits au cours de ses déménagements ? On ne sait. Mais il s’agit de dessins habités, d’une extraordinaire densité et force de fascination. Toute une vie s’y est inscrite, y a mis ses souffrances, ses rêves et ses pensées. La plupart sont d’assez grand format, les plus anciens coloriés aux crayons de couleur, les plus récents – les meilleurs – à l’encre, et tous ne représentent que deux sujets : d’abord des églises, basiliques ou cathédrales, gigantesques et proliférantes, puis, dans une deuxième période, des mégapoles futuristes, contemporaines des Tours de La Défense.

Encore un peu naïves et laborieuses, mais manifestant déjà un souci obsessionnel du détail, les œuvres les plus anciennes datent des années 1930, tandis qu’après l’interruption de la guerre, où il fut brièvement mobilisé puis réformé, on ne trouve que quelques dessins disparates, sans doute des années 1950, dont un très beau diptyque aux allures de gratte-ciel un peu stalinien et le triptyque d’une église géante où, selon Bertrand Kempf, le motif de la crosse gothique serait répété plus de 600 000 fois. Mais c’est l’année où il obtient enfin un emploi régulier, 1964, l’année aussi de son mariage, que l’art de Storr trouve son épanouissement. D’abord avec la série des églises : 25 variations sur le thème de la cathédrale, dessinées en un temps record, de plus en plus éloignées du réalisme, voire délirantes à partir de la treizième, le végétal et le minéral étant confondus et l’humanité réduite à la taille de fourmis. Puis sur un format plus grand, de 1965 à 1975, au rythme d’environ deux à trois dessins par an, la série des mégapoles : seize villes de science-fiction, toutes d’un mode d’organisation différent. A quoi s’ajoutent encore, après la mort de sa femme, quatre dessins très colorés. D’une série à l’autre, entre la reconstruction imaginaire du passé symbolique, en souvenir peut-être de ces bonnes soeurs auprès desquelles il aurait, nous dit-on, trouvé refuge à l’adolescence et, volte-face complète, l’ouverture à l’avenir et l’exploration d’un futur sans limites, le présent, détestable, se trouve heureusement escamoté. Parallèlement – est-ce un hasard ? –, à l’extérieur une révolution culturelle tentait de balayer le vieux monde : Mai 68.

C’est le soir, dans sa cuisine, enfin libéré des tâches alimentaires, que Storr dessinait, sur de grands cahiers à spirale de papier Canson, avec une batterie de crayons très affûtés et de petits pots d’encre Colorex. Il procédait en deux temps : la construction d’abord, extrêmement fouillée et minutieuse, de ses bâtiments, avec tous les accessoires : arbres, personnages, animaux et, dans ses villes, des véhicules extraordinaires mêlant tous les styles et tous les temps, de la caravelle à l’hélicoptère ou à la soucoupe volante. Cette première phase devait lui prendre des nuits et des nuits, pendant lesquelles il s’identifiait totalement à son univers, comme un romancier mythomane dialogue avec ses personnages. Ensuite il coloriait son dessin et, pour finir, sauf sur le ciel, y passait un vernis de sa composition qu’il égalisait au fer chaud, donnant à sa feuille, presque gravée, cet aspect si caractéristique de cuir de Cordoue. C’est ce travail très soigné, en deux étapes, qui explique peut-être la double signature, confirmant, s’il en était besoin, à quel point Storr avait conscience de faire œuvre extraordinaire : une signature pour authentifier l’inventeur et l’architecte, une autre pour le patient exécutant. Car il n’était pas question qu’on lui vole, non pas tellement ses dessins – matériellement il ne s’en préoccupait guère – mais ses inventions, tout ce qu’il avait mis dedans.

Stylistiquement comment qualifier ce type d’univers, à quelle famille artistique le rattacher ? Que l’on aime ou pas la notion, c’est à coup sûr un exemple fascinant d’« art brut » au sens de Jean Dubuffet. Il s’agit de la création clandestine, tardive à cause des contraintes du métier quotidien, d’un autodidacte obsessionnellement possédé par une inspiration qui, littéralement, le dépasse et n’a rien à voir avec le souci de faire œuvre d’art. D’ailleurs, « homme du commun » s’il en est, de surcroît illettré, il n’est passé par aucune école, n’a visité aucun musée et doit tout réinventer pour son propre compte, son dessin, ses techniques, afin de pouvoir, à sa façon – dans son style propre –, donner une idée du monde qui l’habite. Storr, au sens académique, ne sait pas dessiner, ses perspectives sont bancales, d’un cubisme involontaire ? Là n’est pas l’essentiel : créer pour lui est un besoin vital et tous les moyens sont bons pour le satisfaire. Car ce n’est pas être appelé artiste qui lui importe, mais échapper à ce monde pour en inventer un autre, plus beau. L’argent d’ailleurs ne l’intéresse pas, la gloire, il n’en est pas question, à la rigueur ce serait une vague idée de la postérité qui pourrait le tourmenter, une idée abstraite du futur où son œuvre se montrerait utile et où seraient enfin reconnus ses dons.

Aujourd’hui il est de bon ton de pratiquer la déconstruction du concept d’art brut et, au nom de l’Art, de ne plus faire de différences entre les genres ou les catégories. Il est vrai que les critères esthétiques de l’art brut n’ont jamais été clairement définis et que, purement intuitifs chez Dubuffet, ils sont restés trop longtemps noyés dans des considérations psychologiques ou sociales mettant en valeur la biographie ou les intentions des auteurs au détriment des caractéristiques formelles. Pourtant certaines distinctions, évidentes autrefois, mériteraient d’être remises au goût du jour, en particulier l’opposition entre la culture savante et la culture populaire et, ce qui importe surtout ici, entre deux approches du dessin et de la création plastique : l’une très sophistiquée, plus ou moins liée à la mimésis photographique et reposant en général sur un long apprentissage, et l’autre, qu’on l’appelle ‘brute’ ou ‘naïve’, plus spontanée, isolée, élémentaire, obéissant à des canons différents. C’est évidemment à cette approche non savante que correspond la manière de Storr, avec ses perspectives approximatives, ses plans rabattus comme dans le dessin d’enfant, et sa complexité générale mais par accumulation d’éléments simples, sans compter sa forme de maladresse qui, lorsqu’elle apparaît, n’a rien de voulu à la différence de tant de ténors de l’art professionnel.

Savante ou non, toute œuvre géniale au premier abord nous paraît unique, inclassable, et nous éprouvons un choc à la voir pour la première fois. Comme les grands inspirés, réformateurs ou inventeurs de mondes, Storr, le balayeur du Bois de Boulogne, était un génie visionnaire, et il le savait. Et c’est cette conscience de ne pas être comme tout le monde qui l’aidait sans doute à supporter sa condition matérielle. Etait-il normal ? Certainement pas. Fou ? Pas davantage, mais condamné à l’autisme social du créateur qui se réfugie dans son monde. Quant à cette obsession des tours qui prit, au fil du temps, deux formes différentes, en connaissait-il lui-même la raison ? Eut-elle d’abord une intention religieuse, puis une visée plus politique dans le contexte de l’imaginaire apocalyptique ou anti-nucléaire de son temps ? Nul ne le saura jamais. Métaphore même de l’esprit d’invention, fruit d’un pur élan vital et d’un instinct obscur de transcendance, comme les Tours de Watts de Simon Rodia à Los Angeles, les constructions secrètes de Marcel Storr resteront une énigme, un cas spectaculaire de résilience du génie créateur et un singulier exemple de ce qu’il peut y avoir de plus remarquable dans l’art populaire contemporain."



IL NE FAUT, SOUS AUCUN PRÉTEXTE, MANQUER CETTE EXPOSITION !

Soyez vigilants,visiteurs intrépides, et gardez vos sens en éveil !

* LES GRIGRIS DE SOPHIE ET MARCEL STORR
                 ( cliquer sur le lien )

dimanche 5 février 2012

" MICHEL ANGE FACE AUX MURS " D'ARMAND FARRACHI



"Ainsi cédant à l'impérieuse volonté du Saint-Père, par contrainte et par obéissance, gémissant et furieux en lui -même , poussé par la nécessité de gagner son pain autant que par l'urgence de sauver son âme, tel le Christ supportant sa croix, lui, autoproclammé "homme vil, pauvre et fou", bourrelé par la gravelle, par l'insomnie et la mélancolie, menacé par les fièvres à cause des émanations délétères des maremmes, par le sac de soudards enragés de guerre et de carnage qui grondaient aux confins, prisonnier d'une ville aux remparts branlants et déjà livrée à la pâture des vaches comme au racolage des catins et des mercenaires, lui, Michel-Ange Buonarroti, délaissa encore une fois la gradine, le trépan et la râpe pour le pinceau et la brosse, accepta la commande du Jugement dernier, et prévint avec fermeté sinon avec arrogance qu'il y travaillerait seul, non parce qu'il gardait le souvenir des assistants chassés de divers chantiers et des scènes pénibles que ces renvois occasionnaient, mais parce que, ayant partout répandu le bruit qu'il était l'unique artisan du plafond, on ne manquerait pas d'attribuer cette assistance à une faiblesse s'il consentait d'être aidé pour le mur, ni de conclure que Buonarroti était en son déclin, homme fini, peintre incapable, impotent travaillant désormais avec des aides comme s'il marchait soutenu de béquilles... "

samedi 4 février 2012

LE LIVRE D'OR DE L'ABBE FOURE

Je suis heureuse de vous présenter aujourd'hui une information et des photos  données  par Madame Joëlle Jouneau, présidente de l'Association  "LES AMIS DE L'OEUVRE DE L'ABBE FOURE" ....




" Le livre d'or de L ABBÉ FOURE : seule preuve "vivante du passé" !
Ce document si précieux, donné à notre Association par la Famille de l'Abbé FOURE, exprime des témoignages étonnants et des éloges sincères, qui placent l'Abbé FOURE comme un véritable artiste, un homme généreux, avec beaucoup d'humour , de détermination et de loyauté.

Les enluminures présentes à l'intérieur symbolisent un talent incontestable par les couleurs et la calligraphie.

Lors de notre prochaine exposition, nous allons sensibiliser les habitants de PAIMPONT et des villages où l'ABBE FOURE a excercé son sacerdoce : MAXENT, GUIPRY, LANGOUET et son village natal : ST THUAL, pour les inviter à venir découvrir si des témoignages de leurs ancêtres ne figurent pas sur ce livre d'Or. Nous avons déjà fait cette démarche et nous avons découvert que les ancêtres de MR DE LA PAUMELIERE, propriétaire actuel des FORGES, avaient signé le livre d'OR.

Comme vous le voyez, la vie de L ABBE FOURE est riche, fournie et passionnante. "


* L'auteur des Rochers de Rothéneuf sera présenté sur le site historique des Forges de Paimpont du samedi 11 février au dimanche 11 mars 2012 .















Pour rencontrer des membres de l'Association
pendant l' exposition aux FORGES :
contactez Joëlle JOUNEAU au 06 12 35 14 89

ou par mail : joelle.jouneau@orange.fr



* LES ROCHERS DE L'ABBE FOURE ET LES GRIGRIS DE SOPHIE
( cliquer sur le lien)

vendredi 3 février 2012

EMBRYO A RHODES : LA BOUTIQUE DE GEORGIA

Coup de coeur cet été pour une petite boutique dans les rues de la vieille ville de Rhodes et le regret bien sûr de ne pas parler grec et de maîtriser si peu l'anglais .
Voilà j'ai découvert EMBRYO et GEORGIA , son sourire magnifique et sa générosité    !
Georgia s'est mise à peindre après la naissance de sa petite fille Rafailia et elle a eu raison.
On la sent heureuse de cette nouvelle vie .
Le  mari de Georgia est artiste lui aussi .
Au mur des tableaux de son beau-père Kokkimidis  (mais qui , hélas, n'étaient pas à vendre)  sont dignes d'attention.
Bref si vous allez à Rhodes flânez dans les ruelles jusqu'à découvrir ce petit magasin plein de charme et de bougies, de dorures et  d'icônes .                
                                                 


















Moi,j'ai choisi un tableau sur bois qui est depuis dans ma chambre et que j'aime totalement .

 

 

Embryo Work shop

Addresse: Nomos Dodekanisou, Rodos, Sofokleoys 12 Old Town




jeudi 2 février 2012

LA REVUE AUBUSCULE

Lors du week end chez Marie-Christine Bourven j'ai eu la joie de rencontrer Maud et Alex et de découvrir

LA REVUE AUBUSCULE .....

Au programme de cette revue originale et raffinée : sculpture, peinture, science, poésie, histoire, philosophie, cinéma, musique, entretiens, lectures....
C'est un concept unique, une présentation subtile et des heures de lectures réjouissantes en perspective !





Je laisse la place à Alex pour présenter cette revue :

" Fondée au printemps 2009 par le plasticien Laurent Hélie et le poète Ali H.,
la revue Aubuscule se veut éclectique, polymorphe, méditante plus encore que militante, ouverte sur l'incertitude humaine des heures de demi-jour. Elle accueille chaque année la production d'un nombre gradissant d'artistes, de chercheurs, d'inventeurs de tous les horizons de la pratique humaine, et s'attache à rassembler, à faire se rencontrer et à faire partager un large éventail de la sensibilité contemporaine, ou parfois plus ancienne, ancestrale, même primitive.

Produite avec des moyens artisanaux qui marient le savoir-faire local et minutieux aux technologies de la publication et de la diffusion de l'ère informatisée de nos mass media, son espoir, et peut-être sa singularité, est d'être une revue relais : relais entre les artistes et le public qui vient se prêter au renouvellement de sa sensibilité par leur soin ; relais entre les contributeurs de disciplines différentes ou voisines qui souvent s'ignorent, enfouis qu'ils sont dans leur ouvrage et trop occupés à obtenir solitairement une reconnaissance durement monnayée par le grand marché culturel ; mais surtout relais au sens d'une revue qui passe de mains en mains et change de comité de rédaction à chaque numéro.

Sa seule chance de survie : trouver chaque année une nouvelle équipe éditoriale prête à porter un nouvel opuscule, depuis l'invitation et le recrutement des contributeurs, jusqu'à la diffusion, en passant par la maquette, l'impression, la reliure, les services de presse, etc...

En 2011, à l'occasion de la troisième édition, c'est ingens qui s'est proposée pour reprendre ce flambeau incertain qu'on tend entre chien et loup pour discerner la profusion qui gît frémissante dans le petit jour de notre époque. Tout en gardant le format qui a fait son identité matérielle (18 x 14.85), nous avons refondu la maquette pour renoncer à la reliure classique et prendre l'option de la pochette surprise. Rassemblant un dossier de folios autonomes par contributeur (une quinzaine d'auteurs pour cette fois), auxquels viennent s'ajouter 4 cartes postales, 4 marque-pages et 4 liasses de citations à déguster parmi une sélection par les participants (dans le but affiché de réduire le gaspillage et les pertes de papier liés à la fabrication et au format initial de la revue), la principale innovation de ce numéro 3 est l'ajout d'un CD-Rom qui nous a permis de diffuser le travail de musiciens, de cinéastes, des interviews audio et des diaporamas."








* Vous pouvez commander des exemplaires auprès d'Ingens pour la somme de 10 euros.
Paiement par chèque à l'ordre de l'association ingens.
Paiement par virement européen : BIC IBAN

Adresse : Ingens - 26, rue Rivart-Prophétie - 51100 REIMS (France)
courriel : ingens.asso@gmail.com


A DÉCOUVRIR ABSOLUMENT !!!!
A S'OFFRIR OU OFFRIR !