Les Grigris de Sophie ce sont bien sûr des broches, des colliers et des sacs … mais c’est aussi un blog !

Les Grigris de Sophie ce sont bien sûr des broches, des colliers et des sacs …

Mais c’est aussi un blog ! Un blog dans lequel je parle de CEUX et de CE que j’aime …
HHHHHHHHHHHHHHHHHHHH
Vous trouverez ici des artistes, des lieux insolites, des recettes, des films, des expositions, des musiques, des spectacles, des photographies d’amis ….
Tout ce qui rend la vie meilleure, tout ce qui rend ma vie meilleure !

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jeudi 25 juillet 2013

MOSTAFA ASSADEDDINE PEINTRE A ESSAOUIRA

 
Rencontre prés du port à Essaouira ...

Le peintre MOSTAFA ASSADEDDINE propose ses tableaux et présente des catalogues où l'on parle de lui et de ses nombreuses expositions au Maroc bien sûr mais aussi en France, à Banne en Ardèche par exemple  ... 
 
 





"Né en 1957 à Casablanca.Vit et travaille à Essaouira.
Depuis 1994 : plusieurs expositions collectives au Maroc et à l’étranger.
1er prix du Festival de l’Etrange 2009, Essaouira.
La transe, les rites et le cérémonies des confréries Gnaoua, ces descendants d’esclaves africains, sont fortement représentées dans l’oeuvre de Assadeddine . Les personnages sont rarement solitaires, le plus souvent en couple complètement identiques, étonnante dualité, le corps et l’âme. L’artiste œuvre avec infiniment de patience et couvre la surface de ses toiles d’une infinité de points qui nous rappelle le pointillisme utilisé dans certaines cultures primitives comme les aborigènes."









 
" Les œuvres de Assadeddine sont apparentées aux œuvres des artistes issus de la diaspora noire transportées outre atlantique aux iles caraïbes et à Haïti, là où les peintres de vaudou et de macumba sont, comme lui inspirés par le surnaturel et les traditions africaines . L'Afrique et la transe sont fortement représentées dans ses tableaux par des éléments de la magie africaine et sud américaine. Masques, lézards, serpents, caméléons ... sont partout présents dans ses créations de transe rituelle, comme chez d'autres artistes d'Essaouira .
Les yeux sont dispersés comme des ampoules qui éclairent les compositions. Un bestiaire exotique est aussi représenté dans l’œuvre de Assadeddine. On voit notamment des perroquets, des panthères, des hippopotames et d'autres zoomorphes indéfinissables. Sa spécificité est d'insérer des images à l'intérieur des images , parfois en superposition et parfois comme une sorte de puzzle où l'extravagance est de mise . La singularité de cet artiste est en outre dans sa technique : il applique d'abord sur la surface des milliers de petits points qui se relient entre eux pour former des images, réseaux infinis de sentiers entrelacés, personnages astucieusement imbriqués dont les formes ne se découvrent que peu à peu .
Une œuvre de patience, surréaliste, magique et profondément africaine ."









 " Depuis sa plus tendre enfance,MOSTAFA ASSADEDDINE aime dessiner.
 Mais c'est en 1995 qu'il entre véritablement en peinture. Il a alors 38 ans.
Son monde pictural est peuplé d'animaux, de motifs  végétaux et de personnages cernés d'un trait épais qui sont au centre de ses toiles.
Personnages au graphisme naïf et simplifié qui seraient les proches parents de ceux representés dans les tableaux des Caraïbes .
Mais par sa manière de remplir ses œuvres de petits signes en forme de pois, de fleurs, d'étoiles, ces peintures rappellent le pointillisme utilisé dans certaines cultures primitives, comme  les aborigènes d'Australie.
Dans ses créations l'artiste développe une zoologie tout à fait personnelle, les chats voisinent avec les serpents, les perroquets sympathisent avec les poissons et de tout cela se dégage beaucoup de poésie, une harmonie des teintes vives où les bruns et les verts dominent et une certaine spiritualité ."
Danielle Labit 
 







 MOSTAFA ASSADEDDINE

UN ARTISTE ANCRÉ DANS « SA » TRADITION ET NÉANMOINS HORS DU TEMPS.


  Vivant à Essaouira, village à vocation agricole et port de pêche, carrefour des grandes religions implantées aux côtés d’autres plus intimistes et coutumières ; Mostafa Assadeddine a su demeurer indifférent aux mutations sociales et artistiques issues de tous les horizons ; trouver dans les profondeurs de son environnement séculaire, un langage pictural inspiré de la culture vaudoue, qui constitue la forme, le fond et l’esprit de ses œuvres. Ainsi, chacun de ses personnages, homme hiératique ou femme compassée, assis comme sur un trône, est-il, dans sa silhouette, d’apparence tout à fait « normale »… Mais ses bras sont des serpents, sa cravate ou son nez sont des poissons… Ce qui n’empêche pas une femme de tenir un chat blotti dans son giron ; un homme de jouer de la guitare ; un autre de laisser sur ses genoux se percher des oiseaux… Tranquille association du quotidien et du fantasme personnel de l’artiste ? Illusion ! Car, dans les cheveux indisciplinés ou la calotte de celui-ci, dans le bas du visage d’un autre, dans les replis de son sarouel… se logent des êtres minuscules, dont la présence sans logique apparente, perturbe consciemment ou non le spectateur. Pris au dépourvu, celui-ci se demande si ces sortes d’incubes insérés de façon apparemment aléatoire dans le bel ordonnancement du tableau, ont vocation pernicieuse, ou au contraire celle d’étendre sur la scène, leur protection tutélaire ? D’autant, qu’à considérer les larges yeux vitreux de l’individu central il se rend vite compte que ce personnage ne le regarde pas, qu’il est totalement introverti, plongé dans « SON » monde étrange et éminemment secret.

  Pas de contexte, d’ailleurs, susceptible de situer les individus nés sous le pinceau de Mostafa Assadeddine : ses personnages sont placés (et c’est sans doute cette récurrence qui le rapproche des peintres du Saint-Soleil ou de l’Art brut) à l’avant-plan d’une multitude d’entrelacs imperceptibles, infimes ponctuations, géométries ténues, zoomorphies miniaturisées…

  Tous éléments qui confirment, au fil du temps, que l’artiste a préservé son identité culturelle, son intense créativité originale, son inspiration issue d’un quotidien ancestral revisité… Qu’il a généré, en somme, hors de toute orthodoxie et de tout apport allogène, un univers pictural mystique, à la fois posé et exubérant. Richement coloré aussi, de sorte qu’à l’instar de ce qu’écrivait Cérès Franco à propos de Chaïbia, il puisse être défini comme celui « qui fait chanter les couleurs du Maroc ».

Jeanine Rivais  

 

CE TEXTE A ÉTÉ ÉCRIT EN 2008, POUR LE CATALOGUE "BANN'ART ART SINGULIER, ART D'AUJOURD'HUI.



 Mon tableau ...





Le site de Jeanine Rivais 

(cliquer sur le lien) 
 
 



 
" La dame de Mogador a une plume dans la tête, Faut pas vous étonner si ses idées s'envolent ".
 







Pour Jean-Luc ...


mercredi 24 juillet 2013

UN CATALOGUE GASTON CHAISSAC





Serge m'a prêté un bel ouvrage,  un catalogue de 1998, avec des œuvres que je ne connaissais 
pas ...






  "Mes préférences vont d’emblée à la peinture rustique moderne. Peintre de village, je lui reste fidèle, trop sûr de faire fausse route si je cherchais à peindre à la façon des artistes peintres des capitales et sous-préfectures.
Nous autres les ruraux de 1946, nous n’avons plus les préjugés d’hier, nous avons évolué et pouvons sans crainte faire des créations à notre idée, insouciants de ce qu’en penseront les bourgeois et d’autres.
Dans nos campagnes désertes, rien n’interrompt la méditation si nécessaire avant toute création artistique, et nous ne recevons que de bien faibles échos de ce qu’on peint dans les cités prestigieuses.
Quant à la vie moins intellectuelle et plus saine qui est la nôtre, elle favorise l’éclosion de nos créations. N’ayant nul besoin du dessin et de la palette des autres, oubliant l’univers et travaillant sans autre souci que de progresser d’une façon continue jusqu’à notre mort, les nouveautés nous appartiennent, il n’y a qu’à ramasser. Sur divers sentiers suivis au cours de mes recherches, j’ai trouvé les bouquets, masques, portraits, etc. que je peux dire miens. Demain s’ajouteront à ma collection d’autres choses autant miennes.
Sans gestes théâtraux, ni mise en scène phénoménale, il n’y a qu’à parcourir certaines pistes qu’on reconnaît bien vite quoique à peine visibles et on en revient avec des richesses pour son pays, pour la terre entière.
Ma peinture rustique moderne est encore assez pauvre, mais, dans une vingtaine d’années, j’espère qu’elle sera riche, presque autant que la terre." 


 La "Peinture Rustique Moderne" par Gaston Chaissac . 1946
















"Gaston Chaissac est né en 1910 à Avallon, dans une famille modeste, et d'un père cordonnier, qui abandonne très tôt le foyer. Rien ne le prédestinait à devenir artiste, peintre et écrivain. De santé précaire, sans diplôme, il avait décidé de faire le métier de son père, et se passionnait pour le dessin  tout en rêvant un jour de devenir écrivain.
Plusieurs années plus tard, il disait de lui : « Sans doute ai-je l'âme très proche des artistes de cirque qui, comme moi, savent à peine écrire et ne sont instruits que par ce qu'ils ont vu » .



En 1936, établi à Paris comme cordonnier, il rencontre par hasard le peintre Otto Freundlich, qui l'encourage à dessiner et lui prodigue ses conseils.
Atteint d'une tuberculose, entre 1938 et 1942, il erre dans différents sanatorium, tout en affirmant son langage esthétique au travers les gouaches et les dessins qu'il réalise durant cette période  : éléments animaux végétaux, humains s'entremêlent dans des formes imbriquées soulignées par un contour noir et dans des couleurs vives et contrastées .
A l'occasion d'un travail qu'il trouve chez un bourrelier à à St Rémy de Provence, il rencontre Albert Gleizes ainsi que André Lhôte, Aimé Maeght, et le sculpteur architecte André Bloc.



A la fin de 1942, Chaissac se marie avec Camille Guibert, et s'installe dans un village en Vendée où sa femme est institutrice. C'est dans un isolement total qu'il dessine surtout, mais qu'il découvre aussi la peinture à l'huile et qu'il peint sur de multiples supports une "peinture rustique moderne" disait-il.
Il noue alors des relations avec Jean Dubuffet très proche de lui dans sa conception de l'"Art Brut", selon une notion pour lui qui consiste à peindre hors de tout référent culturel ou artistique, en rupture totale avec ce qui s'était  fait en peinture jusque là. Gaston Chaissac y voit des coïncidences avec sa propre conception d'un art délivré de la tradition, et d'un art rural et rustique  opposé à l'art citadin. Il  peint   par exemple à cette époque  le " Samouraï "  dont il dit à Dubuffet qu'il est la parfaite concrétisation de sa manière de travailler et de voir l'art.
Sur ces idées, Ils parviennent ensemble à participer à une première exposition d' "Art Brut" chez Drouin en 1949.




De 1942 à 1950 Gaston Chaissac est entré dans une période de recherches intenses. L'enthousiasme qu’il retire du contact et des échanges de correspondance avec Jean Dubuffet et  la découverte de l’Art Brut, si proche de ses préoccupations, le poussent à rechercher davantage des formes d’expression en marge de  la tradition et de l’art intellectuel. Son travail  est à la fois proche de l’écriture automatique par l’assemblage d’éléments totalement divers et en même temps proche du dessin d’enfant par son aspect trés coloré et naïf.  Ainsi " Le Samouraï " ou "Deux personnages sur fond gris", de 1947 et de 1949, s’organisent   autour de la notion de masque, qui demeure un thème récurrent dans son oeuvre. Les visages, sont des masques colorés qui s’inscrivent dans un fonds vivement coloré.  La technique du traitement par aplats des couleurs renforce l’impression d’un  jeu de formes et préfigure ce que sera le travail abstrait de l'artiste dans les années qui suivront et jusqu'à son dernier jour.


A partir de la fin des années 50, les points de vue des deux peintres divergent. Dubuffet  considère l'Art Brut comme toute forme d'expression de caractère spontané et inventif en marge totale des standards de l'art et ayant pour auteur des personnes hors des milieux artistiques.
Chaissac quant à lui, a noué des contacts avec Raymond Queneau, Jean Paulhan, Jakovsky et le romancier vendéen Michel Ragon, qui est l'un des premiers critiques d'art à prendre son œuvre au sérieux.
Il réalise des peintures murales éphémères, utilise des assemblages de matériaux divers sur lesquels il peint, réalise des empreintes, des graffitis, des collages à partir de dessins d'enfants.



De temps à autres apparaissent des visages, des masques, parmi des motifs abstraits, mais aussi des séries avec de fleurs, des animaux, des serpents.
Cette démarche diffère en ce qu'elle est  moins intellectuelle que celle de Dubuffet : des objets de rebuts, des déchets, des pierres sont les supports de la peinture de Chaissac, qui ne reste pas cantonné dans le support de la toile.
Gaston Chaissac parvient à exposer une nouvelle fois en 1961 à la Galerie Iris Clerc, protectrice des "Nouveaux Réalistes", laquelle trouve dans ses assemblages d'objets et dans ses cailloux peints un lien de parenté avec sa perception d'un art nouveau




Dans les années qui suivent, jusqu'à sa mort en 1964 à l'hôpital de La Roche-sur-Yon, Chaissac se consacre à la réalisation de collages de papier de tapisseries découpés en de vastes compositions avec ou sans personnages.
Il faudra attendre près de dix ans pour que le Musée National d'Art Moderne organise en 1973 une première exposition de ses œuvres et que Chaissac soit reconnu pour un artiste à part entière".

Le Monde des Arts







mardi 23 juillet 2013

PIERRE ALBASSER ET LES COSAQUES



 J'ai reçu une petite merveille ! Un mini-livre très charmant !
Merci à Pierre et Geha pour cette attention ! 
Longue vie aux singuliers dessins de Pierre ! 

les cosaques ?
ils sont féroces
P. Albasser










 " La petite histoire des " éditions banales"

" Elles sont nées en 2002 à Lagord, près de La Rochelle, au 6 rue du four banal où nous habitions alors ainsi que beaucoup de ... termites .

Geha, mon épouse , a souhaité mettre en valeur mes mini dessins qui s'accumulent au fil du temps et se prêtent bien à de petites séries.

Elle les marie avec des titres questions-réponses qu'elle a en réserve . Dans ce but et régulièrement il m'est demandé "qu'en penses-tu ... ? "

Enfin Geha se charge, avec beaucoup de soin et de patience, de toute la partie matérielle et donc du choix du format (il y en a deux), des couleurs et des papiers. Souvent une petite fenêtre au revers dans un volet de pliage montre que le dessin a été fait sur du carton d'emballage, suivant ma pratique habituelle . Je contribue simplement en traçant mes initiales sur la couverture .

C'est à chaque fois un exemplaire unique ."



PIERRE ALBASSER ET LES GRIGRIS DE SOPHIE

(cliquer sur le lien)

lundi 22 juillet 2013

" DIX REVES DE PIERRE" DE BLANDINE LE CALLET


" Certaines inscriptions funéraires possèdent un singulier pouvoir d'évocation ; leur lecture fait surgir le fantôme de personnes disparues depuis parfois des siècles.
Blandine Le Callet réunit dans ce recueil des épitaphes authentiques, à partir desquelles elle imagine les dernières heures, les derniers jours ou les derniers mois du défunt. Elle ressuscite un jeune esclave à qui l'on vient d'offrir sa liberté, un philanthrope piégé dans l'étouffant huis clos d'un bordel parisien, deux êtres unis par un amour hors norme en route vers leur destin, une vieille dame acariâtre rédigeant son testament, et bien d'autres encore...
Dix destins arrêtés par des morts douces ou violentes, subites ou prévisibles, solitaires ou collectives.
Dix nouvelles tour à tour poétiques, féroces, tendres, dramatiques, nostalgiques ou grinçantes, dépeignant une humanité toujours assaillie par les mêmes passions, les mêmes peurs et les mêmes espoirs.
Dix «rêves de pierre» pour conjurer l'oubli."

Blandine Le Callet - Dix rêves de pierre


"Dix rêves de pierre n'est pas un roman mais un recueil de dix nouvelles. Je n'ai pas l'habitude de lire ce genre littéraire, à part dans les livres de Philippe Delerm, bien entendu. J'ai été attirée par ce livre pour son auteure mais aussi pour son sujet original. A partir d'épitaphes découvertes dans des musées, dans des livres ou au gré de ses promenades, Blandine Le Callet imagine ce qu'ont du être les derniers instants de vie de ces personnes décédées.
On pourrait croire que ce livre est empreint de tristesse et de nostalgie, mais il n'en est rien. Dès le début de la lecture, je me suis attachée aux personnages dont les histoires sont tour à tour émouvantes, tragiques, poétiques ou ironiques parfois. On retrouve dans ce livre le don de Blandine Le Callet, comme dans Une pièce montée, d'imaginer et de raconter en quelques pages une tranche de vie de personnages aussi attachants qu'émouvants. A peine la lecture d'une nouvelle terminée que l'on a hâte de découvrir la suivante.
Les épitaphes sont placées à la fin de chaque nouvelle et sont présentées par ordre chronologique. Ce livre nous fait ainsi traverser les époques, de celle gallo-romaine à aujourd'hui, en passant par le Moyen-Age, la Renaissance et le XIXème siècle. Toutes les inscriptions funéraires sont authentiques et j'ai beaucoup apprécié la postface de l'auteure qui nous explique les contextes de leurs découvertes et les recherches qu'elle a pu faire afin de créer les histoires et les personnages."



... "- Mon grand-père, il ne parlait pas beaucoup. Il était toujours sombre et grave. Je crois que c'était à cause de la guerre; il ne s'en était pas remis.
Son père s'est arrêté un moment, a souri avec mélancolie, avant de murmurer :
- Mon grand-père, c'était un géant. Immense, il était. Je me souviens, il dépassait tout le monde. Et ses mains aussi étaient immenses, des mains d'ouvrier, très larges, et d'une force incroyable. Quand j'étais gosse, j'étais fasciné par ses mains, cette force. On passait beaucoup de temps ensemble, lui et moi. Mais jamais il ne m'a parlé du passé. Juste une fois.
- Qu'est-ce qu'il t'a raconté ?
-Un souvenir de guerre, terrible .
Il a marqué une pause. Elle a senti qu'il hésitait, comme s'il regrettait d'en avoir trop dit.
-Papa ...
-Oui, oui, a fait son père. Laisse moi juste le temps de ...
Il a fermé les yeux, un bref instant , puis d'une voix très basse, étrangement profonde, qu'elle ne lui connaissait pas :
-Un jour, durant la guerre, il a livré un combat au corps à corps avec un soldat allemand, dans une tranchée. L’Allemand, c'était un jeune, comme lui. Ils ont roulé tous les deux dans la boue, et mon grand-père , pour s'en sortir, eh bien, il a été obligé de ... d'étrangler le soldat à mains nues. Il a appuyé ses pouces de chaque côté de la trachée, de toutes ses forces, jusqu'à ce que ... Voilà. A la fin, mon grand_père m'a dit : jamais je n'oublierai son visage. Même maintenant, plus de quarante ans après , je le vois. Il ne l'avait jamais dit à personne. J'avais dix ans, et je m'en souviens comme si c'était hier. Après, je n'ai jamais pu regarder les mains de mon grand-père sans penser à ce soldat qu'il avait étranglé . Parfois, je me dis qu'il m'a  raconté cette histoire parce qu’il ne voulait pas que j'admire trop sa force. Ou alors il voulait qu'on soit deux à penser à ce soldat allemand qu'il avait tué dans la tranchée , parce que, peut être, pour lui tout seul, ça devenait trop lourd. Je ne sais pas ..." 


L'ARTICLE LU DANS"LE JOYEUX BAZAR" 


dimanche 21 juillet 2013

PHILIPPE LEMAIRE ET SES COLLAGES





QUELQUES MOTS SUR MES COLLAGES ... par Philippe Lemaire



J’ai commencé à réaliser des collages en 1977, une époque où j’avais beaucoup de temps pour « bricoler » (lire, écrire, etc…) car j’étais pion. Je connaissais évidemment un peu ce qu’avaient fait des gens comme Ernst ou Prévert, mais on trouvait aussi à l’époque des collages ou des montages dans une revue comme « Lui ». Le résultat me plaisait bien, avec plein de filles dans des décors plus ou moins fantastiques. L’envie de réaliser moi-même des collages m’est venue après une visite chez une amie (Muriel). Dans sa maison de Motteville, quelques collages étaient affichés sur les murs. On voyait des visages où des séries d’yeux, découpés dans les magazines, étaient montés à l’envers. Le résultat était plutôt laid, mais assez frappant. Je me suis dit que je pourrais facilement faire mieux.

Mes premiers collages ont été réalisés sur un cahier (du genre cahier de texte) dans lequel je notais mes lectures et où j’accumulais images et articles découpés dans les journaux. Un livre-grenier, en quelque sorte, réalisé à mon seul usage. Après avoir réalisé un de mes premiers collages de cette façon, j’ai eu envie de le montrer un peu et je l’ai donc sorti du cahier. Par la suite, tous mes collages ont été réalisés à part, et au début, collés sur feuille de papier Canson. La couleur de la feuille cartonnée servait à mettre en valeur celles du collage lui-même. J’aimais aussi coller sur les images des morceaux de texte découpés dans les journaux, cela donnait des petits poèmes : « Un sourire, une mitrailleuse pour séduire » ; « Un homme découvert sous l’empreinte des montées et des descentes des femmes du désespoir »… Tout cela était tout à fait artisanal et bricolé : la colle forte utilisée gondolait le papier et laissait des traces.

Exposer mes collages n’a jamais été une préoccupation, ces images étaient réalisées avant tout pour moi-même. J’aimais (et j’aime toujours) réaliser pour mon propre émerveillement des images que personne n’a encore jamais vues. Cette activité était un de mes jardins secrets, impliqué que j’étais dans des activités beaucoup plus sérieuses consistant à changer le monde. D’ailleurs, mes amies féministes révolutionnaires se montraient parfois choquées des collages qu’elles voyaient exposés au mur de l’appartement. Tout cela n’était pas très politiquement correct. L’image de l’homme public et celles de l’homme privé ne coïncidaient pas. Je suppose que cela était mis au compte du fait que « l’homme nouveau » n’était pas encore totalement libéré de la vieille culture machiste… Je me rattrapais en faisant la promotion des « Cahiers du féminisme ».
La première exposition de mes collages a eu lieu en 1988 dans un restaurant situé près de la Porte de Gand à Lille , « Les années déclic ». L’établissement était tenu par des amis qui venaient de créer leur entreprise, le lieu était sympa… Au vernissage, un invité m’a fait remarquer qu’on voyait que j’aimais bien les femmes. J’ai remarqué, de mon côté, que les femmes appréciaient en général mieux mes collages que les hommes, qui n’y voient que l’érotisme le plus évident. Quelqu’un m’a même dit un jour (pour me taquiner) : « Faire un collage, c’est facile. Tu mets une femme nue et puis c’est tout… ». Après cette expo, une galiériste m’avait mis un petit mot en m’invitant à la contacter pour exposer. Je ne lui ai jamais répondu. Je n’avais aucune envie, ni de jouer à l’artiste, ni de vendre aucun des mes collages.
Une autre exposition a eu lieu en 1992 dans un autre endroit sympa de Lille, le magasin de disques « La boucherie moderne ». A l’époque, j’animais à la fois le fanzine et l’émission « Staccato » sur RCV. Les collages apparaissaient dans le fanzine et j’avais conçu l’expo comme une des facettes de la « Fiesta RCV », une série d’initiatives pour promouvoir la radio rock de Lille. Un jour, j’ai eu l’occasion d’y amener une de mes idoles, le poète mauvaise tête de l’underground new-yorkais qui hurlait « I belong to the blank generation » en 1977 (« j’appartiens à la génération vide »). Richard Hell était à Lille pour un mini-concert de promotion de son album « Dim Stars ». Il avait remisé sa poésie dans son sac à dos et faisait la gueule à l’attaché de presse de New Rose. Il a fait le tour de l’expo en moins d’une minute et a eu le seul mot sympa de l’heure et demie que nous avons passés ensemble : « J’aime bien ». Kill your idols ! Pour le reste, mes collages sont apparus dans quelques endroits, quelques revues (le tout, rares). Je suis particulièrement fier qu’ils apparaissent dans « L’igloo dans la dune », pour le plaisir des 31 abonnés de la revue. Par sa simplicité d’accès, la technique du collage m’est toujours apparue comme la meilleure façon possible de donner raison au propos de Lautréamont : « La poésie doit être faite par tous. Non par un ». Le collage est pour moi la façon la plus immédiate, la plus évidente, d’accéder à la poésie : jouer avec les images, éparpiller les pièces du monde et les remonter à ma façon. On peut jouer avec les papiers découpés ou déchirés comme on joue avec les mots. Le plaisir est de jouer avec les images en les découpant, en les déchirant, en les combinant dans un ordre différent de l’ordre logique et qui sera pour une part le fruit du hasard, et pour une autre, celui de la recherche semi-consciente d’une image encore jamais vue dont la première qualité sera de m’étonner, d’ouvrir la porte d’un continent intérieur encore inexploré.  On peut faire ce qu’on veut avec les images comme avec les mots : ajouter, remplacer, retirer, se laisser surprendre par le rapprochement de deux images, y revenir, modifier encore. Gommer le défaut ou l’utiliser, exactement comme les peintres de Lascaux jouaient avec les aspérités des parois de la caverne pour dessiner leurs scènes fantastiques et créer de la magie.
En général, je travaille sans idée préconçue. Je cherche à éviter d’utiliser la technique du collage pré-construit, monté sur rail, qui va se développer de manière prévisible sur la base d’une idée pré-existante. (« A quoi sert-il de faire quelque chose si on connaît le résultat à l’avance ? » : O.K. Picasso). Le collage-détournement à la mode situationniste ne m’intéresse pas davantage, sauf à titre de pur amusement. La négation dadaïste a ses limites, depuis longtemps explorées. L’inversion des valeurs et de tous les termes habituellement utilisés me semble un jeu trop facile. « Mettre la révolution au service de la poésie » plutôt que « la poésie au service de la révolution » par exemple, ne permet pas de sortir d’un mode de pensée binaire, encore moins de constituer un projet acceptable. Entre les deux termes de l’alternative, je préfère le troisième. Ce que j’aime, c’est rapprocher les images et voir si elles commencent à me parler. Ensuite, on s’arrange. Collage pulsionnel donc, où deux moments sont particulièrement excitants : celui où l’idée prend forme, moment intense du « décollage du collage ». Et celui où, le collage déjà construit, il reste le plaisir de le fignoler, d’en faire une image parfaite à mes yeux. Grand moment de poésie qui parfois, me donne aussi envie d’écrire les histoires qui n’existent pas que racontent ces images. « Quand je fais des papiers déchirés, je suis heureux » (Jean Arp, moi aussi).
Au fil du temps, mes petits tableaux, directement en prise sur l’Eros, sont devenus plus complexes et mes exigences plus fortes. L’inconvénient de la démarche purement pulsionnelle était que les collage pleinement réussis à mes yeux étaient finalement peu nombreux. À force de « peaufiner » une même image, je finis par passer trop de temps dessus et finalement, l’intervention de la surprise et du hasard a tendance à se raréfier ; je tombe dans une ornière que je voulais éviter. Le fait de montrer un peu mes collages (peut-être trop peu ?) m’a fait prendre conscience du fait que s’ils me parlaient à moi d’une certaine façon, ils parlaient différemment à chacun et à chacune. J’ai été frappé de constater comme les goûts exprimés pour mes collages étaient différents d’une personne à l’autre. « C’est du spectateur et non de la vie que l’art est en fait le miroir » remarquait Oscar Wilde. Début de dialogue direct avec l’inconscient, c’est intéressant. J’adopte aujourd’hui une nouvelle approche, dans le prolongement de la précédente, qui consiste à produire quoi qu’il arrive dans les moments que je peux consacrer aux collages. Il m’arrive d’entamer plusieurs collages simultanément, de tenter des rapprochements d’images dans des espaces et des directions différentes, et c’est très productif. Chaque collage peut avancer de son côté, les résultats sont inégaux, mais ont le mérite d’être là. Un phénomène curieux se produit : un premier collage réalisé selon cette technique peut être assez banal, le suivant est plus intéressant, et le dernier est souvent le meilleur. La « mise en état poétique » apparaît alors comme un entraînement qui génère lui-même son propre approfondissement, à la manière du « dérèglement de tous les sens » dont parlait Rimbaud. Il faut « coller quand le feu est en soi » (je paraphrase Thoreau à propos de l’écriture).

Face aux modes de penser et de voir habituellement convenus, le collage est pour moi une ouverture directe sur le désordre et la complexité du monde. J’arrache des petits bouts au réel – les images, les photos sur lesquels je travaille – pour les reconstruire, constituer l’album merveilleux de ce que j’ai envie de garder du monde. Les revues et les catalogues en couleur imprimés sur papier glacé sont mes mines d’or et les pépites de papier que j’en extrais me servent à construire des clés pour ouvrir les portes de l’imaginaire. 



(cliquer sur le lien)




vendredi 19 juillet 2013

CHRISTIAN BOBIN AU JARDIN D'HELENE ...


Lu et aimé sur le blog d'Hélène cette phrase de Christian Bobin





"Ce que j'aime chez une personne, ce n'est pas sa beauté, sa richesse ou son intelligence,
c'est la profondeur du lien qu'elle a su nouer avec la vie"



LE SITE D'HELENE

(cliquer sur le lien)


jeudi 18 juillet 2013

MARC GERENTON ET CLOTILDE POTRON A AVALLON

Un mail est arrivé !
Une alléchante proposition de Marie-José Degrelle :


" Que diriez-vous d’un petit week-end à Avallon, charmante ville touristique de Bourgogne, tout près de Vézelay, où l’on boit du très bon vin et où l’on voit de belles expositions ?
Nous vous invitons Marc Gérenton et moi-même à un très convivial vernissage dans un beau lieu, Salles St Pierre et la Fabrique dans le quartier historique d’Avallon
le samedi 22 juin 2013 à 17h30
Vous pourrez également voir pour la première fois réunies en un même lieu, L’Abattoir, toutes les grandes fresques au fusain de Clotilde.
Pour de plus amples renseignements n’hésitez pas à m’appeler ! 
06 71 92 15 22"

Pour le vernissage bien sûr c'est trop tard mais ces deux expositions me tentent beaucoup !





" La Ville d’Avallon a proposé à une jeune artiste Clotilde Potron d’accrocher ses œuvres aux anciens abattoirs jusqu’au 25 août.
L’exposition intitulée “Fresques et Fusains” présente la vision du monde sans concession de cette artiste âgée de 27 ans : « Dessiner c’est aussi une façon directe et spontanée de penser. C’est réfléchir autrement, pour mettre en lumière les choses réelles de la vie et du monde que j’observe. Ce monde actuel est pour moi tragique. Depuis Sophocle en passant par Nietzsche, la question du sens tragique est constamment présente. Cette question est centrale dans mon travail ».
Clotilde Potron met en scène sur de grandes toiles le monde actuel, tragique ; l’homme dans son milieu urbain ; un monde grouillant cruel et indifférent.

Exposition visible aux anciens abattoirs d’Avallon, tous les jours sauf le lundi de 10 heures à midi et de 14 heures à 18 h 30. Entrée libre et ­gratuite.









(les photos appartiennent à l'artiste et ne sont pas libres de droit) 


Et MARC GERENTON



Sculptures
Saint-Pierre Et La Fabrique
Ville d'Avallon
Ouvert tous les jours sauf le mardi de 10h à 12h30 et de 14h30 à 18h30