"Faire une expo du travail de GOBBÉ c’est comme se mettre à table.
Je parle pas de s’mettre à table comme dans les films de flics avec la lampe dans les miros et les
claques dans la gueule, mais la table avec Blier, Lio Ventura, Gabin et compagnie, (
ICI) – j’vous conseille la voyure de ce p’tit film illustrateur, ça donne faim.
Donc, mettre les œuvres de GOBBÉ sur le mur c’est comme mettre la table.
Qu’est-ce qu’on mange ?
« Bah non, Serge, pas tout ça, y en a de trop, c’est tout petit ici, une sorte de guéridon, un truc pour jouer au bridge – m’ouais, t’as raison pour le bridge, pour casser la croûte faut un bridge si besoin, mais quand même, y en a trop !!! »
Faut choisir. Mais quoi écarter de ce mezzé grandissime. Même dans la « Grande Bouffe » la Table est joliment dressée et les mets apprêtés.
Trop, ça oblige à tasser, à empiler, à oublier la narration, celle qui guide l’envie de croquer, de lécher, de sucer, de mâcher, de grumer, d’avaler …
Ah, Serge, comment mettre de côté ce dessin et laisser cette peinture si forte qu’elle seule mériterait le mur complet.
GOBBÉ ! Quel nom à ouvrir la bouche pour avaler l’Univers, ou du moins ce qui peut s’y manger.
On prêtant que ce nom fut donné, à l’origine, pour dire d’un homme sa suffisance. GOBBÉ suffisant ? GOBBÉ est tout sauf un suffisant – en deux mots, car en un mot il ne l’est pas non plus insuffisant tel que certains critiquent ce qu’ils pensent de sa part être une démesure. Certes c’est un phraseur du pinceau, un emplâtreur quasi haut du relief, un rajouteur tenté par l’abondance, mais du genre à planter un arbre pour cacher la forêt de ses émotions. Alors un Matamore ? Pourquoi pas, il en évoque le jeu et comme lui, GOBBÉ est un tendre qui se protège de doute en pirouettant pour s’en imposer à lui-même.
On pourrait dire de Serge, en le voyant marcher vers nous, le buste incliné vers l’avant, les bras écartés à la manière d’un catcheur prêt à l’enveloppement, qu’il cherche le combat. En fait, il marche comme un cuisinier portant une lourde charge qu’il espère estimée et prête à être dévorée.
La peinture de GOBBÉ exprime bien ce paradoxe de l’intimité flambardisées – que je crois un peu voulue. En effet, comment mieux cacher ce que l’on a envie de dire ou de montrer qu’en l’habillant d’une extrême ostentation ?
N'allez pas croire à une éventuelle fourberie de sa part mais chaussez l’idée de la pudeur, de cette pudeur profonde à ne pas confondre avec une pudibonderie de bas étage et de genoux cailleux. GOBBÉ est plus proche de Rabelais que des fonds baptismaux, ce qui ne l’empêche nullement de croire au sacré de l’âme humaine, à la main tendue aux frères de Villon qui sont aussi les siens et pour certains d’entre nous les nôtres et à la compassion et au partage.
On a déjà Saint Gobain, on se passera de Saint GOBBÉ et du « peignez pour nous ». Ce que son pinceau raconte nécessite qu’on s’y penche et que l’on noue avec lui le discours nécessaire pour s’y alimenter.
GOBBÉ peint avant tout pour lui. Ça nous plait ? tant mieux !. Ce qui ne l’empêchera pas d’avoir la déception de l’incompréhension si nous passons devant son travail sans même le voir ou simplement attaché qu’à sa forme.
Il y a des fromages dont l’odeur intimide. Le trancher n’est pas simple, mais une fois tartiné ….. Et bah GOBBÉ c’est un peu ça !"
JUSQU'AU 28 FÉVRIER
J'ai eu la chance de rendre visite à Pierre en décembre et de découvrir deux artistes que je ne connaissais pas. Alors pour mémoire et pour le plaisir quelques photos des œuvres de Marina Le Gall et de Anca Branzas.
Quelques gros plans ...




"À la Galerie 75, l’exposition réunissant Anca Branzas et Marina Le Gall proposait moins une confrontation qu’un lent frottement de mondes, un espace de résonance où deux écritures plastiques, distinctes mais attentives l’une à l’autre, se répondaient par la matière, la forme et l’imaginaire.
Dès l’entrée, le regard est invité à ralentir. Ici, rien de spectaculaire au sens immédiat : les œuvres exigent une présence, une disponibilité. Elles se déploient dans une temporalité intérieure, faite de silences, de tensions sourdes et de récits fragmentaires.
Anca Branzas : la mémoire des surfaces
Le travail d’Anca Branzas s’ancre dans une relation intime à la peinture comme espace de stratification. Ses œuvres semblent porter en elles des traces, des couches successives de gestes, de couleurs et de décisions retenues. La matière n’y est jamais neutre : elle devient langage, mémoire, parfois résistance. Entre figuration suggérée et abstraction assumée, ses formes flottent, se déplacent, se recomposent sous le regard du spectateur.
Chez Branzas, la peinture agit comme un territoire mental. Les compositions évoquent des fragments de paysages intérieurs, des cartographies émotionnelles où la couleur joue un rôle central — tantôt dense, tantôt voilée, toujours chargée d’une tension silencieuse. Le dessin affleure parfois, comme un fil conducteur fragile, rappelant que l’image est en construction permanente, jamais totalement fixée.
Marina Le Gall : un bestiaire de présences
Face à cette peinture introspective, l’univers de Marina Le Gall déploie une énergie plus organique, presque tellurique. Animaux, formes hybrides, silhouettes énigmatiques habitent ses œuvres comme autant de présences archaïques. Son travail convoque la nature non pas comme décor, mais comme force autonome, vivante, indomptable.
La matière, chez Le Gall, est charnelle. Qu’elle travaille la peinture, la sculpture ou la céramique, les formes semblent surgir d’un imaginaire primitif, nourri de mythes, de récits et de souvenirs enfouis. L’humain y est souvent absent ou relégué à l’arrière-plan, mais son empreinte demeure : dans les regards, les postures, les tensions entre les corps et l’espace. Ses œuvres interrogent notre rapport au vivant, à ce qui nous précède et nous dépasse.
Un dialogue subtil
Ce qui frappe dans cette exposition, c’est la qualité du dialogue instauré entre les deux pratiques. Là où Branzas explore la surface comme lieu de mémoire et d’effacement, Le Gall affirme la présence du corps et de la forme comme nécessité vitale. L’une travaille le retrait, l’autre l’apparition ; l’une suggère, l’autre affirme — sans jamais s’opposer frontalement.
La Galerie 75 devient alors un espace de circulation sensible, où le visiteur est invité à naviguer entre intériorité et instinct, entre silence et pulsation. Les œuvres se regardent, se répondent, et parfois se taisent ensemble.
En réunissant Anca Branzas et Marina Le Gall, cette exposition offrait une expérience de lenteur et d’attention, rappelant que l’art contemporain peut être un lieu de méditation, de questionnement et de poésie — un espace où les formes, plutôt que de donner des réponses, ouvrent des possibles."
galerie 75
75 rue Bouvreuil. 76000 Rouen France
pbc.gentes@gmail.com
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